Microbiote paternel perturbé : bébés en mauvaise santé

Les souris mâles souffrant d’un déséquilibre du microbiote intestinal au moment de l’accouplement auraient une progéniture avec de sérieux problèmes de santé. C’est le résultat surprenant d’une étude publiée récemment dans la prestigieuse revue Nature.

Le microbiote intestinal

Un homme qui souhaite avoir des enfants doit-il repousser la date de conception si on lui a prescrit des antibiotiques, susceptibles d’entraîner chez lui une dysbiose intestinale ?

C’est fort possible, à en croire une nouvelle étude qui souligne, une fois n’est pas coutume, la responsabilité des hommes dans la future santé de leur progéniture. 1 Menée sur des souris, celle-ci démontre que les mâles souffrant de dysbiose au moment de l’accouplement donnent naissance à une progéniture en mauvaise santé. Heureusement, quand le microbiote se rééquilibre, cette transmission ne se fait plus.

Effets transgénérationnels de la dysbiose intestinale

Pour parvenir à cette découverte, les chercheurs du Laboratoire européen de biologie moléculaire d’Heidelberg 2 et de Rome ont exposé des souris mâles à 6 semaines d’antibiotiques. Le but : induire chez eux une (sidenote: Dysbiose La « dysbiose » n’est pas un phénomène homogène : elle varie en fonction de l’état de santé de chaque individu. Elle est généralement définie comme une altération de la composition et du fonctionnement du microbiote, provoquée par un ensemble de facteurs environnementaux et liés à l’individu, qui perturbent l’écosystème microbien. Levy M, Kolodziejczyk AA, Thaiss CA, et al. Dysbiosis and the immune system. Nat Rev Immunol. 2017;17(4):219-232. ) . Ils les ont ensuite accouplés avec des femelles en bonne santé et les portées ont été analysées après 3 semaines.

Résultat : par rapport à la progéniture des pères sans dysbiose (témoins), les bébés souris nés de pères « dysbiotiques » :

  • avaient un plus petit poids de naissance (un facteur de risque de maladies comme le diabète),
  • souffraient davantage de retard de croissance,
  • présentaient un taux de mortalité plus élevé lors des 2 premiers mois.

Pour trouver une explication à ces résultats surprenants, les scientifiques ont analysé le système reproducteur des mâles traités aux antibiotiques.

Un impact direct sur le développement du placenta

Ils ont noté que leurs testicules avaient une taille et un nombre de spermatozoïdes réduits et présentaient des modifications hormonales et métaboliques significatives. Les spermatozoïdes comportaient, quant à eux, des différences au niveau de certaines molécules impliquées dans le développement du placenta.

Ces données prouvent que le microbiote et les lignées germinales (les cellules qui se transforment en spermatozoïdes) communiquent entre eux, et qu’il existe donc un « axe intestin-spermatozoïdes ». 

En analysant les placentas des femelles accouplées avec les mâles dysbiotiques durant leur gestation, les chercheurs ont noté :

  • une mauvaise vascularisation placentaire qui pourrait expliquer certaines anomalies de la descendance ;
  • la présence de marqueurs semblables à ceux de la « prééclampsie », une maladie liée à un développement placentaire anormal, responsable d’un retard de croissance intra-utérin.

La fertilité en chute libre partout dans le monde

Sale temps pour la fertilité… Entre 1973 et 2018, la concentration moyenne des spermatozoïdes chez les hommes est passée de 101 à 49 millions par millilitre de sperme au niveau mondial, soit une baisse de près de 50 % en 50 ans ! 3

Le rythme de ce déclin aurait doublé à partir du début des années 2000 pour atteindre 2,64 % par an, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, les pays du Nord ne sont pas les seuls touchés. L’Amérique du Sud et l’Afrique connaîtraient en effet elles aussi une chute de la fertilité de la même ampleur.

L’exposition à des substances telles que les bisphénols (A ou S), les phtalates, les parabènes et le paracétamol seraient des causes importantes de cette détérioration. 4 De fortes turbulences pour l’axe intestin-spermatozoïde !

Vers un meilleur déroulement de la grossesse ?

C’est la première fois qu’un tel effet du microbiote sur le système reproducteur mâle est mis en évidence chez les mammifères. 

Existe-t-il aussi un axe intestin-spermatozoïdes chez l’Homme ? Rien ne permet aujourd’hui de l’affirmer, et d’autres études devront être menées. 

Sachant que nos modes de vie sont susceptibles d’engendrer des dysbioses (mauvaise alimentation, pollution, médicaments...), la preuve de l’existence d’un tel axe pourrait ouvrir la porte à des approches innovantes pour assurer une meilleure santé reproductive et des grossesses plus optimales. 

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L’immunothérapie encore plus efficace grâce au microbiote intestinal des séniors

Reconnue depuis les années 2010 comme une stratégie thérapeutique efficace dans la lutte contre les cancers, l’immunothérapie montre parfois ses limites sur certains patients.  De récents travaux indiquent qu’une modulation du microbiote intestinal donnerait un coup de boost à notre système immunitaire pour lutter contre la prolifération de cellules cancéreuses. 

Le microbiote intestinal

Stimuler un système immunitaire et le remobiliser pour qu’il soit en mesure de reconnaître et d’éliminer les cellules cancéreuses : tel est le principe de l’immunothérapie qui révolutionne depuis les années 2010 la prise en charge du cancer. Avec néanmoins une limite : chez certains patients, elle s’avère peu efficace.

1/6 À l’origine de près de 10 millions de décès en 2020, soit presque un décès sur six, le cancer est l’une des principales causes de mortalité dans le monde.

Les études semblent montrer que le microbiote intestinal pourrait conditionner le résultat de ce traitement, certaines bactéries vivant dans notre tube digestif sécrétant des molécules capables de donner un coup de boost à notre système immunitaire pour lutter contre la prolifération de cellules cancéreuses. Ainsi, certains chercheurs ont tenté, avant le traitement d’immunothérapie, de modifier la flore intestinale de leurs patients pour qu’elle stimule le traitement. Un des moyens utilisés pour cela : la transplantation de microbiote fécal.

1/3 Seule 1 personne sur 3 déclare s'être déjà fait expliquer ce qu'est le microbiote par son médecin (34 % vs. 55 % pour les 25-34 ans).

1/3 Seule 1 personne sur 3 s'est déjà fait expliquer par son médecin comment maintenir son microbiote en équilibre (37 % vs. 60 % pour les 25-34 ans).

Mieux vaut un microbiote senior

Si vous deviez recevoir un peu de microbiote fécal d’une autre personne (oui, cela fait désormais partie des solutions thérapeutiques reconnues ou à l’étude pour de nombreuses maladies), vous auriez tendance à choisir un donneur jeune et en bonne santé. C’est aussi ce que les chercheurs font. Mais peut-être vont-ils devoir réviser leur position et préférer les selles d’un donneur ayant soufflé plus de 80 bougies et toujours en forme !

Des chiffres clés

Les cancers les plus courants (en nombre de cas recensés) sont : 2 

  • le cancer du sein (2,26 millions de cas)
  • le cancer du poumon (2,21 millions de cas)
  • le cancer colorectal (1,93 million de cas)
  • le cancer de la prostate (1,41 million de cas)
  • le cancer de la peau (non-mélanome) (1,20 million de cas) 
  • le cancer de l’estomac (1,09 million de cas)

Les cancers les plus mortels sont  :

  • le cancer du poumon (1,80 million de décès)
  • le cancer colorectal (916 000 décès)
  • le cancer du foie (830 000 décès)
  • le cancer de l’estomac (769 000 décès)
  • le cancer du sein (685 000 décès)

Une récente étude 1 a en effet montré que les plus de 60 ans répondaient mieux à l’immunothérapie et que plus les années passaient, plus leur survie défiait les pronostics. Pourquoi ?

Parce qu’avec l’âge, leur microbiote intestinal semble évoluer au profit d’un ensemble de bactéries plus favorables aux résultats de l’immunothérapie. A tel point qu’en transplantant ces bactéries typiques des seniors à des souris atteintes de cancer avant de les traiter par immunothérapie, on réduit davantage la croissance de leur tumeur que sans transplantation fécale.

Comment expliquer de tels résultats ? A priori, parce que ces bactéries « de vieux » donnent un coup « de jeune » à un système immunitaire qui a tendance à s’épuiser avec les années. Sur ce point, il semble qu’aux microbiotes bien nés, la valeur sache attendre le nombre des années.

Le microbiote intestinal

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Microbiote vaginal et incontinence urinaire : quels liens ?

Lorsque l’on souffre d’incontinence urinaire d’effort, les stratégies mises en œuvre reposent souvent sur des exercices (pour muscler un périnée défaillant) et des serviettes urinaires (pour absorber les fuites). Mais peut-être qu’un jour, les probiotiques auront aussi une carte à jouer !

Le microbiote vaginal Le microbiote urinaire

Sujet souvent considéré comme tabou, l’incontinence urinaire d’effort toucherait pourtant 1 femme sur 5, voire 1 femme sur 3 selon les études. La maternité et les années qui passent renforcent le risque de ces fuites incontrôlées au moment de soulever un sac rempli de courses, de tousser, de sauter, d’éternuer ou même de rire. Deux mécanismes sont classiquement impliqués : un affaiblissement du périnée (« hamac » musculaire retenant les organes uro-génitaux) notamment lors de la grossesse, et une faiblesse du sphincter urinaire, muscle en forme d’anneau qui ouvre ou ferme l'urètre par lequel se vide la vessie. Mais le microbiote vaginal pourrait aussi jouer un rôle, à en croire une étude chinoise publiée en 2024.1 

Les types d’incontinence urinaire

Il existe 3 types majeurs d’incontinence urinaire : 2,3 

  • l’incontinence urinaire d’effort,
  • l’incontinence urinaire par impériosité, où la fuite est précédée d’une envie très pressante ;
  • l’incontinence mixte, qui associe les deux symptômes.

Deux autres types d’incontinence urinaire existent mais sont plus rares : 2,3 

  • incontinence par regorgement (petite perte d’urine en raison d’une vessie trop pleine)
  • incontinence fonctionnelle qui résulte d’une incapacité mentale ou physique non liée au contrôle de la miction (maladie d’Alzheimer où la nécessité d’uriner n’est pas reconnue et/ou l’emplacement des toilettes oublié)

Qui dit incontinence dit dysbiose vaginale

L’étude montre qu’un déséquilibre du microbiote vaginal touche 84,5 % des jeunes mères souffrant d’incontinence urinaire… contre 42,1 % des mères ne souffrant pas de ces fuites. Ainsi, la grande majorité des jeunes mamans souffrant d’incontinence affichent, en lieu et place d’une flore vaginale saine où les Lactobacillus règnent en maîtres, une flore vaginale dans laquelle les Gardnerella, Streptococcus, Prevotella, Dialister et Veillonella occupent davantage de terrain. 

Mais quel rapport entre flore vaginale (donc du vagin) et fuite urinaire (donc du système urinaire) remarqueront certaines lectrices attentives ? Tout simplement la proximité anatomique entre l'orifice de l’urètre et celui du vagin. Quelques millimètres qui facilitent d’étroites relations entre le microbiote de ces deux régions ! D’ailleurs, des études antérieures ont, à plusieurs reprises, démontré l’existence de liens entre les maladies urogénitales, donc du système urinaire et/ou vaginal, et les bactéries vaginales.

30 % vs 15 % De nombreuses personnes âgées sont touchées par l’incontinence urinaire, et plus particulièrement les femmes : 30 % des femmes âgées et 15 % des hommes âgés en souffrent.

18 à 34 % L’incontinence urinaire d’effort est répandue chez les femmes post-partum et plus âgées, avec une prévalence de 18 à 34 % selon les études.

Un microbiote vaginal trop interconnecté ?

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos bactéries chez les femmes souffrant de fuites urinaires après leur accouchement. Une autre caractéristique de leur flore serait une hyper interconnexion entre les microorganismes qui habitent leur vagin. Autrement dit, un réseau de relations des plus développés entre les différents micro-organismes. Or, ce n’est pas bon signe : en général, les microbiotes affichant un degré élevé d’interconnexion sont considérés comme moins stables… et donc plus sensibles au déséquilibre et à la dysbiose.

Bref, pour les auteurs, ces travaux montrent l’existence d’une possible association entre un microbiote vaginal instable et l'incontinence urinaire d’effort. Mais rien ne dit que le premier soit la cause du second : l’humidité créée par les fuites pourrait modifier la flore ; ou la flore et l’incontinence pourraient être les deux conséquences visibles d’un autre phénomène qu’il reste à découvrir.

Le microbiote vaginal

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Académie du Microbiote Urogénital

Biocodex Microbiota Institute est un partenaire institutionnel de l'Académie du microbiote urogénital (AMUR). L'AMUR a été fondée pour enrichir les connaissances sur le microbiote et développer des approches novatrices visant à prévenir et traiter les troubles de la sphère urogénitale.

Pour en savoir plus sur le microbiote urogénital visitez AMUR 

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Incontinence urinaire d’effort : un microbiote vaginal souvent déséquilibré

L’incontinence urinaire, bien que taboue, est suffisamment fréquente pour être un sujet récurrent de consultation. Les examens comporteront-ils demain une analyse du microbiote vaginal ? Peut-être si les résultats de cette étude sont confortés.

Médicaments, mode de vie, changements hormonaux pendant la grossesse… : autant de facteurs qui peuvent perturber la température, l'humidité, le pH et la barrière protectrice de l'environnement vaginal. Or ces changements peuvent faciliter le développement de bactéries pathogènes et menacer la saine dominance de Lactobacillus dans le microbiote vaginal. Avec à la clé de potentielles maladies génitales mais aussi urologiques, la proximité anatomique entre l'urètre et le vagin facilitant des relations étroites entre leurs microbiotes respectifs.

30 % vs 15 % De nombreuses personnes âgées sont touchées par l’incontinence urinaire, et plus particulièrement les femmes : 30 % des femmes âgées et 15 % des hommes âgés en souffrent.

18 à 34 % L’incontinence urinaire d’effort est répandue chez les femmes post-partum et plus âgées, avec une prévalence de 18 à 34 % selon les études.

L’incontinence souvent accompagnée d’une dysbiose

L’incontinence urinaire d'effort (IUE) ferait-elle partie de la liste (de plus en plus longue) de ces pathologies ? Oui, à en croire les résultats d’une étude auprès de 32 patientes post-partum d’un hôpital de la province du Hunan (Chine), souffrant (n=13) ou non d’IUE (n=19). En termes de microbiote vaginal, si 42,1 % des femmes sans IUE présentaient une dysbiose vaginale, un déséquilibre de la flore microbienne du vagin, ce chiffre grimpait à 84,6 % des patientes avec IUE. Autrement dit, la dysbiose vaginale serait deux fois plus fréquente – voire presque systématique – chez les mères souffrant d’IUE. Leur flore présentait ainsi une abondance relative accrue de Gardnerella, Streptococcus, Prevotella, Dialister et Veillonella.  

Types majeurs d’incontinence urinaire

Il existe 3 types majeurs d’incontinence urinaire : 2,3

  • l’incontinence urinaire d’effort,
  • l’incontinence urinaire par impériosité, où la fuite est précédée d’une envie très pressante ;
  • l’incontinence mixte, qui associe les deux symptômes.
     

Deux autres types d’incontinence urinaire existent mais sont plus rares : 2,3

  • incontinence par regorgement (petite perte d’urine en raison d’une vessie trop pleine) 
  • incontinence fonctionnelle qui résulte d’une incapacité mentale ou physique non liée au contrôle de la miction (maladie d’Alzheimer où la nécessité d’uriner n’est pas reconnue et/ou l’emplacement des toilettes oublié)

Un microbiote trop interconnecté ?

Pour démêler les relations entre les différents microorganismes vaginaux potentiellement impliqués dans l’IUE, les chercheurs ont réalisé ce que l’on appelle une analyse du réseau de co-occurrence du microbiote des patientes. Autrement dit, ils ont cartographié les liens potentiels entre les différentes bactéries. Il en ressort que le microbiote vaginal des patientes atteintes d’IUE affiche une interconnexion et une complexité bien plus élevées : quand on cartographie les liens entre les bactéries, le réseau du groupe sans IUE affiche 96 nœuds et 133 arêtes, contre 200 nœuds et 409 arêtes pour celui des patientes souffrant d’IUE ! Or, en général, les communautés microbiennes montrant un degré élevé d’interconnexion sont considérées comme moins stables… et donc plus sensibles au déséquilibre.

Les résultats suggèrent donc, selon les auteurs, une association potentielle entre un microbiote vaginal instable et l'IUE. Pour autant, rien n’indique que cette relation soit causale, et des études complémentaires devront être réalisées pour confirmer ces résultats.

Académie du Microbiote Urogénital

Biocodex Microbiota Institute est un partenaire institutionnel de l'Académie du microbiote urogénital (AMUR). L'AMUR a été fondée pour enrichir les connaissances sur le microbiote et développer des approches novatrices visant à prévenir et traiter les troubles de la sphère urogénitale.

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Actualités Gynécologie Médecine générale

L’Observatoire International des Microbiotes: deuxième édition

Un début de prise de conscience de l’importance du microbiote pour la santé mais le chemin est encore long : les professionnels de santé ont un rôle clé à jouer dans l’éducation et l’information !

Photo Observatoire: CP Lay Public - FR

Le microbiote, composé de trillions de micro-organismes (bactéries, virus, champignons, etc.) vit dans notre intestin, sur notre peau, dans notre bouche, notre nez et nos poumons. Ces organismes jouent un rôle crucial dans notre bien-être en facilitant la digestion, en stimulant notre système immunitaire, et en nous protégeant contre les maladies infectieuses. Mais, au-delà de ces fonctions, le microbiote influence aussi notre humeur, notre métabolisme et même notre longévité. Une altération de cet équilibre délicat, souvent due à des facteurs tels que le régime alimentaire, le mode de vie ou les médicaments, peut conduire à des troubles importants de la santé allant des maladies gastro-intestinales aux troubles cardiovasculaires et à la dépression. Par conséquent, maintenir un microbiote sain dans toutes ces zones de notre corps est essentiel pour notre santé globale et notre bien-être.

Pour la deuxième année consécutive, le Biocodex Microbiota Institute a confié à Ipsos la réalisation d’une grande enquête internationale sur le microbiote : l’Observatoire International des Microbiotes. Est-ce que cette année les populations connaissent mieux les microbiotes ? Leurs connaissances sur leur rôle et leurs fonctions ont-elles progressé ? Quel rôle les professionnels de santé ont-ils aujourd’hui dans la transmission d’informations sur le microbiote auprès de leurs patients ?

L’enquête a été menée par Ipsos auprès de 7 500 personnes, dans 11 pays (France, Espagne, Portugal, Pologne, Finlande, Maroc, Etats-Unis, Brésil, Mexique, Chine et Vietnam). Dans chaque pays, l’échantillon interrogé est représentatif de la population du pays âgée de 18 ans et plus en termes de sexe, d’âge, de profession, de région. L’enquête a été réalisée par Internet, du 26 janvier au 26 février 2024.

L’Observatoire International des Microbiotes

Découvrir les résultats de 2024

À propos du Biocodex Microbiota Institute

Le Biocodex Microbiota Institute est un carrefour international de connaissances dédié aux microbiotes humains. Disponible en 7 langues, l’Institut s’adresse à la fois aux professionnels de santé et au grand public pour les sensibiliser sur le rôle capital que joue cet organe sur notre santé. La mission première du Biocodex Microbiota Institute est de nature éducative : promouvoir l’importance du microbiote pour tous.

Contact presse Biocodex Microbiota Institute

Olivier Valcke

Relations publiques et responsable éditorial
+33 6 43 61 32 58
o.valcke@biocodex.com

Contact presse Ipsos

Etienne Mercier

Directeur du pôle Opinion et Santé – Ipsos
+33 6 23 05 05 17
etienne.mercier@ipsos.com

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Salle de presse

Peut-on pirater son intestin pour obtenir les effets amaigrissants d’un antidiabétique ?

Par le Dr. Julien Scanzi
Service de gastro-entérologie, Centre hospitalier universitaire Estaing, Clermont-Ferrand, France

Dans une courte vidéo publiée sur sa chaîne TikTok, le Dr DeDecker, interniste (ou docteur en médecine interne), explique comment bénéficier de l’effet amaigrissant d’un médicament sans avoir à en prendre. Le médicament en question est un analogue du GLP-1 sous forme de stylo injectable, indiqué dans le traitement du diabète mais largement détourné pour son effet amaigrissant notamment aux États-Unis, des influenceuses en faisant même la promotion sur les réseaux sociaux. Elle explique que l’effet amaigrissant de ce médicament, permettant de perdre jusqu’à 20 % de son poids, peut être obtenu par deux moyens « naturels », grâce au microbiote intestinal et notamment en prenant un probiotique particulier, et par une alimentation riche en fibres.

Pourriez-vous commenter les propositions de l’auteure de la vidéo d’un point de vue clinique ?

L’effet de ce médicament est lié à l’augmentation du GLP-1, une hormone produite principalement par les cellules endocrines intestinales (ou cellules entéroendocrines), ayant la capacité de favoriser la sécrétion d’insuline (effet incrétine), de ralentir la vidange gastrique et de stimuler la satiété, diminuant la sensation de faim.

Qu’en est-il des fibres et de la prise d’un probiotique ?

Il est en effet admis que les fibres alimentaires, en particulier les fibres solubles, peuvent ralentir la vidange gastrique, favorisant la sensation de satiété et le contrôle de l’appétit. Elles peuvent également aider à stabiliser la glycémie en ralentissant l’absorption des glucides, ce qui peut être bénéfique en cas de diabète. De plus, les aliments riches en fibres ont souvent une densité énergétique plus faible, ce qui peut contribuer à réduire l’apport calorique global et potentiellement favoriser la perte de poids lorsqu’elles sont consommées dans le cadre d’un régime alimentaire équilibré. Et concernant le microbiote intestinal, je partage la position du Dr DeDecker car on sait effectivement que la plupart des fibres ont un effet prébiotique, elles vont nourrir certaines bactéries intestinales, capables de produire par fermentation des acides gras à chaîne courte (AGCC), ces AGCC pouvant augmenter le taux de GLP-1.

Je nuancerais toutefois les affirmations concernant la fameuse bactérie dont elle parle, Akkermansia muciniphila, à qui l’on attribue énormément de bénéfices en termes de régulation du métabolisme énergétique et notamment de sensibilité à l’insuline, certaines études suggèrent un rôle indirect dans la régulation de la sécrétion de peptides intestinaux comme le GLP-1. Cependant, ce sont des données précliniques et le lien serait assez indirect, largement insuffisant pour affirmer que la supplémentation en cette bactérie pourrait augmenter la sécrétion de GLP-1 et entraîner une perte de poids.

Pourquoi selon vous cette vidéo a-t-elle suscité autant d’intérêt ?

Selon moi, cette vidéo a facilement fait le buzz car elle touche à l’amaigrissement, et que dans nos populations occidentales avec un taux important de surpoids et d’obésité (50 à 60 % de la population), le rêve de beaucoup est de perdre du poids sans changer de mode de vie, notamment d’alimentation. Alors si une méthode naturelle permet de perdre 20 % de son poids sans prendre de médicament, on comprend vite que cela ait pu susciter autant d’enthousiasme.

Délivreriez-vous ces informations à vos patients ? Quels pourraient être les risques et ou les dérives ? 

C’est mon opinion personnelle mais je trouve que les propos du Dr DeDecker sont en quelque sorte une publicité mensongère, car ni la prise d’un probiotique quel qu’il soit, ni l’augmentation des fibres alimentaires n’a montré un bénéfice en termes d’amaigrissement, qui plus est de 20 % du poids. Malgré tout, je trouve son discours intéressant car il pourrait avoir comme effets positifs de diminuer le mésusage du médicament antidiabétique, de sensibiliser la population à l’impact du microbiote intestinal sur notre santé et surtout d’inciter à manger plus de fibres. Leur consommation actuelle dans les pays occidentaux (inférieure à 20 g/j) étant largement inférieure aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (25 à 30 g/j), seulement 5 % des Américains ayant une consommation suffisante de fibres.

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Parole d’expert

Microbiote vaginal #21

Par la Pr. Satu Pekkala
Chercheuse à l’Académie de Finlande, Faculté des sciences du sport et de la santé, Université de Jyväskylä, Finlande

Prédire le risque de prématurité via le microbiote vaginal ?

Liao J, Shenhav L, Urban JA, et al. Microdiversity of the vaginal microbiome is associated with preterm birth. Nat Commun 2023; 14: 4997.

Complications respiratoires, gastro-intestinales et neurodéveloppementales : la prématurité est la principale cause de morbidité et de mortalité néonatales. Le microbiote vaginal semble impliqué, mais les mécanismes sous-jacents demeurent mal compris. Une équipe de chercheurs aux États-Unis a donc suivi, tout au long de leur grossesse, l’évolution du génome du microbiote vaginal de 175 Américaines (40 ayant par la suite connu un accouchement prématuré spontané, 135 ayant accouché à terme). L’étude montre que les 2 types de grossesses se distinguent en termes de composition du microbiote vaginal : certaines espèces bactériennes du genre Lactobacillus comme L. helveticus, L. crispatus, L. gasseri ou L. jensenii sont associées à des grossesses menées jusqu’à leur terme, tandis que les bactéries Megasphaera genomosp., Gardnerella spp. et Atopobium vaginae vont de pair avec la prématurité. Autre enseignement : la diversité génétique du microbiote vaginal est plus élevée durant la première moitié des grossesses qui se termineront prématurément, en raison de l’espèce Gardnerella. Plus précisément, la diversité nucléotidique de Gardnerella spp. augmente au début des grossesses qui se termineront prématurément alors qu’elle demeure stable en cas de grossesse menée jusqu’à terme. Ainsi, la diversité génétique de Gardnerella spp. pourrait peutêtre être utilisée comme biomarqueur du diagnostic précoce de la prématurité. Mais comment expliquer ce pic de diversité nucléotidique de Gardnerella ? Comparativement aux autres bactéries, Gardnerella affiche un taux de croissance 1,5 fois plus élevé au début de la grossesse, des recombinaisons génétiques plus fréquentes et une plus forte sélection des mutations apportant un bénéfice à cette bactérie (et une élimination accrue des mutations délétères). Antibiotiques et autres xénobiotiques seraient impliqués. En effet, le pool génétique plus diversifié de G. swidsinskii semble correspondre à une adaptation aux médicaments, confirmant un effet déjà suggéré des xénobiotiques de l’environnement vaginal ; et les microbiotes vaginaux associés à la prématurité affichent un potentiel de résistance aux antibiotiques plus élevé. Ainsi, la variation génomique des bactéries vaginales affecterait les phénotypes de l’hôte (dont l’issue de la grossesse). Pour autant, les auteurs n’écartent pas une autre explication, même s’ils la jugent peu probable : les associations entre la diversité génétique microbienne et les issues de grossesse pourraient également être une conséquence de facteurs confondants (médicaments, composés chimiques…) non mesurés qui agiraient sur les deux variables.

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Revue de presse

Microbiote intestinal #21

Par la Pr. Satu Pekkala
Chercheuse à l’Académie de Finlande, Faculté des sciences du sport et de la santé, Université de Jyväskylä, Finlande

Le microbiote intestinal comme facteur prédictif de la sévérité de la pancréatite aiguë

Ammer-Herrmenau C, Antweiler KL, Asendorf T, et al. Gut microbiota predicts severity and reveals novel metabolic signatures in acute pancreatitis. Gut 2023 : gutjnl-2023-330987.

Les patients atteints de pancréatite aiguë (PA) sévère présentent un risque élevé de mortalité, et il serait donc très important de pouvoir déterminer l’évolution de la maladie dès les premières heures. Les systèmes de scores complexes utilisés actuellement ne permettent pas de prédire la sévérité de la PA suffisamment tôt, et par conséquent, de nouveaux marqueurs sont nécessaires. Il semble exister un lien bilatéral entre la PA et le microbiote intestinal mais on ne dispose pas d’études cliniques prospectives à grande échelle. Cet article présente les résultats d’une étude du microbiote oro-intestinal de 450 patients atteints de PA provenant de 15 centres européens. Les échantillons ont été analysés par séquençage de l’ARNr 16S de pleine longueur et séquençage métagénomique en utilisant la technologie d’Oxford Nanopore. La classification d’Atlanta révisée (revised Atlanta classification, RAC) redéfinit la sévérité de la PA en trois catégories : légère, modérée et sévère (respectivement RAC I-III). Cette étude a montré que la distance de Bray-Curtis des microbiotes rectaux était différente entre la catégorie RAC III et les catégories RAC I et RAC II. Par ailleurs, plusieurs espèces bactériennes avaient des abondances différentes selon la catégorie RAC. Les distances de Bray-Curtis des microbiotes rectaux étaient également différentes entre les patients en vie et les patients décédés, sans que cette différence se retrouve au niveau des microbiotes buccaux. En plus de la mortalité, la durée du séjour à l’hôpital était également associée aux altérations précoces du microbiote rectal. Pour finir, les auteurs ont observé que 16 espèces bactériennes n’avaient pas la même abondance dans la PA sévère vs non sévère. Avec une régression de Ridge, ces espèces associées avec le syndrome de réponse inflammatoire systémique ont pu prédire correctement la sévérité de la maladie. Point intéressant : toutes ces espèces sont productrices d’acides gras à chaîne courte (AGCC). Ainsi, les voies fonctionnelles de la production d’AGCC étaient davantage exprimées dans la PA sévère. Cette observation est intrigante, et on ne sait pas encore si les bactéries productrices d’AGCC sont la cause ou la conséquence de la PA sévère.

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Liens entre le microbiote intestinal et le diabète de type 2 aux Émirats arabes unis

Dash NR, Al Bataineh MT, Alili R, et al. Functional alterations and predictive capacity of gut microbiome in type 2 diabetes. Sci Rep 2023; 13: 22386.

L’incidence du diabète de type 2 (DT2) augmente fortement au Moyen-Orient. Plusieurs études conduites dans les pays occidentaux ont montré la contribution du microbiote intestinal dans la résistance à l’insuline et l’inflammation de bas grade associées au DT2, mais les études sur les populations moyen-orientales sont rares. En outre, les études existantes montrent des résultats peu concluants concernant la contribution de la composition et des fonctions de la communauté microbienne dans la pathogenèse du DT2. Pour en savoir plus, les auteurs ont analysé les échantillons de selles de 84 Émiratis avec ou sans DT2 à l’aide d’un séquençage métagénomique par nanopores. Contrairement à de nombreuses études antérieures conduites dans les pays occidentaux, cette étude n’a mis en évidence aucune différence au niveau de la diversité alpha du microbiote intestinal entre les témoins sains et les diabétiques de type 2. En outre, après correction pour prendre en compte les multiples comparaisons, les auteurs n’ont pas retrouvé de différences entre les groupes au niveau de l’abondance des espèces microbiennes ou des groupes d’orthologie KEGG (KEGG orthology, KO). Toutefois, une analyse d’enrichissement d’ensemble de gènes a mis en évidence 8 fonctions avec une abondance supérieure dans le groupe témoin et 5 dans le groupe DT2. Ces modules d’abondances différentes étaient associés à la dégradation des acides aminés, tels que l’arginine, à la dégradation de l’urée et à l’homoacétogenèse. Ces fonctions semblent avoir des effets pro-inflammatoires et pourraient donc contribuer à l’inflammation de bas grade qui caractérise le DT2. Pour finir, les auteurs ont utilisé une analyse de prédiction pour identifier 3 biomarqueurs potentiels du DT2. Ils ont ainsi pu mettre en évidence une déplétion en Enterococcus faecium et Blautia et un enrichissement en Absiella spp ou Eubacterium limosum chez les diabétiques de type 2. Point intéressant, E. faecium présente des effets hypolipémiants et anti-obésité et sa déplétion pourrait donc contribuer en partie au phénotype pathogène DT2. En conclusion, cette étude a permis d’identifier des biomarqueurs microbiens spécifiques, notamment des fonctions et des taxa qui pourraient aider à prédire le développement de maladies associées au DT2.

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Le butyrate microbien inhibe des facteurs immunosuppresseurs dans le cancer gastrique

Lee SY, Jhun J, Woo JS, et al. Gut microbiome-derived butyrate inhibits the immunosuppressive factors PD-L1 and IL-10 in tumor-associated macrophages in gastric cancer. Gut Microbes 2024; 16: 2300846.

Le cancer gastrique (CG) est l’une des principales causes de décès par cancer dans le monde. Une détection précoce est importante pour la réussite du traitement du CG. La protéine PD-L1 (programmed death-ligand 1), une cible de l’immunothérapie anticancéreuse, est fortement exprimée dans les macrophages associés aux tumeurs qui peuvent être régulés par le microbiote intestinal. L’une des manières possibles qui permettraient au microbiote d’exercer des effets anticancéreux est la production d’acides gras à chaîne courte, dont le butyrate. Dans cette étude, les patients atteints d’un CG avancé exprimaient davantage les marqueurs immunosuppresseurs PD-L1 et interleukine (IL)-10 dans les macrophages, les cellules dendritiques et la muqueuse cancéreuse que les patients atteints d’un CG précoce. Le microbiote intestinal des patients atteints de CG était caractérisé par une plus faible diversité et une dysbiose. À l’échelle du genre, des abondances plus faibles de bactéries productrices de butyrate telles que Faecalibacterium et Bifidobacterium ont été détectées chez les patients atteints de CG. Élément intéressant, l’administration de butyrate et de Faecalibacterium dans les cellules mononucléées du sang périphérique des patients atteints de CG a diminué le nombre de macrophages exprimant la protéine PD-L1 et l’IL-10. En outre, le butyrate a inhibé la croissance de cellules de CG en culture. Cependant, la souche de Faecalibacterium utilisée dans l’expérience in vitro n’était pas clairement précisée. Pour finir, un modèle murin humanisé de tumeur a reçu une injection de cellules de CG et de cellules mononucléées du sang périphérique de témoins sains ou de patients atteints de CG avec ou sans butyrate. L’expérience a montré que le butyrate avait significativement réduit la taille de la tumeur ainsi que les taux de marqueurs immunosuppresseurs PD-L1 et IL-10. Le butyrate pourrait donc avoir un potentiel thérapeutique via l’inhibition de la croissance des cellules cancéreuses dans le CG.

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Revue de presse

Résumé de l’APDW

Par la Pr associée Dao Viet Hang, MD, PhD
Université médicale d’Hanoï, Hanoï, Vietnam

En décembre 2023, plus de 3 000 médecins représentant plus de 60 pays se sont rendus à Bangkok pour participer au congrès APDW (Asia Pacific Digestive Week). L’événement a proposé un programme riche et diversifié, avec de nombreuses conférences couvrant différents domaines tels que l’hépatologie, l’endoscopie, les maladies gastro-intestinales (GI) et la motricité/chirurgie. Outre les conférences sur les dernières recommandations publiées, de nombreux nouveaux thèmes ont été intégrés au programme sous différents formats – sessions interactives avec discussion sur des cas, sessions de débats sur différents aspects et approches, et conférences inaugurales assurées par des intervenants reconnus du monde entier.

Motricité gastrointestinale et troubles fonctionnels

Les nombreuses sessions dédiées à la motricité GI, axées essentiellement sur les maladies fonctionnelles, ont constitué l’un des temps forts de cette édition. Lors de la cérémonie d’ouverture, un point sur le reflux gastro-œsophagien (RGO) réfractaire a été présenté dans le cadre d’une conférence présidentielle donnée par le Pr Somchai Leelakusolvong, Président du comité d’organisation local. Le Pr Leelakusolvong a souligné l’importance de la version 2.0 du consensus de Lyon, qui a élargi les critères des signes endoscopiques pour inclure l’œsophagite par reflux de grade B de la classification de Los Angeles, plus pratique dans les pays asiatiques. L’événement a également été l’occasion de présenter de nombreuses nouvelles données sur l’optimisation du traitement du RGO réfractaire sur la base de différents mécanismes. Les avancées réalisées en matière de stratégies thérapeutiques ont également été mises en avant, notamment l’utilisation de médicaments ciblant la pression du sphincter inférieur de l’œsophage (SIO), les contractions œsophagiennes, les interventions endoscopiques et la stimulation électrique. Les relaxations transitoires du sphincter inférieur de l’œsophage ont été considérées comme l’un des mécanismes clés du RGO. Ce phénomène peut être amélioré par le baclofène en augmentant la pression du SIO au repos, réduisant ainsi les épisodes de reflux. Des données préliminaires sur une petite cohorte de patients ont suggéré que la stimulation électrique pourrait améliorer la pression du SIO ; cependant, l’application pratique de cette intervention à l’avenir fait toujours l’objet de débats.

L’événement a également accordé une attention particulière à la comparaison entre les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) et les antiacides compétitifs du potassium (potassium competitive acid blockers, PCAB) dans différentes études, la population cible étant les patients atteints d’œsophagite érosive. Les preuves actuelles montrent que les PCAB sont plus efficaces que les IPP dans le traitement de l’œsophagite érosive sévère, tout en étant associés à des événements indésirables acceptables.

L’une des sessions les plus intéressantes était celle intitulée « All about GERD » (Tout sur le RGO), présidée par le Pr Somchai Leelakusolvong et le Pr Kwang-Jae Lee le 8 décembre. Cette session s’est principalement concentrée sur les mises à jour du consensus de Lyon, la prise en charge du reflux non acide et l’optimisation du traitement du pyrosis fonctionnel.

Le Dr Ping-Huei Tseng, de Taïwan, a présenté les détails des changements apportés par la version 2.0 du consensus de Lyon, avec une clarification sur l’élargissement des critères concernant les signes endoscopiques pour intégrer l’œsophagite de grade B de la classification de Los Angeles. Le rôle de la manométrie haute résolution (high-resolution manometry, HRM) pour exclure les autres troubles œsophagiens et identifier les facteurs de risque du RGO, tels qu’une faible pression du SIO, une hernie hiatale ou une faible contraction œsophagienne, a également été expliqué avec des exemples de cas pour plus de clarté. En pH-impédancemétrie des 24 heures, certains paramètres prometteurs tels que l’impédance basale nocturne moyenne (mean nocturnal baseline impedance, MNBI) et l’onde péristaltique induite par la déglutition post-reflux (post-reflux swallow-induced peristaltic wave, PSPW index), font toujours l’objet de débats et nécessitent davantage de données cliniques.

Concernant la prise en charge du reflux non acide, le Pr Justin Wu de Hong Kong a souligné les différences entre la définition du RGO réfractaire et les symptômes du RGO réfractaire, ces derniers pouvant être causés par différentes maladies. Les rôles de la HRM, de l’endoscopie et de la pH-impédancemétrie des 24 heures dans le diagnostic et la prise en charge de ces maladies sont expliqués en détail dans les recommandations de l’ESNM/ANMS. La décision de réaliser une pH-impédancemétrie des 24 heures avec ou sans IPP dépend de l’objectif diagnostique, visant soit à confirmer un RGO chez des patients n’ayant jamais été diagnostiqués soit à confirmer un RGO réfractaire. Il sera utile d’adopter une stratégie par étapes pour les patients qui présentent un RGO réfractaire afin de déterminer le moment optimal pour réaliser les interventions endoscopiques ou la chirurgie. La prise en charge du reflux non acide doit être envisagée en fonction de l’ensemble des mécanismes possibles, notamment les caractéristiques des épisodes de reflux, les profils de motricité œsophagienne et les chevauchements de symptômes. De plus, le Pr Wu a insisté sur la nécessité d’établir une valeur seuil pour le temps d’exposition à l’acide (acid exposure time, AET) pour le diagnostic du RGO dans la population asiatique, qui peut être un point de débat par rapport au consensus de Lyon.

Le pyrosis fonctionnel pose également certains problèmes en raison de différents facteurs : chevauchement avec d’autres troubles gastro-intestinaux fonctionnels, présentation avec des troubles mentaux (anxiété, dépression, stress) dans le contexte du mécanisme de la « voie intestin-cerveau », et nécessité de réaliser des examens d’exploration pour exclure d’autres diagnostics. De récentes données ont montré que 70 % des patients présentant des symptômes fonctionnels avaient des résultats endoscopiques normaux. Au sein de cette population, 50 % avaient des résultats normaux à la pH-impédancemétrie des 24 heures et 60 % ne montraient pas de corrélation avec la survenue des symptômes, et donc 21 % seulement ont été considérés comme présentant un pyrosis fonctionnel. C’est pourquoi, parallèlement aux IPP, les neuromodulateurs jouent un rôle essentiel. Les antidépresseurs tricycliques (ATC) et les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) ont montré leur efficacité dans le traitement du pyrosis fonctionnel. Cependant, leurs effets indésirables potentiels doivent être soigneusement évalués. Pour la prévention, il est recommandé de commencer le traitement par une faible dose et de maintenir un suivi pendant le traitement.

Intelligence artificielle en endoscopie : temps forts du symposium de l’APSDE–WEO

L’intelligence artificielle (IA) est également un sujet d’actualité qui a mobilisé de nombreux orateurs. Le 9 décembre, dernier jour de l’APDW, l’APSDE et la WEO ont organisé un symposium clinique international intitulé « Artificial Intelligence in Endoscopy: Implementation in the Asia Pacific and the World » (Intelligence artificielle en endoscopie : mise en œuvre dans la région Asie-Pacifique et le reste du monde). Cette session était modérée par le Pr Hisao Tajiri, le Pr Yuichi Mori et la Pr associée Nonthalee Pausawasdi. Le Pr Yuichi Mori a fait la première présentation au cours de laquelle il a présenté le comité IA de la WEO et les deux projets en cours. Le premier projet est une étude internationale destinée à évaluer les perceptions des endoscopistes et des patients concernant l’utilisation de l’IA en endoscopie. L’autre est une étude longitudinale sur le rôle de l’IA en vie réelle. Le comité IA de la WEO se concentre sur la mise en œuvre de l’IA dans la pratique clinique, en considérant différents aspects tels que l’exactitude, le rapport coût-efficacité, les interactions médecin-machine, les programmes de formation et les considérations éthiques.

Le Pr Han-Mo Chiu, le Pr Rungsun Rerknimitr et le Pr Kherk-Yu (Lawrence) Ho ont chacun présenté différents sujets sur le développement et l’utilisation de l’IA dans différents domaines, à savoir le dépistage du cancer colorectal, le dépistage du cancer gastrique et l’endoscopie biliaire. De nombreuses données nouvelles ont été présentées, qui motiveront les cliniciens et les endoscopistes pour mettre en œuvre l’IA dans un avenir proche.

La Pr associée Dao Viet Hang a présenté un autre aspect de l’utilisation de l’IA dans le domaine de la formation en endoscopie, en particulier dans les pays à ressources limitées. Elle a souligné que les paramètres conventionnels utilisés dans la formation en endoscopie, basés le nombre minimum de cas ou la durée d’exercice, ne reflètent pas les compétences et le développement personnel dans le temps, nécessitant une approche davantage interactive. Les programmes d’e-formation et les activités avec simulation intégrée ont montré des résultats prometteurs pour renforcer les connaissances des jeunes endoscopistes et leurs compétences en matière de détection des lésions. Jusqu’à présent, l’IA a produit des résultats prometteurs pour l’amélioration de la détection des lésions, de plus en plus de données étant disponibles en pratique clinique, mais elle n’est toujours pas intégrée dans la formation en endoscopie. Des éléments importants doivent être pris en compte pour l’application de l’IA dans le domaine de la formation en endoscopie, notamment la faisabilité économique, la sécurité, la responsabilité, les problèmes techniques, la validation et le rôle des cliniciens dans la numérisation. L’adoption de l’IA dans la formation en endoscopie devra être basée sur un équilibre entre facteurs liés à l’utilisateur, facteurs technologiques, facteurs sociaux et facteurs contextuels (environnement et normes pédagogiques). Une évaluation est nécessaire pour définir les besoins éducatifs et fixer des objectifs clairs pour pouvoir choisir la technologie d’IA. L’IA doit être intégrée dans la formation sur la base des meilleures preuves disponibles et dans le cadre d’un programme spécifique, incorporant une formation à la fois pour les apprenants et pour les formateurs afin de favoriser son adoption.

Toutes les présentations faites lors de cette session ont suscité un grand nombre de commentaires et de questions, reflétant un vif intérêt pour l’application future de l’IA en endoscopie.

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