Un acide gras à chaîne courte du microbiote intestinal pour lutter contre l’endométriose ?

L’endométriose altère considérablement la qualité de vie des femmes atteintes par les douleurs et l’infertilité qu’elle peut entraîner. Alors qu’elle concerne 1 femme sur 10, ses mécanismes restent mal compris et ses traitements, insatisfaisants. Une récente étude1 sur l’animal ouvre de nouvelles perspectives en montrant que le butyrate, un acide gras à chaîne courte produit par le microbiote intestinal, freine le développement des lésions endométriosiques.

Les théories sur l’origine de l’endométriose demeurent non élucidées. Selon l’hypothèse qui prévaut aujourd’hui, des fragments d’endomètre migrent hors de l’utérus dans l’espace péritonéal lors de menstruations rétrogrades et s’implantent sur les tissus environnants. Mais, si 90% des femmes ont des menstruations rétrogrades, seules 10% ont une endométriose. De plus, les traitements actuels de la maladie ne sont pas sans effets secondaires et ne préviennent pas les récidives. 

Afin de proposer aux femmes de nouvelles solutions thérapeutiques, d’autres facteurs contribuant à l’altération de l’environnement péritonéal et au développement des lésions doivent être identifiés. Dans ce contexte, le microbiote intestinal suscite l’attention des chercheurs. En effet, celui des femmes atteintes d’endométriose présente une diversité alpha moindre et une composition bactérienne altérée par rapport aux femmes sans endométriose. De plus, les métabolites produits par la flore colique d’un modèle de souris d’endométriose sont différents de ceux des souris contrôle. Ce point est important, car c’est par les métabolites issus de la transformation des fibres alimentaires que le microbiote intestinal apporte ses bénéfices à l’organisme humain. Parmi ceux-ci, les acides gras à chaine courte (AGCC) tels que le butyrate, l’acétate ou le propionate ont notamment des effets antiprolifératifs et anti-inflammatoires. Les auteurs de l’étude publiée dans Life Science Alliance se sont donc penchés sur le rôle de ces AGCC dans l’endométriose in vivo sur un modèle murin d’endométriose et in vitro sur des cellules de lésions endométriosiques.

Le butyrate inhibe la croissance des lésions en activant plusieurs mécanismes

Les premiers résultats montrent que l’endométriose déséquilibre le microbiote intestinal des souris en entraînant une réduction de la production de butyrate. L’équipe observe également que le butyrate (et non d’autres AGCC comme l’acétate ou le propionate) inhibe la croissance des lésions endométriosiques. Le butyrate agirait via au moins trois mécanismes : en activant des récepteurs membranaires couplés aux protéines G (RCPG) : GPR43 et GPR109A, en inhibant l’enzyme histone désacétylase (HDAC) et en activant Rap1GAP (protéine activatrice de GTPase Ras-proximate-1). Rap1GAP bloque la voie de signalisation Rap1 impliquée dans la prolifération, la migration et l’adhésion des cellules. Elle est déjà connue comme un suppresseur de tumeur, y compris dans le cancer de l’endomètre.

De nouvelles études devront désormais déterminer si, chez les femmes atteintes d’endométriose, le taux de butyrate fécal est plus bas que chez les femmes non atteintes. Si tel est le cas, différentes approches destinées à prévenir le développement des lésions pourraient être testées : régime alimentaire, analogues du butyrate, compléments à base de butyrate ou probiotiques induisant la production de butyrate.

Recommandé par notre communauté

"Merci pour cet article !" - Commentaire traduit de Diome🌺 (Repris de Biocodex Microbiota Institute sur X)

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Actualités Médecine générale

Pour voir la vie en rose mangez du chocolat noir !

Vous rêviez d'avoir une (très) bonne raison pour manger du chocolat noir lors des fêtes de fin d'année ? Un essai clinique inédit vous l’apporte sur un plateau ! Le cacao augmenterait la diversité microbienne intestinale et provoquerait une rétroaction vertueuse sur notre cerveau qui se traduirait par un effet "feel good" durable. Gourmands, arrêtez de culpabiliser !

Le microbiote intestinal L'alimentation Troubles de l'humeur

Les troubles de l’humeur se caractérisent par des sentiments de tristesse, d'impuissance, de désespoir ou encore d'irritabilité. Afin de mieux prévenir et traiter ces troubles, la recherche scientifique s’est intéressée, entre autres, à la nutrition et au microbiote intestinal, notre deuxième cerveau. Certains aliments, comme le chocolat, peuvent réguler notre humeur, en revanche les résultats sont souvent controversés. Pour la première fois, un essai clinique cherche à vérifier et à expliquer les effets positifs du chocolat noir sur notre humeur. Alors, on ouvre ensemble la boîte et on vous explique.

Chocolat noir et bonne humeur : la preuve scientifique

(sidenote: Shin JH, Kim CS, Cha L, et al. Consumption of 85% cocoa dark chocolate improves mood in association with gut microbial changes in healthy adults: a randomized controlled trial. J Nutr Biochem. 2021;99:108854. )

Au bout de trois semaines, les participants ayant consommé quotidiennement du chocolat noir à 85% présentaient une réduction significative de l'ensemble des sentiments négatifs, quand le groupe des 70% ne montrait aucun changement notoire. Les effets du cacao sur notre bonne humeur semblent donc dépendre de la dose consommée. Attention on parle ici de cacao, les papillotes pralinées que l'on déguste à Noël en contiennent moins de 50% !

Microbiote intestinal et chocolat : un péché mignon qui a du bon ?

L'étude scientifique a également pu montrer que le chocolat noir à 85% augmentait la diversité des communautés microbiennes de l’intestin. Pour les auteurs, ce sont les polyphénols contenus en grande quantité dans le cacao qui auraient une action positive sur la flore intestinale freinant la croissance des bactéries pathogènes et favorisant le développement de celles bénéfiques. Si l’intestin et le chocolat semblent s’unir pour le meilleur de notre santé plus que pour le pire, une question persiste : quel est le lien avec notre bonne humeur ? La tour de contrôle de nos émotions n'est-elle pas le cerveau ?

De l'intestin au cerveau : un réseau de communication digne de Charlie et la Chocolaterie !

Par voie sanguine ou nerveuse, les métabolites produits par les bactéries du microbiote intestinal impactent le fonctionnement du cerveau et, et par ricochet, nos émotions via l’axe intestin cerveau. L’étude montre également une association entre l‘effet positif sur l’humeur et la présence de certaines bactéries bénéfiques en consommant du chocolat noir à 85%. Pour les auteurs, cet effet positif serait médié par des changements dans la diversité et l’abondance de certaines bactéries du microbiote intestinal. Cette étude suggère ainsi un effet (sidenote: Prébiotiques Les prébiotiques sont des fibres alimentaires spécifiques non digestibles qui ont des effets favorables sur la santé. Ils sont utilisés de manière sélective par les micro-organismes bénéfiques du microbiote de l’individus. Les produits spécifiques associant des probiotiques et des prébiotiques sont appelés symbiotiques. Gibson GR, Hutkins R, Sanders ME, et al. Expert consensus document: The International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics (ISAPP) consensus statement on the definition and scope of prebiotics. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2017;14(8):491-502. Markowiak P, Śliżewska K. Effects of Probiotics, Prebiotics, and Synbiotics on Human Health. Nutrients. 2017;9(9):1021. ) pour le cacao sur la diversité du microbiote intestinal et nous donne une excuse pour succomber avec modération à cette tentation chocolatée….

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Microbiote vaginal #14

par le Pr. Markku Voutilainen
Faculté de médecine de l'Université de Turku ; gastro-entérologie, Hôpital universitaire de Turku, Finlande

Le microbiote vaginal doit-il être considéré comme responsable de la dysménorrhée ?

Chen CX, Carpenter JS, Gao X, et al. Associations Between Dysmenorrhea Symptom Based Phenotypes and Vaginal Microbiome: A Pilot Study. Nurs Res 2021 [Epub ahead of print].

Dans une étude pilote, la première à s’intéresser au lien entre la composition du microbiote vaginal pendant les règles et l’intensité de la douleur menstruelle, 20 femmes ont été classées en trois groupes en fonction de la douleur ressentie pendant leurs règles : « douleur localisée légère », « douleur localisée sévère » ou « douleur multiple sévère et symptômes gastro-intestinaux ». Le microbiote vaginal a été analysé pendant les règles et en dehors. Les résultats ont montré que la composition du microbiote vaginal varie significativement entre les femmes, ainsi qu’au cours du cycle menstruel, mais que la composition pendant les règles varie encore plus en fonction de l’intensité de la douleur. En particulier, pendant les règles, les femmes ayant une dysménorrhée plus sévère présentaient moins de lactobacilles et davantage de bactéries potentiellement pro-inflammatoires. Bien que limitée en termes de taille, de groupes d’âge étudiés et de diversité ethnique, cette étude pilote constitue une première étape vers des études plus larges sur les associations entre l’intensité de la douleur pendant les règles et la composition du microbiote vaginal. Les chercheurs émettent l’hypothèse que pendant les règles, le tissue endométrial est dégradé, libérant des composés (prostaglandines) qui peuvent causer des contractions musculaires utérines et une sensibilité accrue et contribuer ainsi à la douleur menstruelle. Certaines bactéries du microbiote vaginal pourraient favoriser la libération de ces composés et de cytokines pro-inflammatoires, qui exacerbent les symptômes de dysménorrhée. Si ces hypothèses sont confirmées, l’étude pilote soulignerait l’importance de la prise en compte des différences inter- individuelles et de la dynamique du microbiote vaginal pendant le cycle menstruel.

Microbiote cervicovaginal : un marqueur d'infection permanente à papillomavirus ?

Qingqing B, Jie Z, Songben Q, et al. Cervicovaginal microbiota dysbiosis correlates with HPV persistent infection. Microb Pathog 2020; 152: 104617.

Dans cette nouvelle étude, le microbiote cervicovaginal de 15 femmes a été analysé par séquençage génétique de l’ARNr 16S, et un génotypage du HPV a été réalisé. Six des femmes ont montré une infection persistante (avec le même type de HPV pendant plus de 12 mois), quatre ont montré une infection transitoire (qui a disparu en moins 12 mois) et cinq étaient négatives pour le HPV. Les trois groupes ont montré des différences significatives en ce qui concerne la composition du microbiote. Chez les femmes saines et celles présentant une infection transitoire, le genre Lactobacillus prédominait, tandis que les femmes avec infection persistante avaient un microbiote cervicovaginal plus varié. Une analyse statistique a révélé que 36 bactéries étaient associées à un statut infectieux transitoire ou persistant et que ces bactéries pouvaient potentiellement servir de biomarqueurs. Parmi celles-ci, conformément aux précédentes études, les genres Acinetobacter, Prevotella et Pseudomonas étaient corrélés avec une infection persistante. Lactobacillus iners était quant à lui corrélé à une infection transitoire. Les femmes présentant un infection persistante à HPV avaient des concentrations significativement supérieures d’IL-6 et de TNF-α dans leurs sécrétions cervicales et un nombre plus élevés de lymphocytes T régulateurs et de cellules suppressives dans le sang périphérique. Les résultats de cette étude suggèrent que les modifications du microbiote cervicovaginal pourraient être liées à une infection persistante à HPV. Toutefois, on ne sait pas si la dysbiose induit une persistance de l’infection ou inversement. Malgré cela, l’identification d’une signature microbienne pour l’infection persistante à HPV pourrait permettre un diagnostic plus précoce, conduisant à une intervention plus précoce pour éradiquer l’infection et réduire la probabilité de développement de lésions cervicales malignes.

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Revue de presse

Microbiote intestinal #14

par le Pr. Markku Voutilainen
Faculté de médecine de l'Université de Turku ; gastro-entérologie, Hôpital universitaire de Turku, Finlande

Press review 14_gut microbiota

Transplantation de microbiote fécal et supplémentation en fibres pour le contrôle du syndrome métabolique chez les personnes obèses

Mocanu V, Zhang Z, Deehan EC, et al. Fecal microbial transplantation patients with severe obesity and metabolic syndrome: a randomized double-blind, placebo-controlled phase 2 trial. Nat Med 2021; 27: 1272 -9

L’obésité et le syndrome métabolique (SM) constituent l’une des plus grandes épidémies sanitaires du 21e siècle. Le SM est associé à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires et de mortalité de toutes causes. Afin d’établir la TMF en tant que traitement pragmatique de l’obésité et du syndrome métabolique, de nouvelles stratégies utilisant des méthodes d’administration non invasives chez les patients présentant une dysfonction métabolique sont nécessaires. Les auteurs ont testé la TMF orale et la supplémentation en fibres alimentaires pour l’amélioration de la sensibilité à l’insuline. Dans cet essai de phase II randomisé en double aveugle, 70 patients atteints d’obésité sévère et de SM ont été randomisés dans quatre groupes. Le 1er et le 2e groupes ont reçu une seule dose de TMF encapsulée orale, suivie d’un supplément en fibres respectivement hautement fermentescibles (HF) ou peu fermentescibles (PF) pendant 6 semaines. Les 3e et 4e groupes ont reçu un placebo et une supplémentation en HF ou PF. Le critère principal de jugement était l’évaluation des modifications de la sensibilité à l’insuline entre l’inclusion et après 6 semaines de traitement, en utilisant le modèle homéostasique (HOMA2- IR/IS). Aucun effet indésirable grave n’a été rapporté pendant l’intervention. Après 6 semaines, seuls les patients du groupe TMF-PF présentaient des améliorations de la sensibilité à l’insuline, mais la glycémie à jeun, l’hémoglobine glyquée et les valeurs anthropométriques n’étaient pas modifiées. La TMF a eu pour résultat une augmentation de la quantité de microbes dans l’intestin, qui a été la plus importante dans le groupe TMF-LF. Phascolarcobacterium, Bacteroides stercoris et B. caccae ont été associés à des améliorations du score HOMA2-IR et de la sensibilité à l’insuline et pourraient être utilisés pour un futur traitement.

Microbiote intestinal, défense épithéliale et méningite bactérienne néonatale

Travier L, Alonso M, Andronico A, et al. Neonatal susceptibility to meningitis results from the immaturity of epithelial barriers and gut microbiota. Cell Rep 2021; 35(13): 109319.

Les streptocoques du groupe B (GBS) constituent une cause majeure de méningite, de pneumonie et de septicémie chez les nourrissons, et 68 % des cas de méningite néonatale à GBS sont des infections d’apparition tardive (se développant de 7 jours à 3 mois après la naissance). Ces infections pourraient résulter de la colonisation intestinale par les GBS transmis de la mère à l’enfant pendant ou après l’accouchement. Les auteurs ont examiné chez des souris les raisons de la sensibilité néonatale aux GBS et montré qu’elle est associée à des facteurs dépendants/indépendants du microbiote intestinal, ainsi qu’à l’âge. Le microbiote intestinal mature résiste à la colonisation par les GBS, renforce la fonction barrière de l’intestin limitant l’invasion par les GBS et joue un rôle central dans la maturation du système immunitaire. Dans l’intestin néonatal, l’activité de la voie Wnt âge-dépendante dans l’épithélium intestinal et du plexus choroïde favorise la translocation des GBS en raison de la polarisation plus faible des jonctions cellulaires. En outre, l’immaturité du microbiote intestinal est associée à une diminution de la résistance à la colonisation par les GBS et une augmentation de la perméabilité de la barrière vaisseau/ intestin, ce qui favorise la bactériémie. Les auteurs suggèrent que la maturation du microbiote néonatal avec des probiotiques et/ou des prébiotiques pourrait aider à prévenir la méningite bactérienne néonatale.

Microbiote, stress et comportement social

Wu WL, Adame MD, Liou CW, et al. Microbiota regulate social behavior via stress response neurons in the brain. Nature 2021; 595(7867): 409-14.

L’axe microbiote-intestin-cerveau (AMIC) est un système de communication bidirectionnel qui relie le microbiote intestinal et le cerveau. L’AMIC module le comportement tel que la sociabilité et l’anxiété chez les souris, mais les mécanismes sous-jacents restent inconnus. Dans cet article, des souris traitées par antibiotiques et des souris exemptes de germes ont montré une activité sociale diminuée, ainsi qu’un taux de corticostérone augmenté. Cette hormone du stress est produite par l’activation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS). La transplantation de bactéries intestinales à partir de souris SPF (Specific Pathogen-Free) a corrigé l’activité sociale et abaissé le taux de corticostérone. Les récepteurs à glucocorticoïdes dans l’hypothalamus étaient des régulateurs négatifs de l’axe HHS. Ces récepteurs ont régulé les taux de corticostérone et les comportements sociaux, tous deux régulés par le microbiote intestinal. Chez des souris traitées par antibiotiques, l’ablation génétique des récepteurs à glucocorticoïdes ou l’inactivation chimiogénétique des neurones produisant la corticolibérine (CRH) induit une inversion du comportement social. L’activation de la CRH et des neurones exprimant les récepteurs à glucocorticoïdes a induit des altérations du comportement social chez des souris présentant un microbiote normal, indiquant la voie neuronale régulant le comportement social. Enfin, des bactéries sensibles à la néomycine, par exemple Enterococcus faecalis, jouent un rôle de médiateur du comportement social. Les présents résultats suggèrent que des bactéries spécifiques empêchent les réactions de stress excessives en atténuant la production de corticostérone médiée par l’axe HHS. La détection de la voie neuronale de transmission des signaux de l’intestin au cerveau pourrait permettre de moduler les troubles du comportement social.

Microbiote intestinal et infarctus cérébral

Zhu W, Romano KA, Li L, et al. Gut microbes impact stroke severity via trimethylamine N-oxide pathway. Cell Host Microbe 2021; 29(7): 1199-1208.e5.

Les études cliniques ont rapporté que le métabolite circulant dérivé du microbiote intestinal triméthylamine-N-oxyde (TMAO) est associé à l’AVC. Toutefois, l’implication directe du microbiote intestinal dans les maladies vasculaires cérébrales (notamment l’AVC) n’est pas connue avec certitude. Le TMAO circulant est généré par le métabolisme microbien des précurseurs contenant le TMA, notamment la choline, qui est généralement abondante dans l’alimentation occidentale. En utilisant des modèles d’AVC chez le rongeur, les auteurs ont étudié si le microbiote intestinal en général ou soit le TMAO, soit un gène cutC microbien intestinal fonctionnel (le gène c d’utilisation de la choline [cut] catalyse la transformation choline-TMA) peut avoir une incidence sur la sévérité de l’AVC. Des souris exemptes de germes ont été colonisées par le microbiote intestinal humain de sujets présentant des taux sériques élevés ou bas de TMAO après une lésion expérimentale de type AVC. Les auteurs ont montré que la sévérité de l’AVC était transmissible et que les taux de TMAO étaient corrélés avec la sévérité de l’AVC. Des taxons de bactéries intestinales spécifiques sont corrélés positivement avec des taux élevés de TMAO, la taille de l’infarctus cérébral à travers la choline alimentaire. Le gène cutC microbien intestinal augmente les taux de TMAO de l’hôte, la taille de l’infarctus cérébral et les déficits fonctionnels. En résumé, le microbiote intestinal, avec la voie choline-TMAO, augmente la sévérité de l’AVC et aggrave le résultat fonctionnel. L’alimentation occidentale (et l’alimentation riche en viande rouge) contient des précurseurs de TMA et ont été associées à un risque d’AVC. Les interventions alimentaires chez les patients à haut risque d’AVC méritent la poursuite des investigations. L’activité de cutC est le facteur clé pour la sévérité de l’AVC et la voie TMAO pourrait être une cible potentielle pour la prévention ou le traitement de l’AVC.

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Revue de presse

Retour sur l'UEG week

Retour de congrès 
Par le Pr Erick Manuel Toro Monjaraz
Instituto Nacional de Pediatría, INP Service de gastro-entérologie, Mexico, Mexique

Congress review 14_UEG

L’UEG Week est le Congrès européen de gastro-entérologie au cours duquel sont présentées les dernières avancées en gastro-entérologie du monde entier, en particulier concernant le microbiote ; en raison de la grande qualité des travaux présentés, il a été difficile de choisir ceux couverts dans cet article.

Cibler le microbiote intestinal dans le SII

Le Dr Gerard Clark, mettant l’accent sur l’interaction et le rôle du microbiote dans le SII, a montré dans sa présentation que le microbiote régule la douleur viscérale chez la souris. Des animaux exempts de germes présentent une réponse au stress exagérée et les probiotiques réduisent les taux de cortisone induits par le stress. De nombreux mécanismes expliquent cette interaction ; l’un d’entre eux est la sérotonine. Le Dr Clark a présenté un article de Marco Constante, qui a démontré que le microbiote des sujets présentant un SII avec anxiété comorbide induit à la fois une dysfonction GI et un comportement de type anxiété chez les animaux receveurs. Ce scénario ouvre l’opportunité d’utiliser des prébiotiques, probiotiques et aliments fermentés en tant que psychotiques (probiotiques ayant un effet dans le système nerveux central), afin d’aider à soulager les symptômes de SII et les affections psychiatriques associées au SSI [1].

Resistome dans l'éradication de Helicobacter pylori

Comme nous le savons, la résistance antimicrobienne est une source d’inquiétude, et le microbiote intestinal est un réservoir de gènes de résistance antimicrobienne. Dans de précédentes études, le régime alimentaire et les aliments offrant des bénéfices en termes de santé allant au-delà de leur valeur nutritionnelle connue en tant qu’aliment fonctionnel, ont modifié le résistome intestinal avec des résultats prometteurs. Il a été montré que des souches probiotiques spécifiques réduisent l’abondance des bactéries multirésistantes. À Quito, en Équateur, le Dr Cifuentes et son groupe ont comparé le résistome fécal de patients traités pour l’éradication de H. pylori (trithérapie) avec et sans souche probiotique spécifique ajoutée au traitement. Ils ont démontré que l’ajout d’une souche probiotique spécifique réduit la présence de gènes de résistance antimicrobienne ; le mécanisme proposé est la modulation du microbiote intestinal et du système immunitaire et la production d’acides gras aux propriétés antimicrobiennes et inhibitrices de conjugaison [2].

Peut-on éviter les maladies inflammatoires de l'intestin en ciblant le microbiote intestinal ?

Le Pr Marla Dubinsky a présenté une conférence tentant de répondre à cette question. Une augmentation de l’incidence des maladies inflammatoires de l’intestin (MII) est observée chez les très jeunes enfants et chez les migrants de deuxième génération provenant de régions à incidence faible à élevée des MII, probablement associée à des modifications du microbiote intestinal ; il existe des données montrant le rôle du microbiote intestinal dans la genèse des MII, par exemple dans l’étude MECONIUM réalisée par Torres J et al. : ils ont montré que les bébés de mères présentant une MII possèdent un microbiote différent par rapport aux enfants sains. En outre, le régime alimentaire joue un rôle spécifique dans les MII, spécifiquement en modulant le microbiote ; l’alimentation occidentale est pro-inflammatoire, avec moins de Prevotella spp ; ce changement conduit à une augmentation des endotoxines. En conclusion, avec les progrès technologiques, dans le futur, nous pourrons identifier des populations à microbiote spécifique et éviter les MII sans effets indésirables. [3].

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Retour congrès

Les temps forts de l'APDW 2021

Retour de congrès
Par le Pr. Fergus Shanahan
Service de médecine, University College de Cork, Université nationale d'Irlande, Cork, Irlande; APC Microbiome Irlande

Congress review 14_APDW

Pendant l’Asian Pacific Disease Week (APDW), alors que les restrictions liées à la Covid-19 limitaient les contacts humains partout dans le monde, un symposium satellite virtuel spécial s’est intéressé à la nature changeante de la société moderne et ses effets sur microbiome, et notamment à l’impact de la distanciation sociale et aux conséquences en termes de santé et de risque de maladie.

Le Pr Fergus Shanahan (University College Cork, APC Microbiome Irlande) a introduit le concept de « microbiome social », qui inclut les facteurs favorisant la transmission et le partage des microbes au sein des réseaux sociaux humains [1]. Il a souligné que les conséquences des influences sociales sur le microbiome sont probablement les plus visibles dans la population âgée. La solitude, la vie en intérieur, les soins en établissement et la perte de contact humain, qui ont tous augmenté pendant le Covid-19, font partie des facteurs conduisant à une détérioration de la santé du microbiome avec l’âge. Soulignant la nécessité d’accroître les recherches sur les influences du mode de vie et de l’environnement sur le microbiome, il a observé que la majeure partie de la variation du microbiome humain est encore inconnue.

Le Pr Martin Blaser (Rutgers University, NJ, États-Unis) a ensuite décrit les influences connues sur la composition du microbiome humain et illustré ses recherches révolutionnaires sur les effets indésirables des antibiotiques. Une perte progressive de microbes ancestraux se produit depuis l’introduction des antibiotiques [2]. Elle est associée à l’augmentation de la fréquence des maladies chroniques non transmissibles, y compris des troubles immunologiques et métaboliques. Si le lien de causalité dans ces associations n’est pas démontré, le Pr Blaser a passé en revue son propre travail expérimental, qui démontre clairement des effets indésirables permanents, à long terme et même transgénérationnels, des antibiotiques sur le microbiome et la santé de l’hôte.

Le Pr Francisco Guarner (Institut de recherche Vall d’Hebron, Barcelone, Espagne) a montré de quelle manière les microbes intestinaux façonnent les réponses immunitaires de la muqueuse et systémiques, et en particulier comment un microbiome intestinal sain favorise des réponses immunitaires tolérogènes plutôt qu’immunogènes. Il a expliqué que l’importance clinique de ce phénomène est reflétée par l’impact du microbiote sur les réponses à l’immunothérapie des patients atteints de cancer et comment les antibiotiques peuvent modifier l’immunité aux vaccins [3]. Le Pr Guarner a également montré l’influence de certains probiotiques sur les réponses immunitaires de l’hôte.

Dans la discussion, les intervenants ont souligné l’importance clinique du maintien de la biodiversité au sein de l’intestin. Outre la limitation de l’utilisation peu judicieuse des antibiotiques à large spectre, le rôle de la diversité alimentaire en tant que mesure personnelle simple pour maintenir la diversité microbienne de l’intestin a été souligné. Le fait que la modulation thérapeutique du microbiote soit une perspective réaliste fait l’objet d’un consensus. Alors que les promesses de la science du microbiome sont grandes, de nombreuses lacunes de connaissances demeurent [4]. Les inconnues, comme les conséquence à long terme de la distanciation sociale, représentent des opportunités d’explorer l’importance du microbiome sur la santé et la maladie dans tous les secteurs de la société.

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Retour congrès

Les associations entre ethnicité et sensibilisation alimentaire sont médiées par le développement du microbiote intestinal au cours de la première année de vie

Article commenté - Rubrique enfant

Par le Pr. Emmanuel Mas
Gastro-entérologie et nutrition, Hôpital des enfants, Toulouse, France

Microbiota 14_Mas

Commentaire de l'article original de Tun HM et al. Gastroenterology 2021 [1]

L’implication du microbiote intestinal, au début de la vie, dans le développement des maladies atopiques, est de plus en plus soulignée, mais pendant la petite enfance, les changements écologiques du microbiote intestinal en lien avec la sensibilisation alimentaire restent peu clairs. Les auteurs ont cherché à caractériser et à associer ces changements au développement de la sensibilisation alimentaire chez les enfants. Dans cette étude observationnelle, en utilisant le séquençage de l’ARNr 16S, les auteurs ont caractérisé la composition de 2 844 microbiotes fécaux chez 1 422 enfants canadiens nés à terme. L’évaluation de sensibilisation atopique a été mesurée par des tests cutanés à l’âge de 1 an et de 3 ans. Quatre trajectoires du développement du microbiote intestinal ont été identifiées, elles seraient façonnées par le mode d’accouchement et l’origine ethnique. Cette étude a permis d’établir un lien entre la persistance d’une faible abondance de Bacteroides dans l’intestin tout au long de la petite enfance et la sensibilisation aux arachides pendant l’enfance. Elle est la première à montrer un rôle de médiation du microbiote intestinal du nourrisson dans le développement de la sensibilisation alimentaire associée à l’ethnicité.

Que sait-on déjà à ce sujet ?

Le nombre d'enfants ayant une allergie alimentaire est en forte augmentation, représentant actuellement 28% des enfants américains âgés de 1 à 5 ans. La mise en place du microbiote intestinal (MI) au cours des premiers mois de vie pourrait être impliquée dans cette sensibilisation aux allergènes alimentaires [2]. De nombreux facteurs influencent l'établissement du MI, comme le mode d'accouchement (césarienne vs voie vaginale), le type d’allaitement (maternel ou formules infantiles) et l’utilisation d’antibiotiques [3, 4]. Une étude récente a montré que la structure du MI variait aussi significativement entre différents groupes ethniques [5].

Par ailleurs, le transfert de MI d’enfants sains à des souris protège celles-ci de l’allergie aux protéines du lait de vache. Un MI pauvre chez le jeune nourrisson et un taux élevé d’Enterobacteriaceae/Bacteroidaceae (E/B) chez les nourrissons jeunes et âgés sont des facteurs prédicitifs de sensiblisation aux allergènes alimentaires [6].

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

L’étude a inclus 1 422 enfants de la cohorte CHILD (Canadian Healthy Infant Longitudinal Development), et des des prick-tests ont été réalisés (pneumallergènes et allergènes alimentaires) à l’âge de 1 et 3 ans. Des échantillons de selles ont été prélevés précocement (3,5 ± 0,9 mois) et tardivement (12,2 ± 0,3 mois).

La prévalence d’atopie était de 12 % à 1 an et de 12,8 % à 3 ans, avec 9,5 et 5,8 % de sensibilisation alimentaire et 3,3 et 10,1 % de sensibilisation aux pneumallergènes à 1 et 3 ans respectivement.

Le MI tardif avait une diversité béta et une variabilité intra-individuelle plus faibles que le MI précoce (p < 0,001). Le MI tardif était enrichi en Bacteroides, Faecalibacterium, Lachnospira, Prevotella, Lachnospiraceae non-classés et Clostridiales non classés, mais pauvre en Clostridium, Veillonella, Bifidobacterium et Enterobacteriaceae non classés. L’analyse en composantes principales avait permis d’individualiser 2 clusters (C1 et C2, Figure 1). C1 était composé à 75,5 % d’échantillons précoces et C2 à 63,7 % d’échantillons tardifs ; les échantillons précoces et tardifs des enfants nés par voie basse sans antibioprophylaxie intrapartum étaient de type C2, dominés par le genre Bacteroides (Figure 2).

Les auteurs ont déterminé 4 trajectoires en fonction du type de cluster précoce et tardif : C1-C1, C1-C2, C2-C1 et C2-C2. La trajectoire C1-C1 est plus fréquente chez les nourrissons asiatiques que caucasiens (p < 0,05), de même que chez les enfants à risque atopique vs la trajectoire C2-C2 (OR 1,9 ; IC 95 % 1,15-3,14) ou C1-C2 (OR 2,38 ; IC 95 % 1,43-3,96). Les nourrissons de la trajectoire C1-C1 avaient 2 fois plus de risques de sensibilisation alimentaire à 3 ans que ceux des trajectoires C2-C2 (OR 2,34 ; IC 95 % 1,20-4,56) et C1-C2 (OR 2,60 ; IC 95 % 1,33-5,09), notamment à la cacahuète (vs C2-C2 = OR 2,82 ; IC 95% 1,13-6,01 et vs C1-C2 = OR 2,01 ; IC 95% 0,85-4,78) (Figure 3). Les enfants qui n’acquéraient pas de sensibilisation à la cacahuète à 3 ans avaient, de manière persistante, au cours de l’enfance, un taux plus élevé de Bacteroides (p = 0,044), plus bas d’Enterobacteriaceae non classés (p = 0,001) et un ratio E/B plus bas (p = 0,013).

La trajectoire C1-C1 du MI jouait le rôle de médiateur du risque de sensibilisation alimentaire et à la cacahuète chez les enfants d’origine asiatiques. L’association était même forte pour la cacahuète (OR 7,87 ; IC 95 % 2,75-22,55). Les nourrissons de la trajectoire C1-C1 étaient plus souvent colonisés avec C. difficile ; ces mêmes enfants, à la double caractéristique C1-C1 et colonisés à C. difficile, avaient un risque supérieur de sensibilisation alimentaire (OR 5,69 ; IC 95 % 1,62-19,99) et à la cacahuète (OR 5,89 ; IC 95% 1,16-29,87).

Enfin, le microbiote de la trajectoire C1-C1 avait un déficit dans le métabolisme des sphingolipides et de fonctions liées à la biosynthèse des glycosphingolipides.

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FIGURE 1
Clusters du microbiote intestinal C1 et C2
(analyse en composantes principales).

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FIGURE 2
Composition du microbiote intestinal dans les clusters C1 et C2 précocement ou tardivement chez les nourrissons.

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FIGURE 3
Sensibilisation alimentaire et à la cacahuète à 3 ans en fonction de la trajectoire C1-C1 et de l’origine asiatique de la mère.

Quelles sont les conséquences en pratique ?

Cette étude permet d’envisager des perspectives thérapeutiques ciblant le MI dans l’allergie alimentaire des nourrissons, soit en préventif, soit en thérapeutique.

Points clés

  • Lors de la mise en place du microbiote intestinal au cours de la 1re année de vie, la persistance de taux faibles de Bacteroides augmente le risque de sensibilisation alimentaire,notamment à la cacahuète.
  • Ce risque est majoré chez les nouveau-nés de mères asiatiques

Conclusion

Cette étude a montré différentes trajectoires de développement du MI au cours de la 1re année de vie. Elle confirme l’impact du mode d’accouchement sur le MI. La persistance de taux faibles de Bacteroides était associée à un risque de sensibilisation alimentaire, notamment chez les nouveau-nés de mères asiatiques ou ceux colonisés à C. difficile.

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Quand les bactéries du microbiote intestinal stockent les médicaments

La bioaccumulation de médicaments par les bactéries intestinales modifie leur disponibilité et la sécrétion bactérienne de métabolites. Avec à la clé de possibles dysbioses, et des implications en termes de pharmacocinétique, d’effets indésirables et de réponses aux médicaments.

On le sait : les médicaments ont une influence sur le microbiote intestinal. Mais saviez-vous qu’il existe aussi des interactions dans l’autre sens ? Avec à la clé un effet positif ou négatif sur l'efficacité des médicaments. Prenez la lovastatine et la sulfasalazine, elles sont chimiquement transformées par les bactéries intestinales en leurs formes actives, tandis que la digoxine est inactivée par le métabolisme bactérien. Plus de 100 molécules ont récemment été signalées comme étant ainsi affectées par le microbiote intestinal. Et à en croire les résultats d’une équipe de recherche, les mécanismes en jeu sont loin de se limiter à la seule biotransformation...

Biotransformation et surtout bioaccumulation

L’étude en question a passé au crible les interactions entre 25 souches représentatives des bactéries intestinales humaines et (sidenote: 12 molécules administrées par voie orale et 3 témoins : la digoxine (interaction hautement spécifique avec Eggerthella lenta), le métronidazole et la sulfasalazine, des médicaments connus pour être métabolisés par plusieurs bactéries intestinales ) . Les résultats ? Les cultures in vitro des 15*25= 375 duos bactéries-médicaments mettent en évidence 70 interactions bactéries-médicaments, dont 29 (18 espèces, 7 médicaments) jusque-là inconnues. Mais surtout, seules 12 de ces 29 nouvelles interactions s’expliquent par des phénomènes de biotransformation. Tous les autres cas, soit 17 interactions (14 espèces, 4 médicaments), reposent sur de la bioaccumulation : les bactéries stockent le médicament dans leur cellule sans le modifier, et dans la plupart des cas sans incidence sur la croissance de la bactérie. Au rang des médicaments exclusivement bioaccumulés, on note la (sidenote: Duloxétine Antidépresseur inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline.  ) et l'antidiabétique rosiglitazone. Cependant, la bioaccumulation n’est pas systématique : certaines molécules (montélukast, roflumilast ) peuvent être bioaccumulés par certaines espèces bactériennes, biodégradés par d’autres.

Le cas de la duloxétine

À titre d'exemple, l’équipe a étudié de plus près la bioaccumulation de la duloxétine. Celle-ci se lie à de nombreuses enzymes bactériennes et modifie la sécrétion de métabolites par les bactéries concernées. Lorsqu'elle est testée dans une communauté microbienne de (sidenote: 4 espèces bactériennes Bacteroides thetaiotaomicron, Eubacterium rectale, Lactobacillus gasseri, Ruminococcus ) contenant à la fois des bactéries accumulatrices et non-accumulatrices, la duloxétine modifie largement la composition de la communauté. En effet la bioaccumulation de ce médicament entraine, outre la séquestration de ce médicament délétère pour certaines bactéries, la sécrétion de métabolites par certaines espèces (Streptococcus salivarius) qui vont servir de substrat nourricier à d’autres (Eubacterium rectale), augmentant ainsi largement leur abondance. Ainsi, les médicaments destinés à l'Homme semblent capables de moduler les communautés microbiennes intestinales, non seulement par inhibition directe, mais aussi en créant des synergies d'alimentation croisée. Les résultats ont été confirmés sur le modèle Caenorhabditis elegans : les bactéries bioaccumulatrices réduisent l’effet de la duloxétine sur le mouvement de ce ver.

Les résultats de cette étude indiquent que la bioaccumulation des médicaments au sein des bactéries intestinales modifierait leur disponibilité et le métabolisme bactérien. Ceci pouvant entrainer des répercutions individuelles au sein de la composition du microbiote intestinal, mais également pour la pharmacocinétique et la réponse médicamenteuse. Les auteurs suggèrent d’établir systématiquement des recherches d’interactions réciproques entre les bactéries et les médicaments afin d’estimer au mieux les effets secondaires.

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Actualités Gastroentérologie Médecine générale

Les régimes alimentaires ciblant le microbiote intestinal modulent l'état immunitaire chez l'homme

Article commenté - Rubrique adulte

Par le Pr. Harry Sokol
Gastro-entérologie et nutrition, Hôpital Saint-Antoine, Paris, France

Microbiota 14_commented article

Commentaire de l'article de Wastyk et al. Cell 2021 [1]

L’alimentation module le microbiome intestinal, qui peut, à son tour, avoir un impact sur le système immunitaire. Ici, les auteurs ont déterminé comment deux interventions alimentaires ciblant le microbiote, l’une avec un enrichissement en fibres d’origine végétale et l’autre avec des aliments fermen tés, influencent le microbiome humain et le système immunitaire chez des adultes en bonne santé. À l’aide d’une étude prospective randomisée de 17 semaines (n = 18 par bras) combinée à des mesures -omiques du microbiome et de l’hôte, y compris un profilage immunitaire étendu, les auteurs ont identifié des effets spécifiques à chaque régime alimentaire. Le régime riche en fibres induisait une augmentation de l’abondance des enzymes de dégradation des glucides, codées par le microbiome (CAZymes) malgré une absence d’effet sur la diversité de la communauté microbienne. Bien que le score de réponse cytokinique soit resté inchangé, une réponse « immunologique » au régime riche en fibres était o bservée et dépendait du microbiote basal. En revanche, le régime enrichi en aliments fermentés induisait une augmentation de la diversité du microbiote et diminuait les marqueurs inflammatoires. Ces données montrent comment le couplage d’interventions diététiques à un profilage approfondi et longitudinal d u système immunitaire et du microbiome peut fournir des informations individualisées et à l’échelle de la population. Les aliments fermentés pourraient s’avérer utiles pour contrer la diminution de la diversité du microbiome et l’augmentation de l’inflammation, omniprésentes dans la société industrialisée.

Que sait-on déjà à ce sujet ?

Le lien entre l’alimentation et le microbiote chez l’homme a été démontré de nombreuses façons, notamment en corrélant les habitudes alimentaires et la diversité ou composition du microbiote [2]. D’autre part, les changements à court terme du régime alimentaire modifient rapidement le microbiote intestinal humain [3]. Le microbiote étant un acteur majeur dans la biologie humaine, sa manipulation, particulièrement via des interventions nutritionnelles, pourrait être un moyen puissant de modifier divers aspects de la santé. Une question essentielle est de savoir si des recommandations alimentaires générales (et non personnalisées) peuvent être énoncées à partir des interactions microbiote- hôte existantes pour améliorer la santé au sein des populations. De nombreuses maladies chroniques non transmissibles, dont la fréquence augmente rapidement avec l’industrialisation, sont liées à une inflammation chronique. De même, les modifications du microbiote intestinal liées à l’industrialisation sont également bien documentées. Étant donné l’influence du microbiote sur le statut inflammatoire, on peut imaginer qu’un régime alimentaire le ciblant pourrait atténuer l’inflammation systémique. Un grand nombre de publications soutiennent le rôle des fibres dans la santé, notamment via la stimulation de la diversité du microbiote et le rôle positif des acides gras à chaîne courte qui sont un produit de leur fermentation par le microbiote. L’enrichissement du régime alimentaire en fibres a un impact sur le microbiote et améliore des marqueurs de santé [4]. Ces résultats et l’insuffisance de la consommation de fibres dans le régime alimentaire occidental moyen suggèrent que l’apport de fibres pourrait être un moyen de moduler le système immunitaire humain via le microbiote. Plusieurs rapports suggèrent que les aliments fermentés, tels que le kombucha, le yaourt et le kimchi, pourraient avoir des bénéfices pour la santé, notamment sur le maintien du poids et la diminution des risques de diabète, de cancer et de maladies cardiovasculaires [5].

Points clés

  • L’étude par méthodes multiomiques des effets d’une intervention nutritionnelle révèle les liens entre alimentation, microbiote et immunité
  • Un régime riche en fibre entraîne des changements fonctionnels du microbiote et une réponse immunitaire dépendante du microbiote basal
  • Un régime riche en aliments fermentés induit une augmentation de la diversité du microbiote et diminue les marqueurs inflammatoire systémiques
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Sokol 14_figure 1 FR
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Figure 1
Nombre d’espèces moléculaires bactériennes observées.
A. Consommation de fibres dans le groupe du régime riche en fibres.
B. Consommation d’aliments fermentés dans le groupe du régime riche
en aliments fermentés.

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

Afin d’examiner l’effet de l’alimentation sur le microbiome et le système immunitaire, des adultes en bonne santé ont été recrutés pour participer à une intervention diététique de 10 semaines (18 sujets par groupe). Les participants ont reçu un régime riche en fibres (en moyenne, augmentation de 21,5 ± 8,0 g par jour à 45,1 ± 10,7 g par jour) ou un régime riche en aliments fermentés (en moyenne, augmentation de 0,4 ± 0,6 à 6,3 ± 2,9 portions par jour). De manière surprenante, le régime riche en fibres n’entraînait pas d’augmentation de la diversité du microbiote (Figure 1A), peut-être du fait d’une capacité insuffisante de dégradation des glucides par le microbiote des participants. En revanche, une augmentation de l’abondance des enzymes de dégradation des glucides végétaux était notée. Une diminution des acides gras à chaîne ramifiée (acide isobutyrique, isovalérique et valérique) était observée, sans qu’il soit possible de déterminer si cela était dû à une modification fonctionnelle du microbiote ou à une diminution de la consommation de produits laitiers et de viande bovine, qui contiennent des niveaux élevés de ces molécules. Un effet du régime sur le profil immunitaire était observé et dépendait du microbiote basal des participants.

Contrairement au régime riche en fibres, le régime riche en aliments fermentés induisait une augmentation de la diversité du microbiote (Figure 1B). Cette augmentation n’était pas principalement liée à la colonisation des bactéries probiotiques consommées, mais plutot à l’acquisition de nouvelles bactéries ou à l’expansion de certaines bacteries endogènes. Enfin, la consommation d’aliments fermentés conduisait à une diminution du niveau inflammatoire systémique avec la diminution de plusieurs cytokines, chimiokines et autres protéines sériques inflammatoires, dont l’interleukine (IL)-6, l’IL-10 et l’IL-12b.

Quelles sont les conséquences en pratique ?

Cette étude montre que l’alimentation a de profonds effets sur le microbiote intestinal et la physiologie de l’hôte, ce qui confirme son rôle dans la santé et son rôle potentiel dans la prévention des maladies. Un régime riche en fibres et enrichi en aliments fermentés ont des effets très différents. La meilleure définition des effets de l’alimentation sur le microbiote et la physiologie de l’hôte permettra la mise en place de stratégies préventives ou thérapeutique à l’échelle de la population, mais aussi à un niveau personnalisé.

Conclusion

Cette étude prospective randomisée évaluant l’effet d’un régime enrichi en fibres ou en aliments fermentés montre des effets spécifiques de chaque type de régime sur le microbiote et l’immunité de l’hôte. Cela confirme le rôle clé de l’alimentation dans la santé, notamment via ses effets sur le microbiote intestinal.

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