Microbiote intestinal #22

Par le Pr. Satu. Pekkala
Chercheuse à l'Académie de Finlande, Faculté des sciences du sport et de la santé, Université de Jyväskylä, Finlande

Couv press review Mag 18

Liens entre le microbiote et l’apparition future de troubles du neurodéveloppement

Ahrens AP, Hyötyläinen T, Petrone JR, et al. Infant microbes and metabolites point to childhood neurodevelopmental disorders. Cell 2024; 187: 1853-73.e15.

Les troubles du neurodéveloppement (TND) tels que les troubles du spectre de l’autisme (TSA) ont des répercussions majeures sur le système nerveux central. Il est fréquent que les personnes atteintes d’un TSA souffrent également de symptômes gastro-intestinaux (GI), un phénomène qui pourrait s’expliquer par un dysfonctionnement au niveau de l’axe intestin-cerveau. On ne sait néanmoins pas exactement en quoi le microbiote pourrait affecter le développement de TND. Cette étude a suivi une cohorte de naissance suédoise (n = 16 440) pendant plus de 20 ans et a analysé les associations entre différents biomarqueurs, dont le microbiote, et un diagnostic futur de TND. Parmi les facteurs de risque de TND présents en début de vie, ont été aux antibiotiques, en particulier chez les personnes atteintes d’un TSA. Par ailleurs, plusieurs espèces composant le microbiote intestinal, notamment celles appartenant au phylum Firmicutes, étaient associées à des problèmes GI. Les enfants ayant connu des épisodes fréquents d’otite étaient davantage susceptibles de développer un TSA, tandis que l’exposition à des substances chimiques nocives prédisposait à l’apparition d’un trouble déficit de l’attention/ hyperactivité (TDAH). Concernant les TSA, le métabolome et le lipidome du sérum du cordon ombilical ainsi que le métabolome des selles ont été analysés à la naissance et à l’âge de 1 an. Chez les nouveau-nés développant ultérieurement un TSA, on a détecté une diminution de lipides essentiels, comme l’acide α-linolénique et les acides biliaires, qui pourrait indiquer une inflammation. La dysbiose du microbiote intestinal est intervenue tôt dans la vie et était associée notamment aux acides gras et aux précurseurs de neurotransmetteurs. La bactérie Akkermansia muciniphila, qui présente des propriétés bénéfiques pour la santé et immunomodulatrices, était absente chez les nourrissons à qui on a diagnostiqué ultérieurement un TSA, mais elle n’était pas associée au développement futur d’un TDAH. Les genres Akkermansia et Coprococcus, qui étaient réduits chez les nourrissons développant plus tard un TND, étaient associés positivement avec les vitamines essentielles et les précurseurs de neurotransmetteurs fécaux.

Pour conclure, les résultats de cette étude suggèrent que le microbiote intestinal joue un rôle dans les origines précoces des TND. Ces données établissent les bases d’interventions précoces visant les TND et pourraient être utiles pour prédire ces troubles en début de vie.

Lien de causalité entre microbiote intestinal et maladies cutanées immunitaires

Feng F, Li R, Tian R, Wu X, Zhang N, Nie Z. The causal relationship between gut microbiota and immune skin diseases: A bidirectional Mendelian randomization. PLoS One 2024; 19: e029844.

Un nombre croissant d’études indiquent que de nombreuses maladies de la peau sont liées à l’équilibre général régnant au sein de l’organisme, y compris l’homéostasie du microbiote intestinal. Le psoriasis (PSO), la dermatite atopique (DA), l’acné et le lichen plan sont les dermatoses les plus courantes. Le PSO et la DA ont été reliés à la santé gastro-intestinale et de nombreuses études ont mis en évidence des associations entre l’acné et un déséquilibre du microbiote intestinal. On ne sait néanmoins pas exactement si ces associations reflètent un lien de causalité.

Image

Dans cette étude, les données résumées d’associations génétiques complètes concernant le microbiote intestinal, le psoriasis, la dermatite atopique, l’acné et le lichen plan ont été extraites des bases de données publiques par les auteurs. Ils ont ensuite utilisé une analyse par randomisation mendélienne (RM) bidirectionnelle à deux échantillons pour étudier le lien de causalité éventuel entre le microbiote intestinal et les maladies cutanées. En tout, 18 340 personnes ont été incluses dans l’étude, et les polymorphismes mononucléotidiques (single nucleotide polymorphisms, SNP) significatifs sur l’ensemble du génome associés aux taxa du MI ont été identifiés.

Les auteurs ont retrouvé cinq genres associés dans le groupe PSO, sept genres associés dans le groupe DA, dix genres associés dans le groupe acné et quatre genres associés dans le groupe lichen plan. Cependant, lorsque les résultats ont été corrigés pour tenir compte du taux de fausses découvertes, seul le lien de causalité entre le groupe Eubacterium fissicatena et le PSO est resté significatif. Concernant la validation croisée avec les premiers résultats, l’analyse par RM inversée n’a pas donné les mêmes résultats que l’analyse initiale. Les auteurs concluent que leurs résultats ont montré une relation de causalité entre le microbiote intestinal et les maladies cutanées immunitaires et apportent une nouvelle perspective thérapeutique pour l’étude des maladies immunitaires. Néanmoins, seul le groupe Eubacterium fissicatena a montré un lien significatif avec l’une des dermatoses étudiées.

Modifications longitudinales du microbiote intestinal dans le mélanome avancé traité par blocage des points de contrôle immunitaire

Le blocage des points de contrôle immunitaire (BCI) allonge la survie des patients souffrant de différents cancers à un stade avancé. Cependant, seul un sous-groupe de patients répond au BCI, phénomène qui pourrait être lié au microbiote intestinal, mais les études transversales conduites dans ce domaine donnent des résultats contradictoires. Des études longitudinales doivent donc être menées.

Björk JR, Bolte LA, Maltez Thomas A, et al. Longitudinal gut microbiome changes in immune checkpoint blockade- treated advanced melanoma. Nat Med 2024; 30: 785-96.

Image

Dans cette étude, 175 patients ont été traités par BCI pour un mélanome avancé et le microbiome a été analysé par séquençage « shotgun » pendant les 12 premières semaines de traitement. En fin de compte, la survie sans progression (SSP) a été définie comme le délai écoulé entre l’immunothérapie initiale et la progression de la maladie ou le décès, et les patients présentant une SSP de 12 mois ou plus ont été comparés à ceux dont la SSP était inférieure à 12 mois.

Les résultats montrent que les patients présentant une SSP < 12 mois avaient une abondance supérieure de taxa associés à des maladies inflammatoires. Par contre, plusieurs taxa considérés comme « pro-inflammatoires » étaient enrichis chez les patients dont la SSP était ≥ 12 mois. Point intéressant, cinq taxa étaient systématiquement plus abondants chez les patients présentant une SSP ≥ 12 mois. En effet, le groupe A. butyriciproducens, I. bartlettii, Dorea sp. AF24 7LB, le groupe L. gasseri et L. celerecrescens étaient plus abondants en cas de SSP ≥ 12 mois, alors que quatre autres taxa étaient systématiquement plus abondants chez les patients dont la SSP était < 12 mois (R. lactatiformans, groupe R. non classé SGB15265, P. copri clade A et une espèce non identifiée
du phylum Bacteroidetes). Ensuite, les auteurs ont testé la généralisabilité des résultats à l’aide de six cohortes indépendantes de patients atteints de mélanome. Seule la cohorte comportant un nombre raisonnablement important de patients (N = 112) leur a permis de faire la distinction entre les patients présentant une SSP ≥ 12 mois et ceux avec une SSP < 12 mois.

Les auteurs concluent que leur étude met en évidence la nature dynamique du microbiote intestinal ainsi que le caractère essentiel du profilage longitudinal pour guider les interventions ciblant le microbiote en vue d’améliorer les résultats du traitement dans le mélanome avancé.

Summary
Off
Sidebar
On
Migrated content
Désactivé
Updated content
Désactivé
Hide image
Off
Revue de presse

Les 1 000 premiers jours : une période cruciale pour le microbiote

Par le Dr. Marta Ardila Jimenez 
Coordinatrice, service de pédiatrie et de néonatalogie,
Clínica de Marly Jorge Cavelier Gaviria, Bogota, Colombie,

Le microbiote était l’un des principaux protagonistes du 56e congrès de l’ESPGHAN (European Society for Paediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition), à Milan. Il y a en effet de plus en plus d’études conduites sur le sujet, motivées par l’impérative nécessité d’en apprendre chaque jour davantage. Nous vivons une nouvelle ère dans laquelle le microbiote joue un rôle fondamental dans nos efforts pour réduire la fréquence des maladies chez les générations futures. Mais en tant que médecins, comment pouvons-nous enseigner ces informations à nos patients pour prévenir les maladies chroniques ?

Dans le cadre des réflexions menées sur les stratégies qui pourraient influer sur l’évolution du poids des maladies pesant sur la population générale, de nombreux travaux ont montré que les 1 000 premiers jours de la vie sont une période critique, qui constitue une opportunité pour exercer un impact positif et prévenir le développement futur de maladies non transmissibles. Mais pourquoi cette période est-elle si importante ? En fait, cette période est fondamentale pour la colonisation intestinale et, par conséquent, pour l’établissement du microbiote. Un contrôle important est ainsi exercé sur la maturation intestinale et la programmation métabolique et immunologique. La colonisation microbienne du tube digestif est fondamentalement liée à la programmation métabolique et à la maturation immunologique, et les perturbations de la colonisation durant la petite enfance ont été associées à un risque accru de développer de multiples affections, notamment l’asthme, la dermatite atopique, les allergies alimentaires, le diabète, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et l’obésité 1.

Dès le début de la phase embryonnaire, les processus de développement et de croissance sont déterminés non seulement par la charge génétique mais également par les facteurs environnementaux auxquels l’enfant va être exposé. Des mécanismes épigénétiques tels que la modification des histones, l’ARN non codant et la méthylation de l’ADN sont lourdement impactés par ces facteurs critiques, notamment la consommation de substances spécifiques, certains aliments et le stress excessif. Chaque étape de la croissance et du développement est cruciale pour déterminer les effets positifs que le microbiote peut avoir sur un patient, à la manière d’un puzzle où chaque pièce est indispensable.

Image

Les études menées sur le microbiote pendant la période gestationnelle mettent en évidence des modifications de la composition microbiotique de la mère dans différentes parties du corps, notamment l’endomètre, le vagin et les intestins, pouvant même parfois provoquer des complications lors de la grossesse. Au cours du premier trimestre de la grossesse, la constitution du microbiote intestinal est similaire à celle d’une femme non enceinte en bonne santé 2. Durant le troisième trimestre, la diversité du microbiote augmente de manière exponentielle, entraînant une prise de poids, une insensibilité à l’insuline et une concentration plus élevée de cytokines foetales, se traduisant par une inflammation. On retrouvera également des taux plus importants de Bacteroides
et de Staphylococcus dans les selles des femmes enceintes en surpoids que chez celles de poids normal. La transmission verticale des bactéries de la mère au nouveau-né contribue au développement du microbiote dans le tractus intestinal et peut affecter le fonctionnement et la croissance de ce système immunitaire spécifique. Il y a des différences notables entre le microbiote de la mère et du nouveau-né lorsque celui-ci nait par césarienne ou par voie naturelle. Étonnamment, plusieurs études montrent que les enfants nés par césarienne ont davantage de risques de développer des troubles immunitaires tels que les allergies et l’asthme. C’est au moment du premier contact peau à peau que l’allaitement joue un rôle crucial pour apporter au nouveau-né les différents nutriments qui l’aideront à préserver son système immunitaire 3, 4.

L’introduction des aliments solides influe également sur la composition du microbiote intestinal. Chez les prématurés, le développement du microbiote intestinal est influencé par de multiples facteurs, notamment le délai écoulé depuis la naissance et la prise de lait maternel, et des interventions telles que la supplémentation en probiotiques et en prébiotiques montrent des résultats prometteurs pour réduire la morbi–mortalité dans cette population.

Avec une idée claire de l’impact de ces 1 000 premiers jours sur la vie d’adulte des nouveau-nés, notre mission sera de conduire des politiques publiques pour
renforcer le microbiote. Pour atteindre cet objectif, il nous faut prendre des mesures, notamment en renforçant la prise en charge des mères allaitantes, en incitant à la pratique de l’allaitement et surtout en informant tous nos patients sur les habitudes alimentaires saines à adopter.

Summary
Off
Sidebar
On
Migrated content
Désactivé
Updated content
Désactivé
Hide image
Off
Retour congrès

Temps forts du congrès DDW

Par le Dr. Purna C. kashyap
Division de gastro-entérologie et d’hépatologie, Programme de microbiomique
Bernard et Edith Waterman, Centre de médecine personnalisée,
Mayo Clinic College of Medicine, Rochester, États-Unis

En mai 2024, plus de 13 000 professionnels intéressés par les maladies digestives et provenant de plus de 100 pays se sont rendus au congrès annuel « Digestive Disease Week » (DDW). Ce congrès, soutenu par l’Association américaine de gastro-entérologie (AGA), l’Association américaine pour l’étude des maladies hépatiques (AASLD), la Société américaine d’endoscopie gastro-intestinale (ASGE) et la Société américaine de chirurgie digestive (SSAT), a accueilli plus de 400 conférences originales et 4 300 sessions orales d’abstracts et de posters portant sur des innovations et travaux de recherche de pointe dans le domaine des maladies gastro-intestinales et hépatiques. La section dédiée au microbiote et à la thérapie microbienne et le centre d’éducation et de recherche sur le microbiote intestinal de l’AGA ont accueilli 11 sessions scientifiques avec 33 conférences proposées par des experts internationaux de premier plan ainsi que 52 présentations orales d’abstracts mettant en avant des travaux de recherche de pointe et des innovations dans le domaine du microbiote. Voici un résumé de quelques-unes des principales présentations.

Microbiote et cancer

La conférence inaugurale « Gail Hecht and David Hecht Distinguished Microbiome Lecture » a été donnée par la Dr Jennifer Wargo. Elle a présenté des données sur le micro-environnement tumoral, le microbiote intestinal dans le cancer, les biomarqueurs microbiens de la réponse au traitement ainsi que les nouvelles stratégies ciblant le microbiote tissulaire, tumoral et intestinal en vue d’intercepter et de prévenir le cancer. La Dr Wargo a résumé les découvertes montrant que la diversité et la composition du microbiote intestinal et tumoral sont des marqueurs pronostiques cruciaux pour l’évolution du cancer, en particulier après une greffe de cellules souches et chez les patients sous immunothérapie.

Image

Probiotiques

La Dr Wargo a présenté des données suggérant que certains probiotiques pourraient aggraver l’évolution du cancer chez un sous-groupe de patients, une observation qui a également été faite dans des modèles animaux 1 (Spencer et al., Science, 2021). Cependant, un produit bactérien vivant, le CBM588, associé à un blocage de CTLA-4 et de PD-1, a montré des bénéfices dans le traitement du carcinome à cellules rénales métastatique 2. De plus, des bactéries commensales telles que Bifidobacterium ont démontré qu’elles stimulent l’immunité antitumorale et améliorent l’efficacité de traitements tels que les inhibiteurs de PD-L1 et de CTLA- 4, montrant le besoin d’approches probiotiques personnalisées et ciblées.

Antibiotiques

Comme avec les probiotiques, des patients ayant reçu des antibiotiques avant un traitement par inhibiteurs de points de contrôle immunitaire ont connu une évolution moins favorable 3. À l’inverse, des approches antibiotiques ciblées, notamment celles utilisant la ciprofloxacine ou le métronidazole pour cibler les bactéries intratumorales qui interviennent dans la résistance au traitement anticancéreux 4, 5, pourraient améliorer l’immunité antitumorale et les réponses au traitement.

Image

Transplantation de microbiote fécal (TMF)

La TMF apparaît comme une approche prometteuse dans le traitement du cancer. De petits essais cliniques en ouvert ont montré que la TMF peut contrer la résistance à l’immunothérapie chez les patients atteints d’un mélanome métastatique 6, 7. La TMF de donneurs sains, combinée à un traitement anti-PD-1 chez des patients atteints de mélanome métastatique et naïfs de traitement, a été associée à des taux de réponse élevés.

Alimentation et microbiote

L’alimentation joue un rôle crucial pour moduler le microbiote intestinal et influer sur les résultats du traitement anticancéreux. Les patients consommant plus de 20 grammes de fibres par jour ont obtenu de meilleurs résultats avec leur traitement de blocage des points de contrôle immunitaire 1. Des études en cours utilisant des régimes riches en fibres et d’autres stratégies alimentaires personnalisées s’annoncent prometteuses pour améliorer les réponses au traitement anticancéreux.

Image

Prébiotiques

La Dr Wargo a partagé des résultats encourageants d’interventions telles que le régime enrichi en aliments prébiotiques (prebiotic food-enriched diet, PreFED) et les sources alimentaires prébiotiques comme les haricots dans l’essai BEGONE, qui montrent comment les prébiotiques peuvent moduler les micro-organismes intestinaux et réduire l’inflammation systémique. De plus, la Dr Tessa Anderman a parlé des enseignements tirés d’un essai sur les prébiotiques conduit chez des patients bénéficiant d’une greffe allogénique de cellules hématopoïétiques (allogreffe). L’efficacité des prébiotiques et la production d’acides gras à chaîne courte varient selon le prébiotique utilisé et la composition du microbiote du patient, suggérant qu’une combinaison de différents prébiotiques pourrait être plus bénéfique.

Thérapies basées sur le microbiote

La Dr Colleen Kelly a exposé les grandes lignes des recommandations de pratique clinique de l’AGA concernant les thérapies basées sur le microbiote fécal dans les maladies gastro-intestinales. Chez les adultes immunocompétents, l’AGA suggère d’utiliser des thérapies basées sur le microbiote fécal après l’antibiothérapie standard, mais également chez les adultes légèrement ou modérément immunodéprimés atteints d’infections récurrentes à C. difficile ou chez les adultes hospitalisés avec une infection à C. difficile sévère ou fulminante ne répondant pas au traitement standard. Par ailleurs, l’AGA suggère d’utiliser une transplantation de microbiote fécal conventionnelle après l’antibiothérapie standard. Chez les adultes atteints d’une rectocolite hémorragique, d’une maladie de Crohn, d’une pouchite ou d’un syndrome de l’intestin irritable, l’AGA déconseille l’utilisation de la transplantation de microbiote fécal conventionnelle, sauf dans le cadre des essais cliniques. La Dr Jessica Allegretti a fait un tour d’horizon de l’état actuel des thérapies basées sur le microbiote fécal, évoquant les dernières recommandations de la FDA indiquant qu’une demande d’autorisation de nouveau médicament expérimental est nécessaire lors de l’utilisation de produits à base de selles provenant de biobanques, de même qu’une sélection plus poussée des donneurs avec notamment une recherche du Sars- Cov-2 et de bactéries productrices de bêta-lactamases à spectre étendu (BLSE) du fait du signalement d’infections systémiques par des bactéries productrices de BLSE après une TMF chez deux patients immunodéprimés. L’arsenal thérapeutique pour les infections à C. difficile évolue rapidement, avec l’autorisation par la FDA de deux nouveaux produits à base de microbiote fécal pour la prévention des ICD récidivantes, à savoir REBYOTA (microbiote fécal vivant – jslm) en administration rectale unique et VOWST (spores microbiennes fécales vivantes - brpk) à raison de 4 gélules par voie orale une fois par jour pendant 3 jours consécutifs, 3-4 jours après l’antibiothérapie standard, et un essai de phase III en cours sur des consortiums bactériens vivants définis de manière rationnelle, non issus de selles de donneurs.

Un débat modéré sur le rôle des probiotiques dans les maladies GI a permis de faire une revue complète de l’utilisation des probiotiques chez les adultes et les enfants. La discussion s’est concentrée sur la marche à suivre, et si les probiotiques semblent manquer d’efficacité dans les troubles gastro-intestinaux de l’adulte lorsque l’on considère la littérature dans son ensemble, leurs effets varient selon les espèces et les souches et certains patients pourraient en tirer un bénéfice. De plus, les produits fermentés faits maison comme le yaourt, le kimchi et le kéfir ont été abordés à titre d’alternatives offrant un bon rapport coût/efficacité. Les différences observées au niveau des recommandations émises par les différentes sociétés savantes concernant l’usage des probiotiques semblent dues aux différences d’ordre méthodologique et de nature entre les études cliniques sur lesquelles s’appuient ces recommandations. Les autotests du microbiote gagnent en popularité auprès des patients, notamment pour guider le traitement probiotique, mais le panel a conclu qu’il n’y a actuellement aucun bénéfice clinique prouvé et qu’ils ne doivent donc pas être recommandés. Néanmoins, il existe un potentiel d’utilisation future, notamment pour le suivi des modifications du microbiote chez un patient après une intervention. Toutes ces discussions ont fait émerger un thème central : le besoin d’adopter des approches personnalisées pour les thérapies basées sur le microbiote.

Summary
Off
Sidebar
On
Migrated content
Désactivé
Updated content
Désactivé
Hide image
Off
Retour congrès

La bactérie Enterococcus faecium B6 cultivée à partir d’enfants obèses favorise les maladies hépatiques stéatosiques par la tyramine comme métabolite bioactif

ARTICLE COMMENTÉ - Rubrique enfant

Par le Pr. Emmanuel Mas
Gastro-entérologie et nutrition, Hôpital des Enfants, Toulouse, France

Commentaire de l’article original de Wei et al. (Gut Microbes 2024) [1]

Cet article explore la relation entre le microbiote intestinal et la maladie du foie gras non alcoolique (NAFLD) chez les enfants obèses, dans le contexte de l’augmentation globale de l’obésité infantile et de cette maladie. La méthodologie repose sur une analyse multiomique et des études sur des cohortes d’enfants, associées à des expériences in vitro et in vivo. Les chercheurs ont découvert que Enterococcus faecium B6, isolé chez ces enfants, favorise la NAFLD via la production de tyramine, entraînant une accumulation de lipides, de l’inflammation et de la fibrose hépatique. Ces résultats valident le rôle causal de cette bactérie dans la progression de la NAFLD et ouvrent la voie à des approches thérapeutiques basées sur les microorganismes et/ou leurs métabolites.

Que sait-on déjà à ce sujet ?

En raison de la pandémie d’obésité, les maladies métaboliques de surcharge (NAFLD) sont devenues la principale atteinte hépatique, allant de la stéatose, à la NASH (stéatohépatite non-alcoolique) jusqu’à la cirrhose. Les NAFLD concernent de plus en plus d’enfants.

La physiopathologie des NAFLD est complexe mais le microbiote intestinal jouerait un rôle important. Les effets du microbiote intestinal pourraient être médiés par différents métabolites, notamment la tyramine.

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

Dans une première partie, 156 enfants obèses âgés de 6 à 18 ans ont été inclus, dont 78 avec NAFLD et 78 avec une obésité isolée. Les deux groupes différaient pour les paramètres hépatiques et métaboliques. La diversité alpha microbienne était plus faible dans le groupe NAFLD ; l’abondance d’Enterococcus, Escherichia, Klebsiella, Dialister et Enterobacter était plus importante dans le groupe NAFLD alors que celle de Faecalibacterium, Eubacterium eligens groupRoseburia, Fusicatenibacter, Clostridium, Coprococcus et parasutterella était plus faible. Enterococcus était corrélé aux taux sériques d’ALAT, ASAT, triglycérides et cholestérol total.

Image

Après isolation de souches bactériennes à partir d’enfants obèses ayant une NAFLD, E. faecium B6 a montré, en culture cellulaire, une capacité à accumuler des lipides. Une étude murine a comparé une alimentation normale (NCD) ou enrichie en graisses (HFD), en présence ou non de B6 pendant 12 semaines. Si E. faecium B6 n’avait pas d’effet sur le poids corporel, il aggravait l’atteinte hépatique de surcharge au niveau biologique et histologique (figure 1). L’analyse transcriptomique a révélé qu’E. faecium B6 modifiait l’expression de gènes impliqués dans le métabolisme lipidique, l’inflammation et la fibrose, comme les voies de signalisation PPAR, de chimiokines, NF-kB, TGF-β, du métabolisme de l’acide linoléique. Concernant le métabolisme lipidique, l’expression ARNm et protéique de PPARg et CD36 étaient augmentées alors que celle de CPT-1α était diminuée. Les auteurs ont montré une expression augmentée de cytokines inflammatoires (TNF-α, IL-6, IL-1β) et de protéines impliquées dans la fibrose (TGF-β et α-SMA) (figure 2).

Image

À partir de séra murins, une analyse large non ciblée par spectrométrie de masse en tandem a montré qu’E. faecium B6 augmentait ou diminuait des métabolites, sous régime NCD (30 et 85) ou HFD (18 et 45). La modification la plus marquée était l’augmentation de la tyramine (figure 3). Des analyses complémentaires suggèrent qu’E. faecium B6 a la capacité de produire la tyramine. En outre, le traitement par tyramine de souris so us régime NCD ou HFD reproduit le développement d’une NAFLD, sans effet sur le poids comme E. faecium B6, et modifie de manière similaire l’expression des gènes codant pour PPARγ, CD36, CPT-1α, TNF-a, IL-6, IL-1β, TGF-β et α-SMA.

Enfin, les auteurs ont confirmé ces résultats chez 123 enfants obèses ayant une NAFLD et 123 témoins. Les taux d’E. faecium B6, du gène codant pour la tyramine (mfnA) étaient plus élevés dans le groupe NAFLD. Ces taux étaient corrélés aux marqueurs biologiques de NAFLD (ASAT, ALAT, triglycérides, cholestérol total et LDL) et des cytokines inflammatoires (TNF-α, IL-6, IL-1β).

Image

Quelles sont les conséquences en pratique ?

Cette étude confirme l’importance du microbiote intestinal dans le développement des NAFLD et ouvre des perspectives thérapeutiques. Outre Enterococcus faecium B6 et la tyramine, PPARγ pourrait jouer un rôle central en faisant le lien entre accumulation lipidique, inflammation et fibrose.

Points clés
  • E. faecium B6, bactérie isolée chez des enfants obèses ayant une NAFLD, exacerbe la maladie en produisant un métabolite bioactif, la tyramine
  • E. faecium B6 et la tyramine reproduisent de manière similaire une NAFLD chez des souris, sous régime normal et riche en graisses

CONCLUSION

Cette étude a identifié Enterococcus faecium B6 comme souche favorisant le développement de NAFLD chez des enfants obèses. Cette bactérie produit un métabolite bioactif, la tyramine, qui médie ces effets en activant notamment la voie de signalisation PPARg.

Summary
Off
Sidebar
Off
Migrated content
Désactivé
Updated content
Désactivé
Hide image
Off
Article commenté

Le microbiome maternel favorise le développement du placenta chez la souris

ARTICLE COMMENTÉ - Rubrique adulte

Par le Pr. Harry Sokol
Gastro-entérologie et nutrition, Hôpital Saint-Antoine, Paris, France

Commentaire de l’article de Pronovost et al. (Science Advances 2023) [1]

Le microbiome maternel est un régulateur important de la santé gestationnelle, mais la façon dont il affecte le placenta en tant qu’interface entre la mère et le foetus reste inexplorée. Les auteurs montrent ici que le microbiote intestinal maternel favorise le développement placentaire chez la souris. L’appauvrissement du microbiote intestinal maternel limite la croissance du placenta et altère la vascularisation foeto-placentaire. Le microbiote intestinal maternel module les métabolites dans la circulation maternelle et foetale. Les acides gras à chaîne courte (AGCC) stimulent la formation de tubes dans les cellules endothéliales cultivées et préviennent les anomalies de la vascularisation placentaire chez les souris déficientes en microbiote. En outre, dans un modèle de malnutrition maternelle, la supplémentation gestationnelle en AGCC prévient la restriction de la croissance placentaire et l’insuffisance vasculaire. Ces résultats soulignent l’importance des symbioses hôte-microbe pendant la grossesse et révèlent que le microbiome intestinal maternel favorise la croissance et la vascularisation du placenta chez la souris.

Que sait-on déjà à ce sujet ?

Des études récentes mettent en évidence les influences notables du microbiome maternel sur le développement de la progéniture dès la période prénatale 2, mais on ne sait toujours pas exactement comment le microbiome maternel influe sur la santé materno-foetale pendant la grossesse. À l’intersection de la mère et du foetus se trouve le placenta, très vascularisé, qui permet les échanges materno-foetaux de nutriments et de gaz nécessaires au développement du foetus 3. Les auteurs ont examiné les effets du microbiome intestinal maternel sur le développement du placenta chez la souris, un organe essentiel qui façonne les trajectoires de santé à long terme.

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

Pour déterminer les effets du microbiome intestinal maternel sur le développement placentaire, les auteurs ont d’abord élevé des souris gestantes sans germes (GF) ou en appauvrissant le microbiome intestinal par des antibiotiques à large spectre (ABX). L’absence ou l’appauvrissement du microbiome intestinal maternel a entraîné une réduction du poids du placenta par rapport à des souris avec un microbiote conventionnel et à des témoins GF colonisées avec le microbiote conventionnel, CONV) (figure 1). En accord avec les réductions de poids placentaire, la déficience du microbiome maternel a conduit à des réductions du volume placentaire total, ainsi qu’à une réduction du volume et de la densité des tissus dans le labyrinthe placentaire, le principal site d’échange materno-foetal. En plus de la physiopathologie placentaire induite par l’ABX chez la mère, nous avons observé des diminutions correspondantes du poids et du volume du foetus. La vascularisation foeto-placentaire de mères déficientes en microbiote présentait un volume et une surface vasculaires réduits, avec des diminutions visibles des branches vasculaires, par rapport aux témoins (figure 1). Cela suggère que le microbiome maternel commande le développement vasculaire à des moments critiques de la gestation. Étant donné que le microbiome maternel régule de nombreux métabolites circulants, les auteurs ont émis l’hypothèse que les insuffisances de vascularisation foeto-placentaire pourraient être liées au microbiote et pourraient résulter d’altérations des métabolites clés dans la circulation foetale. Les auteurs se sont penchés spécifiquement sur le rôle des acides gras à chaîne courte (AGCC). Les AGCC sont produits par la fermentation bactérienne des hydrates de carbone et sont significativement réduits dans le sérum maternel et foetal des mères déficientes en microbiote.

Image

Sur la base de recherches antérieures démontrant que la supplémentation maternelle en AGCC conduit à un transfert direct des AGCC de la circulation maternelle à la circulation foetale, les auteurs ont traité les mères ABX avec de l’eau supplémentée en AGCC ou de l’eau contrôle. Cette stratégie de supplémentation augmentait de manière significative les concentrations de butyrate et de propionate dans le sang total du foetus. Le traitement maternel par AGCC a augmenté le poids du placenta et corrigé les altérations de la croissance placentaire des mères ABX à des niveaux comparables à ceux des témoins, avec des augmentations correspondantes du volume total du placenta et du labyrinthe. Des cellules endothéliales de la veine ombilicale humaine (HUVEC) ont ensuite été traitées par des AGCC à des concentrations physiologiques. Les AGCC acétate et propionate augmentaient de manière significative la longueur des ramifications des HUVEC par rapport aux témoins véhicules, alors que le signal avec le butyrate était moins clair. Cet effet dépendait des récepteurs aux AGCC, FFAR2 et FFAR3 (free fatty acid receptor 2 and 3). Dans le contexte de la malnutrition maternelle induite par la restriction protéique, la supplémentation maternelle en AGCC était suffisante pour restaurer le poids et le volume total du placenta et augmenter la vascularisation foeto-placentaire.

Quelles sont les conséquences en pratique ?

Cette étude démontre le rôle du microbiote intestinal maternel dans la physiologie, et particulièrement la vascularisation placentaire. Les déficits vasculaires placentaires sont associés à une réduction du poids du foetus, à la prééclampsie, et, à l’âge adulte, à un risque accru de nombreuses pathologies. Des interventions cib lant le microbiote, en première intention nutritionnelle, pour favoriser la production d’AGCC pourraient jouer un rôle protecteur.

Points clés
  • Dans l’ensemble, ces données révèlent le rôle clé du microbiome intestinal maternel dans la promotion de la croissance et du développement du placenta
  • Le microbiome maternel est nécessaire au bon développement de la vascularisation foeto-placentaire
  • Les AGCC favorisent la croissance du placenta et le développement vasculaire, même dans des conditions de malnutrition maternelle

 

CONCLUSION

Cette étude révèle que les fonctions métaboliques apportées par le microbiome intestinal maternel pendant la grossesse font partie intégrante du soutien à la croissance et à la vascularisation du placenta chez la souris. Une meilleure compréhension de la manière dont le microbiome intestinal maternel affecte la structure et le fonctionnement du placenta pourrait permettre de mettre au point de nouvelles approches visant à promouvoir la santé maternelle et foetale et à réduire le risque de maladies chroniques.

Summary
Off
Sidebar
Off
Migrated content
Désactivé
Updated content
Désactivé
Hide image
Off
Article commenté

Helicobacter pylori et microbiote gastro-intestinal

Par le Pr. Juozas Kupcinskas
Département de gastro-entérologie et Institut de recherche digestive, université lituanienne des sciences de la santé, Kaunas, Lituanie

L’infection par Helicobacter pylori (H. pylori) touche environ 50 % de la population mondiale et il s’agit de l’infection bactérienne la plus fréquente au monde. D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), H. pylori est classée agent cancérigène du groupe 1, pouvant être à l’origine d’affections précancéreuses et cancéreuses de l’estomac, dont l’adénocarcinome gastrique. On pensait auparavant que H. pylori était le seul micro-organisme à vivre dans l’estomac humain, mais les récentes avancées technologiques ont permis de mieux comprendre le microbiote gastrique. H. pylori joue un rôle pivot dans le façonnage de l’environnement microbien de l’estomac. Cependant, un microbiote gastrique « non-Helicobacter » a également été décrit et fait actuellement l’objet de nombreuses recherches. Il est clair que H. pylori est un facteur modulateur majeur du microbiote gastrique, mais d’autres espèces pourraient également contribuer à des mécanismes cancérigènes. Les effets exercés par les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) et les traitements visant à éradiquer H. pylori sur les altérations du microbiote ont aussi été étudiés. Dans cet article de synthèse, nous allons résumer les dernières découvertes réalisées sur le microbiote gastrique et le rôle joué par H. pylori dans son façonnage, ainsi que concernant l’impact de l’éradication de H. pylori et des IPP sur le microbiote humain.

H. pylori est la principale bactérie qui façonne la composition du microbiote gastrique

Le microbiote gastrique fait l’objet de plus en plus d’attention, un intérêt croissant étant porté à ses facteurs déterminants. Vilchez-Vargas et al. ont étudié la composition microbienne dans différents compartiments gastro-intestinaux (GI). Lors de cette étude qui a porté sur une cohorte de 108 paires de jumeaux, des biopsies de microbiote gastrique provenant de la muqueuse de l’estomac ont été analysées. La diversité microbienne a été évaluée par amplification et séquençage des régions V1-V2 du gène de l’ARNr 16S. Les résultats ont concordé avec ceux précédemment rapportés, montrant que H. pylori est un facteur clé de la composition du microbiote gastrique 1.

Hua et al. ont conduit une étude sur une cohorte de 193 patients afin d’examiner l’impact de H. pylori sur la richesse et la diversité du microbiote gastrique chez des personnes atteintes de gastrique chronique. Ils ont procédé à un profilage de la région V3-V4 du gène de l’ARNr 16S et ont observé des altérations significatives du microbiote gastrique causées par l’infection à H. pylori. En effet, H. pylori a inhibé les genres dominants du microbiote gastrique, à savoir Aliidiomarina, Reyranella, Halomonas, Pseudomonas et Acidovorax. Leurs résultats ont indiqué que les souches virulentes de H. pylori étaient significativement associées à la gastrite atrophique chronique et qu’elles réduisaient la richesse du microbiote gastrique 2.

Schulz et al. ont analysé les différences de composition microbienne entre des patients infectés par H. pylori et des patients H. pylori-négatifs. Ils ont observé une différence significative au niveau de l’abondance relative des Proteobacteria, qui étaient davantage présentes dans les aspirations des patients infectés par H.pylori. Les autres phyla ont montré une abondance relative plus faible (figure 1) 3.

Miftahussurur et al. ont étudié la variabilité microbienne gastrique entre des patients H. pylori-positifs et des patients H. pylori- négatifs dans une cohorte de 137 Indonésiens. Ils ont observé que la richesse et la diversité β étaient significativement plus élevées dans les échantillons H. pylori- positifs que dans les échantillons H.pylori-négatifs. En outre, leurs résultats ont suggéré que H. pylori jouerait un rôle de premier plan dans le façonnage de la communauté microbienne gastrique de ce groupe ethnique 4.

Ces études montrent collectivement que H. pylori est un facteur crucial qui influence la diversité et la richesse du microbiote gastrique dans l’environnement hostile de l’estomac.

Qu’est-ce que le véritable microbiote gastrique ?

L’estomac possèdes des conditions extrêmes pour les micro-organismes vivants. Il y a quelques décennies, on a observé que la bactérie H. pylori était capable de supporter ces conditions hostiles. Cette découverte a éveillé la curiosité et a conduit à mener davantage de recherches sur le microbiote gastrique. On ne sait toujours pas clairement si les bactéries non-Helicobacter de l’estomac représentent des contaminants transitoires ou si elles constituent un microbiote persistant. Spiegelhauer et al. ont mené une étude portant sur 22 patients atteints de dyspepsie et 12 patients atteints d’adénocarcinome gastrique 5. Ils ont prélevé des biopsies sur la muqueuse de l’estomac et ont analysé la région V3-V4 du gène de l’ARNr 16S, en plus de la mise en culture des micro-organismes. Les auteurs ont émis l’hypothèse selon laquelle H. pylori serait la seule bactérie résidant véritablement dans l’estomac et qu’elle persisterait dans les biopsies lavées. Leurs résultats ont indiqué que la charge bactérienne diminuait dans les biopsies lavées, suggérant une contamination transitoire depuis la cavité buccale. Toutefois, la diversité des micro-organismes n’était pas différente entre les biopsies lavées et non lavées.

Image

On ne sait toujours pas clairement si les micro-organismes non-H. pylori présents dans l’estomac sont des contaminants transitoires ou de véritables résidents.

Il est possible que les micro-organismes vivants contenus dans la salive avalée continuellement survivent dans des conditions acides pendant un certain temps. Une contamination depuis la région oropharyngée supérieure lors de la gastroscopie et du prélèvement des échantillons doit également être envisagée 6. Ces résultats montrent qu’il est nécessaire de poursuivre les investigations afin de déterminer la nature du véritable microbiote gastrique.

Effet de l’éradication de H. pylori sur le microbiote gastrique et intestinal

L’infection à H. pylori est l’une des plus répandues dans le monde, touchant plus de la moitié de la population humaine. La plupart des schémas thérapeutiques visant H. pylori impliquent au moins deux antibiotiques, ce qui peut avoir un impact sur le microbiote gastro-intestinal. Liou et al. ont étudié les modifications à long terme du microbiote intestinal après éradication de H. pylori. Leur essai multicentrique randomisé a inclus 1 620 participants répartis de manière aléatoire dans trois groupes de traitement. Les auteurs ont évalué la diversité bactérienne en analysant des échantillons fécaux recueillis à différentes échéances après l’éradication. Les résultats ont montré que les diversités alpha et bêta avaient diminué dans les deux semaines suivant l’éradication mais étaient revenues à leur niveau initial à la semaine 8 et un an plus tard. Ces résultats ne mettent en évidence qu’une perturbation à court terme du microbiote gastro-intestinal et suggèrent que le traitement d’éradication de H. pylori est globalement sûr à long terme 7.

He et al. ont rapporté des altérations du microbiote gastro-intestinal suite à l’éradication de H. pylori, après analyse du gène de l’ARNr 16S dans des échantillons de muqueuse gastrique et de selles. Ils ont observé que la diversité alpha du microbiote gastrique avait augmenté et que la diversité bêta du microbiote intestinal était significativement modifiée par rapport aux niveaux avant traitement mais ressemblait à celle des témoins sains 24 semaines après l’éradication 8.

Image

Guo et al. ont résumé les données disponibles sur les modifications du microbiote gastrique après l’éradication réussie de H. pylori. Leur revue systématique avec méta-analyse incluait neuf études portant sur 546 patients. Cette méta-analyse est la première à détailler les modifications de la diversité alpha après éradication de H. pylori. Les résultats n’ont pas mis en évidence de différences significatives au niveau de la diversité microbienne entre les différentes options thérapeutiques utilisées, à savoir quadri- ou trithérapie. Les auteurs ont observé une augmentation de la diversité alpha à court terme, qui a persisté au cours du suivi à long terme, avec une déplétion en taxa liés à H. pylori et un enrichissement en bactéries gastriques commensales fréquentes 9. Afin d’évaluer l’effet de l’éradication de H. pylori sur le microbiote intestinal, Yap et al. ont mené une étude sur 17 jeunes adultes. Ils ont séquencé la région V3-V4 du gène de l’ARNr 16S et ont analysé le microbiote intestinal avant et 18 mois après éradication de H. pylori avec un traitement par clarithromycine et métronidazole. Aucune modification significative de la diversité microbienne n’a été observée entre l’évaluation initiale et 18 mois après l’éradication 10.

Image

Les IPP sont des facteurs modulateurs majeurs du microbiote intestinal

La consommation mondiale d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) est en augmentation et ils font désormais partie des 10 médicaments les plus utilisés dans le monde 11. Ils sont utilisés en traitement de première ligne dans des affections telles que le reflux gastro-oesophagien, l’ulcère gastroduodénal, la dyspepsie et, en association avec des antibiotiques, dans le traitement des infections à H. pylori 12. Les IPP sont souvent utilisés hors des indications basées sur les preuves ou pendant une durée plus longue que celle prescrite, et leur utilisation a été associée à un risque accru d’infections dues notamment à Clostridium difficile, Salmonella spp., Shigella spp., Campylobacter spp. et d’autres agents pathogènes entériques 11.

Imhann et al. ont analysé le microbiote de 211 sujets utilisant des IPP en séquençant la région V4 du gène de l’ARNr 16S. Ils ont observé une diminution significative de la diversité alpha chez les utilisateurs d’IPP et une augmentation de l’abondance de bactéries des genres Enterococcus, Streptococcus, Staphylococcus et Veillonella (figure 2). Les genres Enterococcus et Veillonella ont été reliés à une plus grande sensibilité aux infections à Clostridium difficile 11. Si les IPP sont globalement considérés comme sûrs avec des effets indésirables relativement rares, des données suggèrent qu’ils exerceraient un impact négatif sur le microbiote intestinal.

Zhang et al. ont réalisé une méta-analyse des effets des IPP sur le microbiote intestinal humain, en analysant les données de quatre études avec séquençage d’amplicons du gène de l’ARNr 16S. Leurs résultats ont démontré un impact significatif de l’utilisation des IPP sur la diversité microbienne, une diversité alpha plus faible ayant été observée chez les utilisateurs d’IPP que chez les témoins. Ils ont mis en évidence une diminution des genres Parabacteroides, Veillonella, Bacteroides et Prevotella, ainsi que des familles Ruminococcaceae et Lachnospiraceae (figure 2) 13.

Weitsman et al. ont mené une étude sur 177 sujets utilisateurs d’IPP et témoins non-utilisateurs, appariés selon un rapport de 1/2. Ils ont analysé des échantillons de selles et, pour la première fois, des microbiotes duodénaux. Aucune différence significative de diversité alpha ou bêta n’a été retrouvée entre les utilisateurs d’IPP et les témoins. Cependant, au niveau des familles, ils ont observé chez les utilisateurs d’IPP une abondance relative plus élevée de Campylobacteraceae (phylum Proteobacteria) et une abondance relative plus faible de Clostridiaceae (phylum Firmicutes). L’analyse des selles a également révélé une réduction de Clostridiaceae et une augmentation de Streptococcaceae 14.

Image

Dans l’ensemble, ces études indiquent que les IPP affectent le microbiote humain. Il conviendra de poursuivre les investigations pour confirmer la pertinence clinique de ces résultats.

Image

Conclusion

L’estomac possèdes des conditions extrêmes pour les microorganismes vivants, et des équipes cherchent toujours à déterminer si le microbiote gastrique est persistant ou s’il s’agit simplement de micro-organismes transitoires. Malgré ses répercussions sur le plan clinique, H. pylori joue un rôle notable dans le façonnage du microbiote de l’estomac. L’éradication de H. pylori semble n’avoir qu’un impact temporaire et réversible sur la composition des microbiotes gastrique et intestinal. Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) figurent parmi les médicaments les plus consommés. Des études scientifiques indiquent que les IPP altèrent la structure du microbiote intestinal ; toutefois, la pertinence clinique de ces modifications doit faire l’objet d’investigations plus poussées.

Sources

1. Vilchez-Vargas R, Skieceviciene J, Lehr K, et al. Gut microbial similarity in twins is driven by shared environment and aging. eBioMedicine 2022; 79: 104011.

2. Hua Z, Xu L, Zhu J, et al. Helicobacter pylori infection altered gastric microbiota in patients with chronic gastritis. Front Cell Infect Microbiol 2023; 13: 1221433.

3. Schulz C, Schütte K, Koch N, et al. The active bacterial assemblages of the upper GI tract in individuals with and without Helicobacter infection. Gut 2018; 67: 216-25.

4. Miftahussurur M, Waskito LA, El‐Serag HB, et al. Gastric microbiota and Helicobacter pylori in Indonesian population. Helicobacter 2020; 25: e12695.

5. Spiegelhauer MR, Kupcinskas J, Johannesen TB, et al. Transient and persistent gastric microbiome: adherence of bacteria in gastric cancer and dyspeptic patient biopsies after washing. J Clin Med 2020; 9: 1882.

6. Klymiuk I, Bilgilier C, Stadlmann A, et al. The human gastric microbiome is predicated upon infection with Helicobacter pylori. Front Microbiol 2017; 8: 2508.

7. Liou JM, Chen CC, Chang CM, et al. Long-term changes of gut microbiota, antibiotic resistance, and metabolic parameters after Helicobacter pylori eradication: a multicentre, open-label, randomised trial. Lancet Infect Dis 2019; 19: 1109-20.

8. He C, Peng C, Wang H, et al. The eradication of Helicobacter pylori restores rather than disturbs the gastrointestinal microbiota in asymptomatic young adults. Helicobacter 2019; 24: e12590.

9. Guo Y, Cao XS, Guo GY, Zhou MG, Yu B. Effect of Helicobacter pylori eradication on human gastric microbiota: a systematic review and meta-analysis. Front Cell Infect Microbiol 2022; 12: 899248.

10. Yap TWC, Gan HM, Lee YP, et al. Helicobacter pylori eradication causes perturbation of the human gut microbiome in young adults. Plos One 2016; 11: e0151893.

11. Imhann F, Bonder MJ, Vich Vila A, et al. Proton pump inhibitors affect the gut microbiome. Gut 2016; 65: 740-8.

12. Kiecka A, Szczepanik M. Proton pump inhibitor-induced gut dysbiosis and immunomodulation: current knowledge and potential restoration by probiotics. Pharmacol Rep 2023; 75: 791-804.

13. Zhang J, Zhang C, Zhang Q, et al. Meta-analysis of the effects of proton pump inhibitors on the human gut microbiota. BMC Microbiol 2023; 23: 171.

14. Weitsman S, Celly S, Leite G, et al. Effects of proton pump inhibitors on the small bowel and stool microbiomes. Dig Dis Sci 2022; 67: 224-32.

Summary
Off
Sidebar
Off
Migrated content
Désactivé
Updated content
Désactivé
Hide image
Off
Article Intestinal

L’effet surprenant du café sur le microbiote

Un seul aliment peut-il provoquer un changement radical dans la composition du microbiote ? Oui, le café ! Celui-ci stimulerait fortement la prolifération d’une bactérie intestinale jusqu’alors peu connue selon une nouvelle étude. 1

Le microbiote intestinal L'alimentation

On connaît les vertus du café sur la santé. Mais quel est précisément son effet sur le microbiote ? 

Pour répondre à ces questions, des chercheurs des université d’Harvard (États-Unis) et de Trente (Italie) ont analysé le microbiote intestinal et la consommation de café de plus de 22 000 volontaires impliqués dans un programme de recherche anglo-américain.

Ils ont classé les participants en trois groupes : 

  • « Non-buveurs », qui consommaient moins de 3 tasses de café par mois ;
  • « Buveurs modérés », qui en buvaient entre 3 tasses par mois et 3 tasses par jour.
  • « Gros buveurs », qui en buvaient plus de 3 tasses par jour ;

Abstinents vs. addicts, pas les mêmes effets

Résultat : le microbiote des buveurs de café est clairement différent de celui des non-buveurs. L’analyse montre que 115 espèces bactériennes réagissent positivement à la boisson.

Combien de café par jour ? ²

  • 1 tasse de café filtre (200 ml) = 90 mg de caféine
  • 1 expresso (60 ml) = 80 mg de caféine
  • 1 tasse de thé noir (220 ml) = 50 mg de caféine

Une consommation excessive de caféine (présente dans le café et le thé) est associée à des problèmes cardiovasculaires, des troubles du sommeil et un retard de développement du fœtus. Quelles sont les doses sans risque ?

  • Jusqu’à 200 mg de caféine par jour, le café est sans risque chez l’ensemble des adultes en bonne santé (jusqu’à 400 mg si la consommation est étalée sur la journée, sauf pour les femmes enceintes).
  • A partir de 100 mg de caféine par jour, il peut y avoir un impact sur le sommeil.

Fait surprenant : Lawsonibacter asaccharolyticus, une souche bactérienne du microbiote peu étudiée jusqu’à présent, est le microorganisme qui est le plus fortement lié à la consommation de café. Selon les calculs des scientifiques, son niveau est 4,5 à 8 fois plus élevé dans le microbiote des « gros buveurs » que dans celui des « non-buveurs » et 3,4 à 6,4 fois plus élevé chez les « buveurs modérés » que chez les « non-buveurs ».

En analysant un autre jeu de données sur plusieurs milliers de personnes vivant dans 25 pays différents, les chercheurs confirment que la présence de L. asaccharolyticus est bien associée à la consommation de café, et donc que cette association existe, quel que soit le pays ou le mode de vie.

Les vertus du café, médiées par le microbiote ?

S’il y a un aliment dont les effets bénéfiques sont démontrés, c’est bien le café. Les études indiquent qu’une consommation régulière est associée à un risque plus faible :

  • de diabète
  • de cancer 
  • de maladie du foie gras
  • de maladies cardio-vasculaires
  • de mortalité toutes causes confondues

Son secret ? Sa teneur en polyphénols, notamment en acide chlorogénique un antioxydant présent en grande quantité dans la boisson. Cette molécule est susceptible d’être dégradée et transformée par les bactéries intestinales en de multiples métabolites potentiellement bénéfiques. Le microbiote pourrait donc être un médiateur des effets bénéfiques du café sur la santé.

Dans une précédente étude menée sur 1000 individus, les mêmes scientifiques avaient montré que, parmi 150 aliments, le café était de loin celui qui a l’impact le plus important sur la composition du microbiote intestinal.

La caféine hors de cause

Afin de vérifier que la croissance exceptionnelle de L. asaccharolyticus est directement liée au café, les scientifiques ont ensuite cultivé la bactérie in vitro, dans des milieux de culture additionnés ou non du café. Leurs résultats confirment que la bactérie se développe plus rapidement en présence de café… même quand celui-ci est décaféiné, ce qui met la caféine hors de jeu.

Il se pourrait en fait que l’acide chlorogénique, un polyphénol du café supposé contribuer à ses effets bénéfiques, soit en cause dans la stimulation des L. asaccharolyticus. Ce dernier est métabolisé par les bactéries du microbiote en diverses molécules, notamment en acide quinique. Or, les chercheurs ont trouvé plus d’acide quinique dans le sang de ceux qui avaient les taux de L. asaccharolyticus plus élevés.

Prochaine étape pour les chercheurs : déterminer si d’autres aliments que le café stimulent spécifiquement des bactéries bénéfiques déjà connues. Grâce à des tests permettant de révéler la présence ou l’absence de certaines bactéries associées à un aliment, il serait possible de concevoir des régimes personnalisés. 3

Summary
Off
Sidebar
On
Migrated content
Désactivé
Updated content
Désactivé
Hide image
Off
Actualités

L’effet anti-dépression des agrumes : une histoire de bactéries intestinales ?

La consommation d'agrumes pourrait réduire de 22 % le risque de dépression, via l'axe intestin-cerveau. Les flavonoïdes des agrumes favoriseraient des bactéries bénéfiques, comme Faecalibacterium prausnitzii, produisant un métabolite améliorant la disponibilité de la sérotonine et la dopamine.

La dépression, qui toucherait plus de 280 millions de personnes dans le monde, reste difficile à prendre en charge : 70 % des patients ne répondent pas aux antidépresseurs voire développent des effets secondaires. D’où l’urgence d’identifier des causes modifiables et de développer de nouvelles thérapies.

Le régime méditerranéen ayant montré des effets bénéfiques sur la dépression, des chercheurs se sont penchés sur l’axe intestin-cerveau. Et plus précisément sur l'interaction entre la consommation d'agrumes, le microbiote intestinal et le risque de dépression chez 32 427 femmes issues de la cohorte d’infirmières anglaises Nurses’ Health Study II (NHSII)1

Plus d’agrumes, moins de dépression

Entre 2003 et 2017, 2 173 cas de dépression ont été observés chez 32 427 femmes de la NHSII. Au regard de leurs consommations alimentaires, les chercheurs 2 montrent que les plus grosses consommatrices d’agrumes (vs quintile des plus petits consommatrices) affichent un risque de dépression réduit de 22%, après ajustement.

Ce lien serait spécifique des agrumes : aucune association significative n'a été trouvée entre la dépression et la consommation totale de fruits, de légumes, de pommes ni de bananes.

Quels composants des agrumes expliqueraient leur effet anti-dépression ? A priori, seuls la naringénine et la formononetine, deux flavonoïdes notamment présents dans le jus et la peau des agrumes, seraient impliqués. La médiatique vitamine C serait quant à elle sans lien.

Femmes Le trouble dépressif touche davantage les femmes que les hommes. ²

70 % des patients souffrant de dépression ne répondent pas au traitement initial par antidépresseurs et/ou développent des effets secondaires. ³

35 % Les régimes de type méditerranéen ont été associés à une réduction de près de 35 % du risque de dépression.. ³

Les mécanismes en jeu

L’analyse du microbiote de 207 femmes de la NHSII ayant participé à la sous-étude Mind-Body Study 4 dédiée à la santé mentale, a permis aux chercheurs de montrer que la consommation d'agrumes favorise la présence de bactéries bénéfiques, dont Faecalibacterium prausnitzii, une bactérie sous-représentée chez les dépressifs, et réduit la présence de quelques bactéries pro-inflammatoire 3.

Cette corrélation a été confirmée par les chercheurs dans une cohorte d’hommes (Men’s Lifestyle Validation Study). Restait à comprendre le lien entre cette bactérie et le cerveau.

Restait à comprendre le lien entre cette bactérie et le cerveau. Les travaux de l’équipe suggèrent que F. prausnitzii produit un métabolite appelé S-Adenosyl-L-méthionine (ou SAM). Ce dernier réduirait l'expression de la monoamine oxydase A (MAOA) dans le côlon, une enzyme jouant un rôle crucial dans la dégradation de neurotransmetteurs comme la sérotonine et la dopamine.

Ainsi, il est possible que la production de SAM par F. prausnitzii conduise à une plus grande disponibilité des neurotransmetteurs (en réduisant l’expression de la monoamine oxydase A qui les dégrade), ce qui pourrait ensuite moduler l'activité du nerf vague.

Summary
Off
Sidebar
On
Migrated content
Désactivé
Updated content
Désactivé
Hide image
Off
Actualités Médecine générale

Agrumes et bactéries : le cocktail naturel contre la dépression

Manger des agrumes pourrait réduire de 22 % le risque de dépression. Les flavonoïdes présents dans ces fruits favoriseraient certaines bonnes bactéries intestinales, qui augmenteraient la disponibilité de substances essentielles au bien-être, comme la sérotonine et la dopamine.

Le microbiote intestinal Santé mentale L'alimentation

Tristesse persistante, perte durable de la capacité à éprouver de l’intérêt ou du plaisir pour les activités qui en procuraient auparavant : les troubles dépressifs, également regroupés sous le terme de « dépression », sont des troubles mentaux courants qui toucheraient plus de 280 millions de personnes à travers le monde. Souvent, les traitements traditionnels comme les antidépresseurs n’ont pas l’effet espéré. Certains patients voient même leurs symptômes s’aggraver ou rencontrent des effets secondaires indésirables.

Et si la solution contre le blues se trouvait non pas dans une pilule, mais... dans une coupe de fruits ? Une étude récente 1 suggère que les oranges, citrons, clémentines, pamplemousses et autres agrumes pourraient avoir un effet anti-dépression.

35% Les régimes de type méditerranéen ont été associés à une réduction de près de 35 % du risque de dépression. ¹

70% des patients souffrant de dépression ne répondent pas au traitement initial par antidépresseurs et/ou développent des effets secondaires. ¹

22 % de dépression en moins

Telle est la découverte d’une équipe de chercheurs qui s’est penchée sur l’impact de la consommation d’agrumes sur la dépression en reprenant les données de plus de 32 000 femmes d’une cohorte américaine suivies pendant 14 ans. Leur découverte ? Une consommation plus élevée d’agrumes était associée à une réduction de 22 % du risque de dépression.

Women

Depression is more common among women than men. ²

Les 20 % de femmes qui mangeaient le plus d’agrumes avaient bien moins de chances de sombrer dans une dépression clinique. Comment expliquer un tel effet ? Via notre microbiote intestinal, cet ensemble de bactéries et autres micro-organismes qui colonisent notre intestin, répondent les chercheurs.

Un microbiote aux petits soins

Il semble ainsi que ce petit monde qui peuple notre tube digestif joue (aussi !) un rôle crucial dans notre bien-être mental. Et ce, via ce que les scientifiques appellent l’axe intestin-cerveau. Comment ? Les flavonoïdes, des substances naturelles que l’on trouve dans les agrumes, seraient capables de moduler notre flore intestinale, en particulier en favorisant la croissance de Faecalibacterium prausnitzii. Cette bactérie serait capable de fabriquer une molécule appelée SAM (pour S-Adenosyl-L-méthionine).

L’axe intestin-cerveau : Quel est le rôle du microbiote ?

En savoir plus

Et c’est là que ça devient intéressant : ce SAM aiderait à réduire l’activité d’une enzyme qui dégrade les fameuses « hormones du bonheur », en l’occurrence la sérotonine et la dopamine. Plus d’agrumes et de F. prausnitzii, moins d’enzyme qui détruit, plus de neurotransmetteurs à disposition… et donc un cerveau plus heureux ! 

Le message de l’étude est donc clair : manger davantage d’agrumes pourrait réduire le risque de dépression. La prochaine fois que vous vous régalerez d’une orange, pensez qu’elle vous aide peut-être à voir la vie… en rose !

Summary
Off
Sidebar
On
Migrated content
Désactivé
Updated content
Désactivé
Hide image
Off
Actualités