Cibler le microbiote intestinal pour lutter contre l’allergie

Synthèse

Par le Pr. Roberto Berni Canani, MD, PhD
Département des sciences médicales translationnelles ; Laboratoire européen pour l’étude des maladies d’origine alimentaire et les biotechnologies de pointe du CEINGE ; Groupe de travail sur l’étude du microbiote intestinal, Université de Naples Federico

Photo : Targeting the gut microbiota to combat allergies

Le microbiote intestinal (MI) dysbiotique joue un rôle important dans le développement des maladies allergiques, notamment alimentaires (AA). Le MI induit la maturation et le fonctionnement du système immunitaire ; or des facteurs génétiques, environnementaux et alimentaires peuvent modifier le microbiote commensal, ce qui provoque un dérèglement de la fonction immunitaire. Plusieurs facteurs responsables de la dysbiose ont été associés à la survenue d’allergies, tels que l’accouchement par césarienne, l’absence d’allaitement maternel, l’utilisation de médicaments (surtout antibiotiques et inhibiteurs de la pompe à protons) ainsi que l’usage d’agents antiseptiques et des régimes alimentaires à faible teneur en fibres et riches en graisses. Aucun taxon bactérien spécifique n’a été relié de manière systématique aux allergies, mais il a été insinué que la dysbiose intestinale se produit avant même que les allergies ne soient présentes. Les acides gras à chaîne courte (AGCC) sont des métabolites essentiels dérivés du MI, impliqués dans les interactions avec le système immunitaire. Cibler la composition et la fonction du MI représente ainsi une stratégie prometteuse pour lutter contre les maladies allergiques, en particulier contre les AA dans l’enfance.

La prévalence, la persistance et la sévérité des maladies allergiques, notamment des AA, ont considérablement augmenté ces dernières décennies dans les pays industrialisés, sous la pression des interactions entre les gènes et l’environnement, conduisant à un dysfonctionnement du système immunitaire, médié, au moins en partie, par des mécanismes épigénétiques [1, 2]. Cette évolution a entraîné une augmentation des hospitalisations, des visites médicales, des traitements et de la charge en soins pour les familles. Tous ces facteurs, qui ont un retentissement significatif sur les coûts engendrés et la qualité de vie, imposent un lourd fardeau psychologique aux patients et à leur entourage. Les AA sont caractérisées par une réponse immunitaire anormale vis-à-vis des peptides antigéniques alimentaires qui sont normalement tolérés.

La cause de celles-ci est encore mal définie. D’après les connaissances actuelles, la susceptibilité génétique ne peut, à elle seule, expliquer l’évolution des AA, et le rôle de l’environnement dans la sensibilisation aux aliments suscite un regain d’intérêt. Des études suggèrent une fonction pathogénétique clé des altérations du MI dans le développement des allergies : un MI sain a un impact crucial sur le développement du tractus gastrointestinal et du système immunitaire ; un MI dysbiotique est lié à diverses maladies, y compris aux allergies [3].

Valeur de l’exposition microbienne pour la tolérance immunitaire

La manière dont les antigènes alimentaires sont normalement rendus non immunogènes, par le biais de la tolérance immunitaire, n’a pas encore été entièrement définie. Des travaux évoquent un rôle pivot des lymphocytes T régulateurs (Treg) exprimant le facteur de transcription Foxp3 (Foxp3+ Treg) et de l’interaction complexe entre le MI et les cellules immunitaires ou non immunitaires. La présence de populations de cellules Treg induite par l’alimentation et par les microbes est nécessaire pour une tolérance complète des antigènes alimentaires [4].

Lors d’un accouchement par voie basse, les nourrissons reçoivent leur premier inoculum bactérien du tractus vaginal, du tissu cutané et souvent de la matière fécale de la mère, exposant le système immunitaire immature à une charge bactérienne substantielle [3]. La maturation d’un MI sain au début de la vie permet une variation de l’équilibre Th1/Th2, ce qui favorise une réponse cellulaire de type Th1, tandis que la dysbiose altère l’homéostasie du microbiote de l’hôte, ce qui déséquilibre les cytokines vers une réponse de type Th2 [5].

Le nombre de cellules Treg est réduit chez les souris dépourvues de germes et celles recevant une alimentation à base d’acides aminés [4, 6]. Les immunoglobulines de type A (IgA) sécrétoires et les peptides de l’immunité innée exercent une fonction capitale dans la régulation de la composition du MI. Une déficience de l’immunité innée et adaptative (en particulier un faible taux d’IgA) a été observée chez des enfants présentant de multiples AA [7]. Un MI sain, renforçant la production d’IgA sécrétoires, facilite la survie des souches bactériennes protectrices dans la lumière intestinale [8].

Microbiote intestinal et allergies

L’expression d’un phénotype allergique dépend de l’interaction entre deux facteurs principaux : la prédisposition génétique et les interactions gènes-environnement. Un nombre croissant d’études révèlent une corrélation entre les facteurs qui perturbent le MI pendant l’enfance et le développement d’allergies plus tard dans la vie. De plus en plus de travaux montrent qu’une dysbiose du MI en début de vie représente un facteur critique qui sous-tend le développement des allergies.

Les principaux facteurs responsables de la dysbiose sont : la naissance par césarienne, l’absence d’allaitement maternel, l’usage de médicaments (principalement antibiotiques et inhibiteurs de la pompe à protons) ainsi que d’agents antiseptiques, le moment de la diversification alimentaire, et les régimes alimentaires à base de malbouffe et/ou à faible teneur en fibres/ riches en graisses [3, 9]. L’utilisation d’antibiotiques par la mère avant et pendant la grossesse mais aussi de traitements antibiotiques au cours des premiers mois de la vie est également reliée à un risque accru d’allergies au lait de vache (ALV) chez l’enfant [10]. Les données pouvant être utilisées pour caractériser le microbiote des patients présentant des AA sont encore préliminaires. Nous avons récemment décrit la dysbiose du MI chez des enfants souffrant d’une ALV médiée par les IgE. Les nourrissons avec ALV avaient des taux fortement réduits de Bifidobacteriaceae, Streptococcaceae, Enterobacteriaceae et Enterococcaceae ainsi que des taux beaucoup plus élevés de souches sélectionnées à partir des familles de Ruminococcaceae et de Lachnospiraceae. Le MI des sujets avec ALV comprenait 73 % de taxons de Firmicutes et Bacteroidetes qui sont également connus pour dominer l’intestin adulte [11].

Bien que des preuves convaincantes d’une association entre la dysbiose du MI et les AA apparaissent, l’hétérogénéité des plans d’étude (impliquant les temps de prélèvement, les méthodes utilisées pour caractériser le microbiote et les phénotypes allergiques étudiés) rend difficile l’établissement d’une relation causale entre des taxons bactériens spécifiques et le développement d’allergies. Aucun d’entre eux n’a été associé de manière systématique aux AA, or un large éventail de microbes isolés de l’intestin humain pourrait être impliqué dans des mécanismes tolérogènes. Les principaux travaux étayant une association entre le MI et les allergies sont résumés dans le tableau I.

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MI : une mission centrale dans la pathogenèse des allergies

Des données suggèrent que l’axe MI-épigénétique, modulé par un ensemble de facteurs alimentaires et environnementaux, joue un rôle décisif dans la survenue des allergies. Cet axe régule une pluralité de mécanismes tolérogènes immunitaires mais aussi non immunitaires et pourrait être la cible idéale de stratégies innovantes, préventives et thérapeutiques pour lutter contre les allergies.

Les AGCC sont les principaux métabolites du MI impliqués dans les interactions avec les cellules humaines. Parmi ceux-ci, le butyrate exerce un rôle central dans l’induction de la tolérance immunitaire, et un déficit en butyrate a été remarqué chez des patients allergiques [4]. On peut supposer que les différents types de dysbiose entraînent des effets similaires en termes d’AGCC et/ou que la production d’autres métabolites dérivés du microbiote peut faciliter la survenue d’allergies. Les espèces du genre Clostridium, qui appartiennent aux groupes IV et XIVa, sont la principale source d’AGCC dans le côlon. Les AGCC produits par les bactéries ont été impliqués dans la régulation de la proportion et de la capacité fonctionnelle des Treg qui, dans certaines études, ont été spécifiquement attribués à la production de butyrate par les Clostridiales sporogènes. Un enrichissement des taxons de la classe des Clostridia et du phylum des Firmicutes a été observé chez des sujets humains présentant une résolution de l’ALV [9]. Les données issues de notre laboratoire ont mis en évidence qu’un traitement oral par butyrate entraîne une inhibition importante de la réponse allergique aiguë, de la peau et des scores, des symptômes anaphylactiques ainsi qu’une réduction de la température corporelle, une augmentation de la perméabilité intestinale et la production de lactoglobuline anti-βLG (BLG), d’IgE, d’interleukine 4 (IL-4) et d’IL-10 dans un modèle murin d’ALV, ce qui suggère un rôle protecteur de cet AGCC contre les AA [9]. Le butyrate présente de multiples mécanismes d’action. Toutefois, beaucoup d’entre eux impliquent une régulation épigénétique de l’expression génique via l’inhibition de l’histone désacétylase (HDAC). L’inhibition des HDAC9 et 6 augmente l’expression du gène FoxP3 ainsi que la production et la fonction suppressive des Treg [12]. Nous avons évalué les effets directs du butyrate sur les cellules mononucléées du sang périphérique (PBMC) d’enfants souffrant d’une ALV médiée par les IgE. Les PBMC ont été stimulées par la BLG en présence ou en l’absence de cet AGCC. Les résultats préliminaires révèlent que le butyrate active la production d’IL-10 ainsi que d’interféron γ et diminue le taux de méthylation de l’ADN de ces deux cytokines. La même dose efficace de cet AGCC induit une déméthylation de la région du promoteur de FoxP3 et réduit l’expression de l’HDAC6 et l’HDAC9 [2].

Modulation du microbiote intestinal associé aux allergies

Les enfants exposés à des environnements agricoles ont un risque plus faible de développer des allergies. Même si cela n’a pas été prouvé de manière concluante, l’une des explications plausibles de cet effet protecteur lié à une exposition tôt dans la vie est le rôle du MI car les personnes exposées à cet environnement possèdent une composition microbienne différente de celles exposées à d’autres modes de vie [3]. D’autres facteurs épidémiologiques protègent contre les AA : une fratrie plus âgée et une exposition aux animaux domestiques dès le début de la vie. Le fait d’avoir des animaux de compagnie est relié à une forte diversité microbienne dans l’environnement domestique. Une étude récente évaluant l’incidence des habitudes alimentaires sur le développement des AA à l’âge de 2 ans suggère que celles-ci peuvent influer sur le développement des AA en modifiant la composition du MI. En particulier, un régime alimentaire ayant une forte teneur en fruits, légumes et aliments préparés à la maison a été associé à moins d’AA chez le nourrisson [9] (Figure 1).

Les probiotiques (microbes ingérés apportant des bienfaits sur la santé de l’hôte) peuvent être bénéfiques car ils modulent le MI [13]. Les données étayant l’usage des probiotiques pour lutter contre les allergies respiratoires sont encore préliminaires (Tableau 2). Néanmoins, des métaanalyses ont révélé que l’utilisation, de la grossesse jusqu’aux 6 premiers mois de la vie, de probiotiques sélectionnés pourrait réduire l’incidence de l’eczéma atopique chez les enfants ayant des antécédents familiaux de maladie allergique [14].

Comment moduler le microbiote intestinal ?

De nouveaux travaux étayent l’usage de stratégies alimentaires et de souches probiotiques sélectionnées pour la prévention et le traitement des allergies (Tableau 2).

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Nous avons précédemment démontré que l’ajout d’un probiotique, L. rhamnosus, à une formule hypo-allergénique accélère l’acquisition de la tolérance immunitaire et protège contre l’apparition d’autres manifestations atopiques chez les enfants qui présentent une ALV [15-17]. Lors d’une comparaison du microbiote fécal des nourrissons recevant ce traitement probiotique qui induit une tolérance, nous avons trouvé des corrélations positives significatives entre l’abondance des genres qui ont un potentiel à produire du butyrate et la concentration fécale de cet AGCC [11]. Des démarcations au niveau des souches pour les genres produisant du butyrate (y compris Roseburia, Coprococcus et Blautia), identifiées chez des nourrissons ayant acquis une tolérance au lait de vache, suggèrent que le traitement par L. rhamnosus contribue à l’acquisition d’une tolérance en altérant la structure de la communauté au niveau des souches des taxons qui présentent un potentiel à produire du l’AGCC [11]. Il a ainsi été montré que l’immunothérapie orale complétée par une autre souche de L. rhamnosus était efficace pour induire une non-réactivité aux arachides chez 82 % des enfants allergiques [18].

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Conclusion

Les trillions de bactéries qui peuplent nos intestins régulent de manière critique les fonctions physiologiques clés qui permettent de lutter contre les allergies. Les modifications de la composition et de la fonction du MI induites par l’environnement (diminution de la production de butyrate, par ex.) créent une dysbiose, liée à un risque accru d’allergie. Comprendre comment ces communautés bactériennes interagissent avec le système immunitaire ouvrira la voie à de nouvelles stratégies préventives.

Sources

1 Tanaka M, Nakayama J. Development of the gut microbiota in infancy and its impact on health in later life. Aller Internat 2017; 66: 515e522.

2 Paparo L, Di Costanzo M, Di Scala C, et al. The influence of early life nutrition on epigenetic regulatory mechanism of the immune system. Nutrients 2014; 6: 4706-19.

3 Berni Canani R, Gilbert JA, Nagler CR. The role of the commensal microbiota in the regulation of tolerance to dietary antigens. Curr Opin Allergy Clin Immunol 2015; 15: 243-9.

4 Smith PM, Howitt MR, Panikov N, et al. The microbial metabolites, short-chain fatty acids, regulate colonic Treg cell homeostasis. Science 2013; 341: 569-73.

5 Inoue Y, Shimojo N. Microbiome/microbiota and allergies. Semin Immunopathol 2015; 37: 57e64.

6 Kim KS, Hong SW, Han D, et al. Dietary antigens limit mucosal immunity by inducing regulatory T cells in the small intestine. Science 2016; 351: 858-63.

7 Sampath V, Sindher SB, Zhang W, et al. New treatment directions in food allergy. Ann Allergy Asthma Immunol 2018; 120: 254-62.

8 Bieber T, Cork M, Reitamo S. Atopic dermatitis: a candidate for disease-modifying strategy. Allergy 2012; 67: 969-75.

9 Aitoro R, Paparo L, Amoroso A, et al. Gut microbiota as a target for preventive and therapeutic intervention against food allergy. Nutrients 2017; 9: E672.

10 Metsälä J, Lundqvist A, Virta LJ, et al. Mother’s and offspring’s use of antibiotics and infant allergy to cow’s milk. Epidemiology 2013; 24: 303-9.

11 Berni Canani R, Sangwan N, Stefka AT, et al. Lactobacillus rhamnosus GG supplemented formula expands butyrate producing bacterial strains in food allergic infants. ISME J 2016; 10: 742-50.

12  Berni Canani R, Paparo L, et al. Differences in DNA methylation profile of Th1 and Th2 cytokine genes are associated with tolerance acquisition in children with IgE-mediated cow’s milk allergy. Clin Epigenetics 2015; 31: 7-38.

13 Hill C, Guarner F, Reid G, et al. The International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics consensus statement on the scope and appropriate use of the term probiotics. Nat Rev Gastro Hepat 2014; 11: 506-14.

14 Cuello-Garcia CA, Brożek JL, Fiocchi A, et al. Probiotics for the prevention of allergy: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. J Allergy Clin Immunol 2015; 136: 952-61.

15 Berni Canani R, Nocerino R, Terrin G, et al. Effect of Lactobacillus GG on tolerance acquisition in infants with cow’s milk allergy a randomized trial. J Allergy Clin Immunol 2012; 129: 580-2; 582.e 1-5.

16 Berni Canani R, Nocerino R, Terrin G, et al. Formula selection for management of children with cow’s milk allergy influences the rate of acquisition of tolerance: a prospective multicenter study. J Pediatr 2013; 163:771-7.e1.

17 Berni Canani R, Di Costanzo M, Bedogni G, et al. Extensively hydrolyzed casein formula containing Lactobacillus rhamnosus GG reduces the occurrence of other allergic manifestations in children with cow’s milk allergy: 3-year randomized controlled trial. J Allergy Clin Immunol 2017; 139: 1906-1913.e4.

18 Tang ML, Ponsonby AL, Orsini F, et al. Administration of a probiotic with peanut oral immunotherapy: A randomized trial. J Allergy Clin Immunol 2015; 135: 737-44.e8

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Focus sur le gut summit 2019

Retour de congrès 

Par le Pr. Francisco Guarner
Unité de recherche sur le système digestif, Hôpital université Vall d’Hebron, Barcelone, Espagne

Lors de sa 8e édition en mars dernier, le Gut Microbiota for Health World Summit 2019 a accordé une place prépondérante à l’alimentation et à la façon dont elle interagit avec le microbiome intestinal, en prévenant ou en favorisant les maladies.

Alimentation et microbiome intestinal

L’alimentation est un élément essentiel des interactions symbiotiques entre les microbes intestinaux et l’hôte. Elle est considérée comme l’un des principaux facteurs qui façonnent le microbiote intestinal tout au long de la vie, selon la revue réalisée par Jack A. Gilbert (UC, San Diego), Susan Devkota (Cedars-Sinai, Los Angeles) et Lipping Zhao (Rutgers, New Jersey). Les aliments apportent de nombreux substrats pour le métabolisme microbien et le microbiote digestif est une usine chimique qui synthétise les métabolites importants pour la santé humaine. Les macro- et micronutriments influencent la structure et les fonctions de l’écosystème microbien intestinal. De fait, l’alimentation se trouve être le facteur d’impact le plus important dans la construction d’une composition microbienne partagée chez l’homme [1].

Les données déclaratives des participants au projet American Gut en matière d’alimentation [2] suggèrent que le nombre d’espèces végétales uniques consommées est en rapport avec la diversité microbienne plutôt qu’avec les données déclaratives des participants telles que « végétarien » ou « omnivore ». Une diversité microbienne plus élevée et une abondance plus grande d’espèces productrices d’acides gras à chaîne courte (AGCC) ont été relevées chez les sujets consommant plus de 30 types de plantes par semaine comparativement aux sujets consommant moins de 10 types de plantes par semaine. Le métabolome fécal était également différent entre les deux groupes. De plus, les sujets consommant plus de 30 types de plantes présentaient une abondance de gènes de résistance aux antibiotiques significativement moindre par rapport aux sujets consommant au maximum 10 plantes.

La dysbiose intestinale est un état définissable ayant des implications mécaniques. Elle ne correspond pas à un simple changement de la diversité microbienne mais à une rupture de l’équilibre réciproque entre le microbiote et l’hôte, dans laquelle une alimentation inadéquate joue un rôle délétère. En cas d’homéostasie, le métabolisme des colonocytes est orienté vers une phosphorylation oxydative, entraînant une consommation épithéliale d’oxygène élevée. L’hypoxie épithéliale qui en résulte contribue à maintenir une communauté microbienne dominée par les anaérobies obligatoires, lesquels se révèlent bénéfiques par la conversion des fibres en produits de fermentation (AGCC) absorbés par l’hôte. Les facteurs modifiant le métabolisme de l’épithélium, telles qu’une alimentation pauvre en fibres, augmentent l’oxygénation épithéliale, entraînant ainsi un accroissement des anaérobies facultatifs, un élément caractéristique de la dysbiose colique [3]. Ce changement de composition, commun à de nombreuses maladies chroniques chez l’homme, pourrait être associé au dysfonctionnement des colonocytes. Comme l’a souligné Susan Devkota, en cas de choix d’un régime alimentaire strict ou extrême, la consommation de fibres mixtes peut soutenir le microbiote et prévenir les carences en nutriments.

La « guilde des fondateurs »

Lipping Zhao a souligné que nos ancêtres consommaient beaucoup plus de fibres alimentaires que nous. La réduction des apports en fibres et la diminution de la prévalence des bactéries productrices d’AGCC pourraient expliquer de nombreuses maladies chroniques telles que le diabète de type 2. Dans un essai interventionnel, contrôlé et randomisé, conduit chez des patients chinois atteints de diabète de type 2 [4], des apports élevés en diverses fibres alimentaires (régime WTP) ont favorisé de manière sélective l’abondance d’un groupe de souches productrices d’acide acétique et d’acide butyrique dans l’intestin. Le régime WTP repose sur la consommation de céréales complètes, d’aliments médicinaux traditionnels chinois et de prébiotiques. Le régime WTP a amélioré l’homéostasie du glucose en réduisant l’hémoglobine glyquée, la glycémie à jeun et l’hyperglycémie provoquée par voie orale.

L’abondance des producteurs d’AGCC dans les selles correspondait aux résultats métaboliques et aux taux sanguins de glucagon-like peptide-1 et de peptide YY, qui induisent la sécrétion d’insuline. En outre, la réduction du pH fécal par la production d’AGCC a été associée à l’inhibition des bactéries délétères qui favorisent l’inflammation et suppriment la production de glucagon-like peptide-1. En plus de fournir des AGCC qui sont directement bénéfiques pour l’hôte, ce groupe de producteurs d’AGCC a exercé des fonctions écologiques importantes dans le microbiote intestinal. Lipping Zhao a suggéré qu’il agit comme une « guilde des fondateurs » pour structurer le microbiote intestinal sain. Pour aider les patients à récupérer un microbiote intestinal sain, « cette guilde des fondateurs doit être réinoculée et rétablie », a-t-il précisé.

FODMAPs et SII

Selon la revue réalisée par Magnus Simren (Université de Göteborg), le régime pauvre en oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols fermentescibles (fermentable oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides and polyols, FODMAPs) est désormais recommandé par près de 85 % des médecins dans le traitement des troubles fonctionnels intestinaux. Les essais cliniques suggèrent que certains patients ont une réponse favorable à court terme à un régime pauvre en FODMAPs, mais il n’est pas certain que ce conseil diététique soit nettement meilleur que le traitement diététique de première intention du SII. En particulier, l’utilisation à court terme du régime pauvre en FODMAPs a été associé à des changements potentiellement défavorables de la composition du microbiote intestinal, notamment une réduction des espèces participant à la fermentation (Bifidobacterium, Faecalibacterium et Clostridium cluster XIVa) et une augmentation des scores à l’indice de dysbiose [5].

Un essai contrôlé randomisé a comparé les effets du régime pauvre en FODMAPs et des galacto-oligosaccharides (GOS) prébiotiques sur la composition du microbiote intestinal [6]. Les évolutions du microbiote fécal ont été différentes entre les deux groupes après une période de 4 semaines de traitement, notamment au niveau des bifidobactéries (augmentation dans le groupe prébiotique et diminution dans le groupe pauvre en FODMAPs) et Bilophila wadsworthia (profil opposé). Malgré ces effets différents sur le microbiote, les réductions des symptômes ont été très similaires dans les deux groupes. Il est intéressant de noter que la diminution des symptômes a persisté pendant le suivi de 2 semaines après l’arrêt de la consommation de prébiotiques, alors que les symptômes sont réapparus immédiatement après l’arrêt du régime pauvre en FODMAPs. La modulation du microbiote intestinal comme stratégie thérapeutique dans le SII semble prometteuse, mais son innocuité à long terme est un paramètre à prendre en compte. Les régimes qui réduisent les symptômes mais détériorent la santé intestinale (et la santé en général sur le long terme) ne doivent pas être le premier choix.

Prévention de la septicémie du nouveau-né : les symbiotiques à l’essai

La septicémie dans la petite enfance est responsable d’un million de décès par an dans le monde, la majorité d’entre eux se produisant dans les pays en voie de développement. Pinaki Panigrahi a présenté une étude interventionnelle pour prévenir la septicémie chez le nourrisson dans l’Inde rurale [7]. Une préparation symbiotique orale (Lactobacillus plantarum plus fructo-oligosaccharides) a réduit les septicémies et les décès de manière significative chez les nouveau-nés (rapport de risque : 0,60 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,48–0,74).

Conclusion

Ce résultat suggère qu’une grande partie des septicémies néonatales dans les pays en développement pourraient être évitées grâce à un traitement probiotique-prébiotique.

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Retour congrès

Retour sur les principales contributions autour du microbiote intestinal

Retour de congrès

Par le Dr Dragos Ciocan
Hépato-gastroentérologie et nutrition, Hôpital Antoine-Béclère, Clamart, France

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Les Journées francophones d’hépatogastroentérologie et d’oncologie digestive ont eu lieu à Paris entre le 21 et le 24 mars 2019 et ont réuni plus de 5 000 médecins et chercheurs francophones. Plusieurs études originales sur le microbiote intestinal (MI) ont été présentées lors de ce congrès.

La transplantation fécale

La transplantation de microbiote fécal (TMF) est une stratégie thérapeutique qui n’est actuellement utilisée en pratique clinique que pour les infections récidivantes à Clostridium difficile [1]. Le Dr Eymeric Chartrain a présenté l’expérience du centre référent du CHU de Clermont- Ferrand sur la TMF dans l’infection récidivante à Clostridium difficile entre 2014 et 2018. Le taux d’efficacité de la TMF était de 95 % et avec seulement 16 % d’effets secondaires mineurs. De plus, il y avait une amélioration significative de la qualité de vie à 6 mois post-TMF. Le coût total d’une TMF était d’environ 3 100 euros. Malgré ce coût élevé, la TMF permet de réduire les coûts de santé en diminuant la morbi-mortalité de ces patients et reste une option rationnelle et efficace.

Le rôle de la TMF est étudié dans de nombreuses pathologies impliquant le MI, dont les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Le Pr Harry Sokol a présenté les résultats d’un petit essai pilote randomisé (17 patients), en simple aveugle, contre placebo, qui a évalué le rôle de la TMF chez des adultes ayant une maladie de Crohn colique ou iléo-colique au cours d’une poussée, et traités par corticothérapie orale. Le critère d’évaluation principal qui a été l’implantation du MI du donneur chez le receveur à la semaine 6, défini par le MI du receveur à la semaine 6 plus proche du donneur (indice Sorensen ≥ 0,6) que du patient avant TMF, n’a pas été atteint. Cependant, parmi les critères de jugement secondaires évalués, les auteurs ont observé une diminution de la gravité endoscopique de la maladie dans le groupe TMF et une augmentation de l’inflammation dans le groupe contrôle. La colonisation par le MI du donneur était associée au maintien de la rémission, et les patients n’ayant pas été colonisés par le MI du donneur rechutaient plus vite. De plus, la composition du MI était prédictive d’une rémission clinique sans stéroïde. Malgré le petit effectif, cette étude suggère que la TMF pourrait être efficace après induction de la rémission clinique par corticoïdes chez des patients souffrant d’une maladie de Crohn en poussée. Plusieurs essais plus amples, dont un mené par l’équipe du Pr Sokol, sont en cours.

Les entérobactéries modulent les effets des champignons dans la colite

Si le rôle du MI bactérien et fongique est connu dans les MICI, ceux des interactions entre bactéries et champignons dans l’inflammation le sont moins. Le Dr Bruno Sovran a présenté une étude qui s’est justement intéressée à ces interactions dans un modèle de colite chez la souris. Les auteurs ont observé que l’administration d'une souche de Saccharomyces améliorait la colite, alors que l’administration de Candida albicans avait un effet aggravant. Cependant, un traitement préalable par colistine, qui détruit les bactéries à gram négatif (dont les protéobacteries) induisait la perte des effets des champignons. L’administration d’une souche d’E. coli résistante à la colistine qui restaurait le niveau d’entérobactéries chez les souris traitées par colistine permettait également de rétablir les effets bénéfiques d'une souche de Saccharomyces et les effets délétères de C. albicans sur la sévérité de la colite. Ces résultats suggèrent que les entérobactéries sont nécessaires pour une meilleure colonisation intestinale des champignons et pourraient expliquer les effets de certains probiotiques dans la colite [2].

L’axe intestin-cerveau dans l’obésité

Le rôle du MI dans la physiopathologie de l’obésité est maintenant bien reconnu. Le MI peut également moduler les fonctions cognitives et psychiques à travers l’axe intestin- cerveau [3]. L’obésité est un facteur de risque de troubles cognitifs, indépendamment des comorbidités, mais les mécanismes sont peu connus. L’étude MEMOB présentée par le Dr Sophie Cambos s’est intéressée aux dysfonctions mnésiques chez des patients obèses, et à leur corrélation au MI. Cet essai prospectif, longitudinal, monocentrique, a inclus des sujets obèses et des sujets normopondéraux. Elle a montré que les sujets obèses avant chirurgie bariatrique présentaient des dysfonctions mnésiques en comparaison à une population témoin. L’analyse du profil microbien a mis en évidence un lien entre l’abondance d’Eggerthellales et les fonctions mnésiques : plus l’abondance d’Eggerthellales est importante, moins bons sont les résultats mnésiques. Ces résultats suggèrent que l’obésité – et donc les altérations du microbiote intestinal associées – pourraient accélérer le déclin cognitif via l’axe intestin-cerveau.

Microbiote et foie

Un atelier Biocodex intitulé « Microbiote et foie, du mécanisme au traitement » s’est déroulé durant le congrès. Le Pr Gabriel Perlemuter a passé en revue les dernières avancées en ce qui concerne le rôle du MI dans les maladies du foie. Parmi les études récentes les plus marquantes, on peut noter le rôle du MI dans la susceptibilité de développer une maladie alcoolique du foie ou une hépatopathie dysmétabolique lors de la consommation des inhibiteurs de la pompe à protons. Ces produits induisent une augmentation d’Enterococcus au niveau du MI et qui se traduit par une augmentation de la translocation de cette bactérie au niveau du foie, où elle induit une inflammation hépatique [4]. Plusieurs études-pilotes se sont également intéressées au rôle de la TMF dans les maladies hépatiques (hépatite B, encéphalopathie hépatique et hépatite alcoolique aiguë sévère cortico- résistante) et ont montré une certaine efficacité dans ces indications.

Le Dr Anne-Marie Cassard a évoqué la modulation du MI en cas de maladies du foie. Elle a présenté les résultats de son équipe montrant que des niveaux bas de Bacteroides sont associés au développement des lésions hépatiques liées à l’alcool. Le fait de corriger cette perturbation du MI par l’administration de pectine, une fibre soluble, permet de prévenir et d’améliorer les lésions de MAF [5]. Cependant, toutes les fibres n’induisent pas les mêmes modifications du MI, même si l’effet bénéfique sur l’hôte reste le même. De plus, parmi les différentes stratégies étudiées qui ciblent le MI et qui ont montré une certaine efficacité au niveau des lésions hépatiques (antibiotiques, TMF, probiotiques et prébiotiques), seuls les antibiotiques et la TMF permettent de modifier durablement le MI.

Conclusion

De plus, parmi les différentes stratégies étudiées qui ciblent le MI et qui ont montré une certaine efficacité au niveau des lésions hépatiques (antibiotiques, TMF, probiotiques et prébiotiques), seuls les antibiotiques et la TMF permettent de modifier durablement le MI.

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Microbiote et mucoviscidose

Revue de presse

Par le Pr. Ener Cagri Dinleyici
Pédiatrie, Faculté de médecine de l’Université Eskişehir Osmangazi, Eskisehir, Turquie

La mucoviscidose est une maladie génétique progressive entraînant des infections persistantes des voies respiratoires inférieures et qui est associée à différents signes et symptômes systémiques. Plus de 70 000 personnes en sont atteintes dans le monde [1].

Les types et la sévérité des symptômes peuvent varier considérablement d’un individu à l’autre. Ils sont principalement liés à l’âge du patient ainsi qu’à son âge au moment du diagnostic. Les enfants et les adolescents atteints de mucoviscidose présentent un large éventail de symptômes et de signes, y compris des manifestations gastro-intestinales. Des études récentes ont montré que la dysbiose est une caractéristique de la mucoviscidose, ce qui a donné lieu à des travaux portant sur la relation entre la composition du microbiote des voies aériennes, les caractéristiques cliniques et la fonction pulmonaire chez les malades [2].

La dysbiose du microbiote intestinal associée à la mucoviscidose peut être liée à l’évolution naturelle de la maladie (y compris une atteinte gastro-intestinale ou des altérations du microbiote respiratoire). Cependant, les patients ont besoin de plusieurs cycles de traitement antibiotique, lesquels peuvent modifier la composition du microbiote.

Des études ont montré que les patients atteints de mucoviscidose présentent généralement des taux moins élevés de Bifidobacterium spp., du groupe Bacteroides- Prevotella, du cluster XIVa de Clostridium, de Faecalibacterium prausnitzii et d’Eubacterium rectale, tandis que les taux d’Enterobacteriaceae et de Clostridia sont augmentés. De Freitas et ses collaborateurs ont récemment publié, dans la revue Plos One, une étude visant à évaluer l’effet de la mucoviscidose et d’une antibiothérapie sur la composition du microbiote intestinal chez 19 enfants et adolescents malades par rapport à 17 contrôles du même âge et du même sexe [3]. Le taux de calprotectine fécale (un marqueur de l’inflammation intestinale) était plus élevé dans le groupe atteint de mucoviscidose (indépendamment du traitement antibiotique) par rapport aux contrôles sains. Les auteurs ont montré que les taux de Bacteroides, de Firmicutes, d’Eubacterium rectale et de Faecalibacterium prausnitzii étaient réduits de manière significative, tandis que les taux de Clostridium difficile, d’Escherichia coli et de Pseudomonas aeruginosa étaient significativement augmentés dans le groupe malade par rapport aux contrôles sains. Les principales différences de composition du microbiote entre les patients atteints de mucoviscidose et les contrôles, indépendamment du traitement antibiotique, ont été observées pour les Eubacterium rectale, Bifidobacterium, Escherichia coli, Firmicutes, Pseudomonas aeruginosa et Clostridium difficile. Les résultats de cette étude montrent donc que la composition du microbiote intestinal chez les patients atteints de mucoviscidose est différente de celle des contrôles sains et que l’usage fréquent d’antibiotiques n’a pas d’effets supplémentaires sur ces altérations.

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Interactions entre microbiote et médicaments (hors antibiotiques) : de quoi être amis ou ennemis ?

Revue de presse

Par le Pr. Ener Cagri Dinleyici
Pédiatrie, Faculté de médecine de l’Université Eskişehir Osmangazi, Eskisehir, Turquie

Photo : Microbiota and non-antibiotic drugs interactions: friends or foes?

La plupart des études récentes évaluant les effets des médicaments sur la composition du microbiote intestinal ont porté sur l’usage des antibiotiques dans différentes tranches d’âge.

Des études antérieures ont montré que la metformine, les inhibiteurs de la pompe à protons, les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les antipsychotiques atypiques ont un effet sur la composition du microbiote intestinal. Cependant, ces études ont présenté des résultats généraux pour des classes de médicaments et non pour des médicaments spécifiques. Lisa Maier et son équipe ont publié les résultats de leur nouvelle étude dans la revue Nature en 2018 [1]. Ils avaient pour but de répertorier plus de 1 000 médicaments agissant sur le microbiome (40 souches de bactéries intestinales représentatives). Le but ? Faciliter la réalisation d’études cliniques et mécanistiques plus approfondies afin d’améliorer le traitement et la conception des médicaments. Maier et al. ont montré que 24 % de ces 1 000 médicaments inhibaient la croissance d’au moins une souche in vitro. De récentes études ont suggéré que les effets des médicaments sur les bactéries intestinales se traduisent par des effets secondaires qui sont similaires à ceux des antibiotiques chez l’homme.

L’étude de Maier a montré que la sensibilité aux antibiotiques et aux médicaments ciblés est corrélée entre les espèces bactériennes, ce qui suggère des mécanismes de résistance communs. De plus, un risque potentiel que les médicaments autres que les antibiotiques favorisent une résistance aux antibiotiques a été mis en évidence. L’usage généralisé des médicaments dans le monde pourrait être lié à la dysbiose, en particulier dans les sociétés occidentales modernes. Cet essai récent a par ailleurs montré que la composition du microbiote intestinal peut également moduler l’efficacité et la toxicité des médicaments et pourrait constituer une nouvelle base pour le développement ultérieur de molécules. Cependant, d’autres essais cliniques in vivo sont nécessaires pour mieux comprendre le mécanisme d’action. Une identification globale des interactions entre agents thérapeutiques et microbiote intestinal aidera à comprendre avec précision les mécanismes sous-jacents à ces interactions et permettra de s’assurer de l’innocuité et de l’efficacité des traitements [2].

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3e réunion de la FNM sur la motilité gastro-intestinale

Retour de congrès

Par le Dr. Jari Punkkinen
Département de médecine, Hôpital de Porvoo, Porvoo, Finlande

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Extraits choisis sur le syndrome de l’intestin irritable et le microbiote intestinal.

Dysbiose du microbiote intestinal et syndrome de l’intestin irritable

La dysbiose du microbiote et son lien avec le syndrome de l’intestin irritable (SII) ont été discutés au cours de différentes sessions de la conférence. En particulier, les Professeurs Magnus Simrén et Uday Ghoshal ont mis en évidence certaines caractéristiques liées à la composition du microbiote chez des patients atteints de SII. Plusieurs études ont montré que la richesse microbienne des patients atteints de SII était moindre que celle des sujets sains, que les Methanobacteriales pouvaient ne pas être détectées et que la production de méthane était faible chez ces patients [1]. De plus, un sous-groupe de patients atteints de SII présentait une dysbiose associée à une augmentation des entérotypes Firmicutes et Bacteroides par rapport aux sujets sains qui présentaient une augmentation des entérotypes Clostridiales et Prevotella.

Cependant, il apparaît important de déterminer quelles bactéries sont associée au SII, mais aussi la raison de leur présence dans l’intestin et comment elles interviennent dans les mécanismes d’hypersensibilité viscérale, de dysfonctionnement neuromoteur, d’augmentation de la perméabilité intestinale et d’inflammation de bas grade. Une prolifération bactérienne de l’intestin grêle (PBIG, en anglais, SIBO : Small Intestinal Bacterial Overgrowth) peut être à l’origine du SII chez certains patients. Le défi actuel consiste à améliorer le dépistage de ces PBIG car la culture bactérienne à partir d’un échantillon de liquide d’aspiration de l’intestin grêle obtenu par endoscopie est difficile à réaliser et n’est pas toujours possible [2]. Le test respiratoire à l’hydrogène (après ingestion de glucose) peut être utilisé pour identifier ces patients ; il semble être plus précis que le test respiratoire à l’hydrogène (après ingestion de lactulose).

Modulation du microbiote intestinal dans le syndrome de l’intestin irritable

Le microbiote intestinal peut-il être modifié à des fins thérapeutiques ? Cela pourrait- il soulager les symptômes du SII ? Le microbiote intestinal peut être modulé en utilisant des antibiotiques, des probiotiques, des symbiotiques, en modifiant la motilité intestinale, en agissant sur le régime alimentaire, et par le biais de la transplantation fécale ou des bactériophages. Ces possibilités ont été discutées lors des présentations des Professeurs Uday Ghoshal et Giovanni Barbara. L’impact des antibiotiques est meilleur chez les patients atteints de SII présentant une PBIG. En effet, la norfloxacine et la rifaximine sont significativement plus efficaces pour réduire les symptômes du SII chez les patients positifs pour une PBIG que chez ceux négatifs pour une PBIG. Chez les patients atteints de SII ne présentant pas de constipation, conformément aux études Target 1 et 2, la rifaximine soulage les symptômes globaux du SII et les ballonnements. L’étude Target 3 et d’autres études ont montré que la rifaximine pouvait être utilisée de manière répétée en cas de récidive du SII-D (SII à diarrhée prédominante) sans perte d’effet ni de survenue d’une résistance bactérienne [3, 4]. De plus, la rifaximine réduit de manière transitoire le nombre de bactéries dans les selles mais semble également avoir un effet eubiotique, en augmentant l’abondance des Lactobacillaceae. Un régime pauvre en FODMAP semble réduire les symptômes chez certains patients atteints de SII, mais il entraîne également une réduction du nombre de bifidobactéries dans les selles.

Chez les patients atteints de SII répondant à un régime pauvre en FODMAP, la dysbiose augmente, et la sensibilité au régime alimentaire peut donc être prédite par les profils bactériens fécaux. L’efficacité de la transplantation fécale dans le SII reste controversée car elle n’a été démontrée que dans l’une des deux grandes études contrôlées randomisées [5, 6]. Comme indiqué par le Professeur Giovanni Barbara et sur la foi de 53 essais contrôlés randomisés, l’American College of Gastroenterology a conclu que les probiotiques réduisaient les symptômes globaux du SII ainsi que les ballonnements et les flatulences [7]. Pour être consolidée, cette recommandation mériterait d’être fondée sur de nouvelles données dont la qualité serait renforcée.

Cependant, tous les probiotiques ne sont pas équivalents. Le Professeur Eamonn Quigley a montré que Bifidobacterium infantis soulageait les douleurs abdominales, les ballonnements et les troubles du transit et qu’il améliorait la qualité de vie des patients atteints de tous les soustypes de SII. La souche semble également avoir des propriétés anti-inflammatoires et immunomodulatrices, puisqu’elle réduit les taux de CRP et de TNFα dans le psoriasis, le syndrome de fatigue chronique et la rectocolite hémorragique. De plus, les résultats préliminaires suggèrent que, en association avec Bifidobacterium longum, Bifidobacterium infantis pourrait également soulager les symptômes dépressifs associés au SII.

Microbiote et axe intestin-cerveau

Les résultats d’études précliniques ont montré que certains métabolites bactériens étaient susceptibles de modifier la réponse cérébrale à certains stimuli. Cependant, le défi consiste à transposer ces études sur le plan clinique. Le Dr. Huiying Wang a montré dans sa récente étude que la souche Bifidobacterium longum modulait l’activité cérébrale au cours d’un stress social observé lors d’une partie de Cyberball chez des volontaires sains en se basant sur une évaluation réalisée à l’aide de la magnétoencéphalographie et de questionnaires sur la qualité de vie. En plus d’un effet sur les oscillations neuronales, la souche améliore également la sensation de vitalité et réduit la fatigue mentale par rapport au placebo sur une période de suivi de quatre semaines. Le Pr. Paul Enck a décrit la relation entre le stress ou l’anxiété et le SII comme étant à double sens car les symptômes peuvent être à la fois la cause et la conséquence du SII. Une étude menée chez des patients atteints de SII a montré que la présence de Bifidobacterium longum était corrélée à une réduction des scores de dépression et d’anxiété ; cependant, à l’entrée dans l’étude, ces scores n’étaient pas suffisamment élevés pour établir un diagnostic de dépression ou d’anxiété [8]. Ainsi, il semble plus approprié de dire que ce probiotique affecte l’humeur plutôt que la dépression ou l’anxiété. À l’instar de Bifidobacterium longum, la rifaximine modulerait l’activité cérébrale, augmenterait la relaxation et réduirait l’anxiété au cours d’un stress social. C’est ce qu’a montré un essai randomisé en double aveugle mené chez des volontaires sains évalués à l’aide de la magnétoencéphalographie [9].

Sources

1 Tap J, Derrien M, Törnblom H et al. Identification of an intestinal microbiota signature associated with severity of irritable bowel syndrome. Gastroenterology 2017; 152: 111-23.

2 Ghoshal UC, Sukla R, Ghoshal U. Small intestinal bacterial overgrowth and irritable bowel syndrome: a bridge between functional organic dichotomy. Gut Liver 2017; 11: 196-208.

3 Lembo A, Pimentel M, Rao SS et al. Repeat treatment with rifaximin is safe and effective in patients with diarrhea-predominant irritable bowel. Gastroenterology 2016;151;1113-21

4 Pimentel M, Cash BD, Lembo A et al. Repeat rifaximin for irritable bowel syndrome: no clinically significant changes in stool microbial antibiotic sensitivity. Dig Dis Sci 2017;62:2455-2463

5 Johnsen PH, Hilpüsch F, Cavanagh JP, et al. Faecal microbiota transplantation versus placebo for moderate-to-severe irritable bowel syndrome: a double-blind, randomised, placebo-controlled, parallel-group, single-centre trial. Lancet Gastroenterol Hepatol 2018; 3: 17-24.

6 Halkjær SI, Christensen AH, Lo BZS, et al. Faecal microbiota transplantation alters gut microbiota in patients with irritable bowel syndrome: results from a randomised, double-blind placebo-controlled study. Gut. 2018;67(12):2107-2115.

7 Ford AC, Moayyedi P, Chey WD, et al. American College of Gastroenterology Monograph on management of irritable bowel syndrome. Am J Gastroenterol 2018; 113: 1-18.

8 Pinto-Sanchez MI, Hall GB, Ghajar K, et al. Probiotic Bifidobacterium longum NCC3001 reduces depression scores and alters brain activity: a pilot study in patients with irritable bowel syndrome. Gastroenterology 2017; 153: 448-59.

9 Wang H, Braun C, Enck P. Effects of rifaximin on central responses to social stress – a pilot experiment. Neurotherapeutics 2018; 15; 807-8.

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Retour sur la 51e réunion annuelle espghan

Retour de congrès

Par le Dr. Solange Heller Rouassant
Gastroentérologie et nutrition pédiatriques, Mexico City, Mexique Conseiller mexicain de la NASPGHAN

Microbiote gastrique et Helicobacter pylori

Les Proteobacteria, les Firmicutes, les Actinobacteria, les Bacteroidetes et les Fusobacteria sont les phyla les plus abondants chez les patients positifs et négatifs pour H. pylori, et ce microbiote gastrique pourrait jouer un rôle dans la cancérogénicité associée à H. pylori [1]. Alarcón [2] a caractérisé le microbiote gastrique chez des enfants positifs et négatifs pour H. pylori ; lorsqu’elle était présente, H. pylori dominait la communauté microbienne, mais en son absence, la richesse et la diversité bactériennes étaient plus importantes.

Microbiote intestinal en début de vie

Le développement du microbiote intestinal en début de vie est influencé par le mode d’accouchement, l’alimentation (lait maternel ou lait infantile), le recours aux antibiotiques, le moment de l’introduction des aliments solides et l’arrêt de l’alimentation lactée. Le microbiote intestinal d’un nouveau-né est dominé de manière transitoire par les entérobactéries et les staphylocoques et très rapidement par les Bifidobacterium et les bactéries lactiques. Les Bifidobacterium sont majoritaires jusqu’à l’introduction d’une alimentation complémentaire [3].

  • Dukanovic [4] a montré qu’on retrouvait peu de Bacteroides dans les selles des nourrissons nés par césarienne et exclusivement allaités. Les espèces de Bacteroides ont été détectées dans respectivement 73 % et 16 % des échantillons obtenus lors d’un accouchement par voie basse et par césarienne.
  • Collado [4] a démontré que le microbiote du couple mère-enfant et le microbiote du lait maternel présentaient des caractéristiques communes, ce qui suggère une transmission microbienne pendant l’allaitement.

Certaines souches des genres Bacteroides, Bifidobacterium, Staphylococcus et Enterococcus ont été isolées de l’intestin des mères et des nourrissons, et certaines souches de Staphylococcus, Lactobacillus, Enterobacter et Acinetobacter ont été isolées du lait maternel apparié à l’âge de 2 mois.

Supplémentation en probiotiques et en symbiotiques en début de vie

  • Il a été prouvé qu’un lien entre la composition du microbiote intestinal en début de vie et le développement de maladies existait [5]. Des études menées sur le microbiote intestinal de nourrissons en tout début de vie ont montré que le transfert de gènes de résistance aux antibiotiques est acquis précocement et peut laisser des séquelles à long terme.

  • Des nourrissons exclusivement allaités ont reçu une supplémentation avec Bifidobacterium longum subsp. infantis (Casaburi [4]), un probiotique ciblé capable de remodeler le microbiote intestinal avec une réduction potentielle des réservoirs de gènes de résistance aux antibiotiques. Il a été conclu que la colonisation par des taux élevés de cette souche est une méthode sûre et non invasive pour réduire un réservoir de gènes qui confèrent une résistance aux antibiotiques.

  • Les taux élevés de Bifidobacterium longum subsp. infantis chez les nourrissons allaités, quel que soit le mode d’accouchement, restaient stables au cours de la première année de vie si l’allaitement était poursuivi [4].

Supplémentation du lait maternisé en prébiotiques et en probiotiques

Les oligosaccharides contenus dans le lait maternel (OLM) sont des composés du lait maternel non conjugués, solides et abondants. Le spectre des OLM contenus dans le lait maternel, principalement lié au statut sécréteur de la mère, module la composition bifidobactérienne de l’intestin des nourrissons.

On retrouve moins de bifidobactéries dans l’intestin de nouveau-nés nourris au lait maternisé mais une plus grande diversité microbienne. L’utilisation de prébiotiques dans le lait maternisé augmente la fraction bifidobactérienne dans l’intestin des nourrissons. Actuellement, les prébiotiques disponibles (les galacto- (GOS) et les fructo-oligosacharides (FOS)) sont métabolisés par les bifidobactéries, mais pas par l’hôte humain [5].

  • Puccio [6] a supplémenté du lait maternisé avec du 2’-O-fucosyllactose et du lacto-N-néotétraose, qui sont généralement contenus dans le lait maternel, et a obtenu de bons résultats. Le lait maternisé supplémenté en GOS, FOS et en Bifidobacterium breve compense le retard de colonisation par Bifidobacterium chez les nourrissons nés par césarienne, module le microbiote intestinal et reproduit les conditions observées chez les nourrissons nés par voie basse [6].

  • La comparaison de deux laits maternisés différents supplémentés en prébiotiques seuls ou en prébiotiques et probiotiques a montré des profils du microbiote intestinal similaires à ceux de nourrissons allaités (Tims & Phavichir [4]).

Prévention et traitement des allergies au lait de vache (alv)

  • Les probiotiques sont recommandés pour prévenir les ALV, mais davantage de données seraient bienvenues. Lactobacillus rhamnosus ou Bifidobacterium lactis ont été administrés à des mères tous les jours entre la 35e semaine de grossesse et 6 mois après l’accouchement et à des nourrissons de la naissance à l’âge de 2 ans. Les enfants ayant reçu Lactobacillus rhamnosus ont présenté une réduction significative de la prévalence de l’eczéma dans l’enfance (Wickens [4]).

  • Des laits infantiles fortement hydrolysés ont été supplémentés en L. rhamnosus our traiter les ALV à médiation de type IgE et favoriser le développement de la tolérance immunitaire. Les études cliniques menées chez des nourrissons en bonne santé et des nourrissons présentant une ALV ont montré que les laits infantiles à base d’acides aminés (LMAA) supplémentés en symbiotiques sont hypoallergéniques, bien tolérés, et garantissent une croissance normale.

  • Les résultats d’un essai multicentrique, en double aveugle, randomisé et contrôlé mené chez des nourrissons présentant des ALV à médiation de type non IgE ont été présentés (Candy [7]). Les nourrissons ont reçu du LMAA hypoallergénique contenant un mélange prébiotique d’oligofructose neutre dérivé de la chicorée et de Bifidobacterium breve à chaîne longue. À la 8e semaine, des différences importantes au niveau de la composition du microbiote intestinal étaient présentes entre les groupes, les pourcentages de bifidobactéries étant plus élevés dans le groupe ayant reçu du LMAA supplémenté en symbiotiques. La modulation du microbiote intestinal en utilisant ces symbiotiques spécifiques pourrait améliorer les symptômes chez les nourrissons présentant une ALV.

Coliques infantiles

Des données suggèrent qu’une altération du microbiote intestinal affecte la motilité intestinale et induit une production de gaz chez les nourrissons, ce qui entraîne des douleurs abdominales/coliques. La modulation du microbiote intestinal pourrait jouer un rôle dans la gestion et la prévention des coliques infantiles.

  • Une revue systématique Cochrane [4] des probiotiques prophylactiques dans les coliques infantiles a inclus des études portant sur Lactobacillus reuteri, des probiotiques issus de plusieurs souches Lactobacillus rhamnosus, Lactobacillus paracasei et Bifidobacterium animalis. Cette méta-analyse n’a montré aucune différence liée à l’utilisation de plusieurs probiotiques. Cependant, une analyse plus large a suggéré que les probiotiques étaient efficaces pour traiter les coliques infantiles (Ong [4]).

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Traitement de la maladie de crohn active par un régime alimentaire ordinaire reproduisant une nutrition entérale exclusive

Article commenté - Rubrique enfant

Par le Pr. Emmanuel Mas
Gastro-entérologie et nutrition, Hôpital des Enfants, Toulouse, France

Photo : Treatment of active crohn’s disease with an ordinary foodbased diet that replicates exclusive enteral nutrition

Commentaire de l’article original de Svolos et al. (Gastroenterology 2019 [1])

La nutrition entérale exclusive (NEE) est le seul traitement diététique établi pour la maladie de Crohn (MC), mais son acceptabilité est limitée. La MC requiert de nouveaux traitements diététiques.

Les effets d’un régime alimentaire individualisé (CD-TREAT), dont la composition était similaire à celle de la NEE, ont été évalués en analysant la composition du microbiote intestinal, l’inflammation et la réponse clinique chez un rat, chez des adultes en bonne santé et des enfants en rechute de MC.

In fine, il a été démontré que le régime CD-TREAT reproduisait les modifications de la NEE au niveau du microbiote digestif, diminuait l’inflammation intestinale, était bien toléré et était potentiellement efficace chez les patients atteints d’une MC active.

Que sait-on déjà à ce sujet ?

La nutrition entérale exclusive (NEE) est un traitement efficace de la maladie de Crohn avec atteinte iléale. Elle permet d’obtenir de bons résultats (cicatrisation muqueuse dans 80 % des cas), meilleurs que ceux d’une corticothérapie. Cependant, la principale difficulté réside dans l’acceptation de recevoir, pendant au moins 8 semaines, une nutrition entérale exclusive. Cette alimentation peut être administrée par sonde nasogastrique ou, comme pour le ModulenIBD®, par voie orale. Le mécanisme d’action de la NEE n’est pas clairement établi. Plusieurs études suggèrent que ce type d’alimentation agit en modulant le microbiote intestinal.

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

Le but de cette étude était de savoir si un régime alimentaire ordinaire (CD-TREAT), c’est-à-dire avec des aliments habituels pris par voie orale, mais adapté pour que sa composition en nutriments soit proche de celle du Modulen IBD®, pouvait se révéler efficace dans la maladie de Crohn. La proportion de glucides était donc diminuée et celle des protéines augmentée ; un mélange multivitaminique permettait d’obtenir des apports en micronutriments similaires à ceux de la NEE. Une étude en cross-over a été réalisée chez 25 adultes volontaires sains. Pendant une semaine, ils ont reçu soit le régime CD-TREAT soit une NEE et réciproquement après une période de wash-out. Le régime CD-TREAT était plus facile à mettre en oeuvre et produisait un meilleur effet satiétogène. La richesse et la diversité alpha du microbiote n’étaient pas modifiées par ces régimes. Cependant, l’abondance relative de 58 (49,3 %) et 38 (32,3 %) genres bactériens était significativement modifiée par la NEE et le CD-TREAT respectivement, dont 28 dans la même direction. Il est à noter qu’il y avait des modifications de différents métabolites (certains acides gras à chaînes courtes – acétate, propionate et butyrate diminuaient significativement après la NEE ou le régime CD-TREAT) et une augmentation du pH des selles d’environ 1 unité.

POINTS CLÉS

  • Un régime adapté par voie orale pourrait être aussi efficace dans la maladie de Crohn qu’une nutrition entérale exclusive

  • Son effet sur le microbiote intestinal se rapproche de celui d’une nutrition entérale exclusive

  • Son utilisation offre une alternative à la nutrition entérale exclusive, mal accep

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Quelles conséquences en pratique ?

Cette étude montre d’une part que ce régime alimentaire est plus facilement réalisable par voie orale et qu’il pourrait avoir des effets similaires à ceux de la NEE par Modulen IBD® sur le microbiote intestinal. D’autre part, ce régime CDTREAT permet d’améliorer les signes cliniques et de diminuer l’inflammation intestinale.

Conclusion

Cette étude est une preuve de concept qu’une nouvelle prise en charge diététique mieux tolérée pourrait être efficace dans la maladie de Crohn. Il est nécessaire de confirmer ces résultats dans une étude randomisée contrôlée d’effectif suffisant.

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Article commenté

Profils du microbiote intestinal d’enfants non traités pour troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité

Article commenté - rubrique enfant

Par le Pr. Emmanuel Mas
Gastro-entérologie et nutrition, Hôpital des Enfants, Toulouse, France

Photo : Gut microbiota profiles in untreated children with attention deficit hyperactivity disorder

Commentaire de l’article original de Jiang et al. (Behavoural Brain Research 2018)

Bien qu’un nombre croissant de données suggère un rôle du microbiote intestinal dans le développement neurologique, la structure et la composition réelles du microbiote intestinal chez les enfants atteints de troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) restent obscures. Ainsi, cette étude visait à définir les caractéristiques du microbiote intestinal chez des enfants atteints de TDAH naïfs de traitement et à évaluer leur relation avec la gravité des symptômes de TDAH. Un pyroséquençage à haut débit a été utilisé pour étudier la composition du microbiote fécal de 51 enfants atteints de TDAH et de 32 contrôles sains (CS). Une analyse au niveau des unités taxonomiques opérationnelles (OTU) a révélé une diminution significative de la représentation fractionnelle de Faecalibacterium chez les enfants atteints de TDAH par rapport aux CS. Chez les personnes atteintes de TDAH, l’abondance de Faecalibacterium était négativement associée aux symptômes rapportés par les parents. Cependant, il n’y avait pas de différence significative en termes de diversité alpha (indices de Shannon, Simpson, ACE et Chao1) entre le groupe atteint de TDAH et le groupe contrôle. Ces observations étayent l’implication d’une altération du microbiote intestinal dans les maladies psychiatriques, et Faecalibacterium peut représenter un nouveau marqueur potentiel du microbiote intestinal dans les TDAH. D’autres études sont nécessaires pour valider ces observations et déterminer les relations causales et temporelles entre ces variables [1].

Que sait-on déjà à ce sujet ?

Au cours de ces dernières années, l’intestin et le microbiote intestinal ont pris une place essentielle chez l’homme, devenant même pour certains un 2e et 3e cerveau. L’axe intestin-cerveau est étudié plus précisément, et des altérations de son fonctionnement recherchées dans diverses pathologies neurologiques et psychiatriques. Des altérations du microbiote intestinal ont été mises en évidence dans l’autisme et dans d’autres pathologies psychiatriques. Aucune étude n’a analysé précisément le microbiote intestinal dans le TDAH mais certaines suggèrent l’existence d’une dysbiose (amélioration des symptômes sous probiotiques et aggravation sous antibiotiques ; naissance par césarienne comme facteur de risque de la maladie).

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Points clés

  • L’axe intestin-cerveau joue un rôle important dans diverses pathologies neurologiques et psychiatriques.

  • Une perturbation du microbiote intestinal (diminution des Faecalibacterium notamment) est suggérée par cette étude pilote.

  • D’autres études sont nécessaires pour confirmer ce résultat et évaluer si la correction de cette dysbiose est susceptible d’améliorer les symptômes de TDAH.

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

Les auteurs ont inclus 51 enfants âgés de 6 à 10 ans avec TDAH et 32 témoins appariés dans un hôpital chinois de mai 2015 à décembre 2016. Le diagnostic de TDAH était basé sur le questionnaire Kiddie- SADS-PL qui figure dans le manuel diagnostique des troubles mentaux (DSM-IV). Les parents ont rempli un questionnaire pour évaluer la sévérité des symptômes du TDAH (Conners Parent Rating Scales). Ont été exclus les enfants ayant des régimes spécifiques, traités par probiotiques ou antibiotiques dans les 2 mois précédents, ayant des troubles digestifs, des symptômes dépressifs ou anxieux, une obésité, un terrain atopique et/ou traités par des médicaments pour leur TDAH. On ne retrouvait pas de différence entre les deux groupes pour l’âge, le sexe, l’IMC, le mode de naissance et d’alimentation (allaitement). L’analyse du microbiote intestinal, réalisée par pyroséquençage de l’ARN 16S et analyse des OTU (operational taxonomic units), n’a pas montré de différence en termes de diversité bactérienne (alpha et béta). Les quatre principaux phyla dans tous les échantillons étaient Firmicutes, Bacteroidetes, Proteobacteria et Actinetobacteria, mais sans différence entre enfants ayant un TDAH et témoins. Au niveau des genres en revanche, les taux de Faecalibacterium, Lachnoclostridium et Dialister étaient diminués chez les enfants ayant un TDAH (Figure 1). L’abondance de Faecalibacterium était corrélée négativement à la sévérité du TDAH, de même qu’à l’index d’hyperactivité (Figure 2).

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Quelles sont les conséquences en pratique ?

Si une perturbation du microbiote intestinal est impliquée dans le TDAH (comme dans d’autres pathologies), il faut tout d’abord être prudent et avoir une prescription réfléchie d’antibiotiques chez l’enfant, a fortiori chez le nourrisson, pour prévenir le développement ultérieur de ces maladies. Dans le cadre du TDAH, il pourrait être utile de cibler Faecalibacterium en assurant une augmentation au niveau intestinal. Au niveau diététique, ceci est favorisé par une alimentation de type méditerranéen et probablement réduit par une alimentation de type occidental. Outre cette approche diététique ciblée sur Faecalibacterium, il s’agit aussi de réduire l’inflammation intestinale à laquelle contribue une diminution de Faecalibacterium.

Conclusion

Cette étude pilote a montré qu’il existait une perturbation du microbiote intestinal dans les TDAH. Cette dysbiose concernait plus particulièrement Faecalibacterium, genre qui était corrélé négativement à la sévérité des symptômes de TDAH.

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Article commenté

Le tréhalose alimentaire augmente la virulence du Clostridium difficile épidémique

Article commenté - rubrique adulte

Par le Pr. Harry Sokol
Gastro-entérologie et nutrition, Hôpital Saint-Antoine, Paris, France

Photo : The food additive trehalose increases the virulence of epidemic clostridium difficile

Commentaire de l’article original de Collins et al. (Nature 2018)

L’incidence de l’infection à Clostridium difficile a récemment augmenté. Cette bactérie est devenue un pathogène nosocomial dominant en Amérique du Nord et en Europe, bien que l’on sache peu de choses sur ce qui a conduit à cette émergence. Ici, les auteurs montrent que deux ribotypes épidémiques (RT027 et RT078) ont acquis des mécanismes uniques pour métaboliser de faibles concentrations du disaccharide tréhalose qui est utilisé comme additif alimentaire. Le ribotype 027 (RT027) contient une seule mutation ponctuelle dans le répresseur transcriptionnel* du tréhalose qui augmente sa sensibilité à la substance de plus de 500 fois. En outre, le tréhalose alimentaire augmente la virulence des souches RT027 dans un modèle murin d’infection à Clostridium difficile. Le ribotype 078 (RT078) a acquis un groupe de 4 gènes impliqués dans le métabolisme du tréhalose. Parmi eux, une perméase de type PTS (phosphotransférase) est à la fois nécessaire et suffisante pour la croissance des souches, même à de faibles concentrations de tréhalose. Les auteurs proposent que la mise en oeuvre du tréhalose comme additif alimentaire dans l’alimentation humaine, peu de temps avant l’émergence de ces deux ribotypes épidémiques, a participé à leur émergence et contribue à leur hypervirulence  [1].

Que sait-on déjà à ce sujet ?

L’analyse par séquençage du génome entier de souches de C. difficile ribotype 027 (RT027) a démontré que deux lignées indépendantes ont émergé en Amérique du Nord entre 2000 et 2003 [2]. La comparaison avec des souches RT027 historiques pré-épidémiques a montré que les lignées épidémiques ont acquis une mutation dans le gène gyrA, qui a conduit à une résistance accrue aux antibiotiques du groupe des fluoroquinolones. Alors que le développement de cette résistance a certainement joué un rôle dans la propagation des souches RT027, elle a également été observée dans des ribotypes de C. difficile non épidémiques et identifiées dans des souches datant du milieu des années 1980. Ainsi, d’autres facteurs ont probablement contribué à l’émergence de souches épidémiques RT027. La prévalence d’un deuxième ribotype de C. difficile, RT078, a été décuplée dans les hôpitaux et les cliniques entre 1995 et 2007 et a été associée à une sévérité accrue [3]. Cependant, les mécanismes impliqués dans l’augmentation de la virulence restent inconnus. Les lignées RT027 et RT078 étant phylogénétiquement éloignées l’une de l’autre, il est possible que les changements qui ont conduit de manière simultanée à une augmentation de la prévalence et de la gravité de l’infection puissent provenir de mécanismes indépendants.

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

Il a été montré que les souches du ribotype RT027 ont un avantage compétitif comparé aux autres souches in vitro et dans des modèles murins d’infection à C. difficile. Pour investiguer les mécanismes impliqués, les auteurs ont examiné l’utilisation de différentes sources de carbones par les différentes souches et ont mis en évidence une capacité accrue à utiliser le disaccharide tréhalose par les souches du ribotype RT027. En comparant les génomes de nombreuses souches de C. difficile, les auteurs ont identifié une potentielle enzyme phosphotrehalase (TreA) qui métabolise le trehalose-6-phosphate en glucose et glucose-6-phosphate. Les auteurs ont ensuite observé que les souches du ribotype RT027 activaient ce gène à une concentration 500 fois plus faible de tréhalose que les autres souches de C. difficile. Des analyses plus fines ont permis d’identifier un polymorphisme dans le répresseur transcriptionnel (TreR) de TreA dans toutes les souches du ribotype RT027 et dans d’autres souches proches à l’origine d’épidémies en Europe et en Australie. Pour évaluer si la capacité de métaboliser le tréhalose avait un impact sur la virulence, les auteurs en ont administré oralement à des souris transplantées avec un microbiote humain et infectées soit par une souche du ribotype RT027 (R20291), soit par la même souche mais délétée pour le gène TreA (R20291Δ TreA), donc incapable de métaboliser le tréhalose. La mortalité était bien moindre avec cette dernière souche R20291Δ TreA (Figure 1).

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Point clés

  • Les foyers d’infection à C. difficile par des souches épidémiques hypervirulentes (ribotypes RT027 et RT078) sont apparus au début des années 2000.

  • Le tréhalose est un disaccharide très résistant utilisé dans l’industrie agroalimentaire depuis 2000.

  • Les souches RT027 et RT078 ont acquis un avantage compétitif leur permettant d’utiliser le tréhalose, même à de faibles concentrations, ce qui augmente leur virulence.

Dans une seconde expérience, les auteurs ont infecté des souris ayant un microbiote humain avec la souche du ribotype RT027 (R20291) en présence ou en absence de tréhalose dans l’eau de boisson (donné à une dose équivalente à celle reçue dans un repas humain). La mortalité était bien supérieure en présence de tréhalose. Les deux expériences cumulées confirment l’hypothèse selon laquelle le tréhalose alimentaire contribue à la sévérité des souches du ribotype RT027. L’analyse génétique des souches du ribotype RT078 a montré l’insertion de 4 gènes encodant une 2e copie de la phosphotrehalase (TreA2) et de son répresseur (TreR2) et 2 autres gènes reliés. Une approche par mutation et surexpression a permis de confirmer que cette insertion était responsable de la capacité des souches du ribotype RT078 à pousser en présence de tréhalose.

Quelles sont les conséquences en pratique ?

Le tréhalose est un sucre extrêmement stable, résistant à la fois aux hautes températures et à l’hydrolyse. Considéré comme idéal pour une utilisation dans l’industrie agro-alimentaire, son usage ne s’est repandu qu’à partir de 2000, date à laquelle un nouveau procédé de production à bas coût a été découvert [3]. Son utilisation a été autorisée dans l’alimentation par la Food and Drug Administration (FDA) américaine en 2000 et par les institutions européennes en 2001. L’adoption large du tréhalose coïncide avec l’émergence des foyers d’infections par les souches RT027 et RT078. L’ensemble de ces résultats suggère un rôle causal du tréhalose alimentaire dans l’émergence de ces souches épidémiques hypervirulentes de C. difficile.

Conclusion

L’adoption large du tréhalose dans l’industrie agro-alimentaire coïncide avec l’émergence des foyers d’infections par les souches RT027 et RT078 de C. difficile. Ces souches ont acquis la capacité d’utiliser le tréhalose à faible concentration, leur donnant un avantage sélectif par rapport aux autres souches dans un écosystème dans lequel le tréhalose a été introduit. Cette capacité à métaboliser le tréhalose augmente leur virulence. L’ensemble de ces résultats suggère un rôle causal du tréhalose alimentaire dans l’émergence de ces souches épidémiques hypervirulentes de C. difficile.

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