Vésicules bactériennes : le FedEx des bactéries vaginales

Une étude décrypte comment certaines bactéries vaginales peuvent altérer l'environnement cervico-vaginal et impacter négativement la reproduction. Leur outil : des vésicules de transport de protéines.

C’est une des spécificités du microbiote vaginal : il est équilibré lorsqu’il est largement dominé par Lactobacillus crispatus. En revanche, sa colonisation par des bactéries anaérobies telles que Gardnerella vaginalis et Mobiluncus mulieris est associée à un risque accru d'IST, de vaginose bactérienne et de naissance prématurée. Les mécanismes en jeu restent néanmoins flous, même si la littérature évoque la possible production par certaines bactéries de vésicules extracellulaires. Ce mécanisme serait-il à l’œuvre dans l’appareil reproducteur ? Telle est l’hypothèse 1 émise et validée par l’équipe du Professeur Michal A. Elovitz de l’Icahn School of Medicine du Mount Sinai 2 à New York, qui se sont penchés, in vitro, sur les vésicules extracellulaires produites par la bénéfique L. crispatus et les délétères G. vaginalis et M. mulieris. 

Des vésicules riches en protéines d'intérêt

Après avoir observé, par microscopie électronique, la présence effective de vésicules de 90 à 420 nm de diamètre dans des milieux de culture, l’équipe a analysé leur contenu. Les vésicules produites par G. vaginalis, M. mulieris et L. crispatus contenaient respectivement 491, 336 et 247 protéines bactériennes. Plusieurs d’entre elles présentaient un intérêt fonctionnel : la cargaison de G. vaginalis était riche en vaginolysine, une toxine capable d'induire des lyses cellulaires dans les cellules épithéliales cervico-vaginales et très présente en cas de vaginose bactérienne ; celle de M. mulieris contenait des protéines capables de stimuler la réponse immunitaire tandis que plusieurs protéines des vésicules de L. crispatus protègent la barrière épithéliale.

De plus, ces vésicules bactériennes s’internalisaient rapidement (1 à 4 heures) dans les cellules épithéliales cervicales et vaginales. Ne restait plus qu’à déterminer leurs effets. 

Une réponse immunitaire multicytokine

L’exposition de cellules épithéliales cervicales et vaginales aux contenus des vésicules bactériennes de G. vaginalis et M. mulieris induisait une réponse immunitaire dose-dépendante. La réponse des cellules endocervicales était plus prononcée que celle cellules ectocervicales. En revanche, L. crispatus n'induisait aucune surexpression significative de cytokine.  

Ainsi, les cellules épithéliales cervicales et vaginales expriment une réponse multi-cytokines lorsqu'elles sont exposées aux vésicules de G. vaginalis et M. mulieris mais pas de L. crispatus. Cette réponse immunitaire se révèle médiée par les voies de signalisation activées par le  (sidenote: Récepteur TLR2 Récepteur de la membrane cellulaire de type Toll (reconnaissance de motifs moléculaires), codé par le gène TLR2 et intervenant dans la reconnaissance de différents pathogènes, notamment les bactéries, les virus, les champignons et les parasites. Source : Oliveira-Nascimento L, Massari P, Wetzler LM. The Role of TLR2 in Infection and Immunity. Front Immunol. 2012 Apr 18;3:79.  ) .

Ainsi, les bactéries exerceraient donc leur action, délétère ou bénéfique, sur la santé reproductive via des vésicules extracellulaires bactériennes : celles-ci joueraient un rôle de coursier en fournissant une protection aux protéines bactériennes le temps de leur transport puis en les livrant aux cellules épithéliales et en induisant, in fine, une réponse immunitaire de l'hôte.

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Actualités Gynécologie

Un microbiote intestinal restructuré et des kilos en moins : les supers pouvoirs de l’amidon résistant !

Une étude vient de montrer que l’amidon résistant induit des modifications de la structure du microbiote intestinal propices à la perte de poids et bénéfiques pour la santé. Une complémentation de 40 g/jour a permis aux volontaires de perdre près de 3 kilos en 2 mois, sans régime !

Le microbiote intestinal

Cela pourrait être un énième numéro « Spécial printemps » d’un magazine féminin vantant les mérites du dernier régime à la mode… Or ici ce sont les résultats provenant d’une étude particulièrement rigoureuse publiée dans la Nature Metabolism 1 qui suscite l’intérêt et présente les potentiels bénéfices de l’amidon résistant sur le poids. En modulant la structure de notre microbiote intestinal, cette fibre alimentaire – présente dans les légumineuses, les céréales ou la banane verte – pourrait bien nous aider à nous délester de nos kilos superflus et à améliorer votre santé. On épluche les résultats en détail…

Zéro régime et plusieurs kilos perdus

Les chercheurs ont recruté 22 hommes et 15 femmes en surpoids ( (sidenote: Indice de Masse Corporelle (IMC) L'Indice de Masse Corporelle évalue la corpulence d’un individu en estimant la masse grasse du corps calculée par un rapport entre le poids (kg) et le carré de la taille (m2). https://www.nhlbi.nih.gov/health/educational/lose_wt/BMI/bmicalc.htm https://www.euro.who.int/en/health-topics/disease-prevention/nutrition/a-healthy-lifestyle/body-mass-index-bmi )  > 24) ayant une alimentation équilibrée normale (non hypocalorique), qu’ils ont supplémentés soit en amidon résistant, soit en amidon « normal » placebo (lire encadré). Ils ont mesuré l’évolution de leur IMC, de leur microbiote intestinal ainsi que divers paramètres métaboliques.

Les résultats indiquent d’abord que la prise quotidienne de 40 g d’amidon durant 2 mois est associée à une perte de poids de 2,8 kg en moyenne, avec notamment :

  • une diminution de la graisse viscérale, la plus risquée en termes de risque cardio-vasculaire ;
  • une amélioration de la sensibilité à l’insuline et de la tolérance au glucose, des facteurs protecteurs contre le diabète.

Aucun de ces effets n’était retrouvé avec l’amidon placebo.

La Rolls des études scientifiques

Cette étude est un « essai croisé randomisé en double aveugle contre placebo », une méthode scientifique parmi les plus rigoureuses en recherche médicale. Les participants ont été répartis au hasard en deux groupes : 

  • Un premier dans lequel les volontaires ont, durant 8 semaines, consommé 40 g/jour d’amidon résistant (avant les repas), puis ont fait une pause durant 4 semaines, puis ont consommé une quantité équivalente d’amidon placebo durant 8 semaines. 
  • Un second qui a fait l’inverse : 8 semaines d’amidon placebo, 4 semaines de pause, 8 semaines d’amidon résistant. 

Afin de supprimer tout facteur humain susceptible d’influencer les résultats, ni les chercheurs ni les participants ne connaissaient la nature des amidons.

Tout passe par le microbiote intestinal !

Les analyses indiquent que l’amidon résistant a entraîné un véritable remodelage de la structure des microbiotes intestinaux des volontaires, avec une augmentation de plusieurs souches bactériennes, notamment de Bifidobacterium adolescentis. Les calculs des chercheurs montrent que l’abondance de cette dernière est fortement corrélée à la diminution de l’IMC et de la graisse viscérale.

En transférant le microbiote fécal de volontaires ayant consommé de l’amidon résistant à des souris (sidenote: Transplantation de microbiote fécal (TMF) Procédure thérapeutique visant à restaurer le microbiote intestinal en transférant des bactéries fécales d'un donneur sain à un receveur Approfondir https://www.science.org/doi/10.1126/scitranslmed.abo2750 ) , les chercheurs ont retrouvé le même type d’effets sur le poids et la sensibilité à l’insuline. Et les mêmes effets ont été obtenus en complémentant des souris avec la bacterie bénéfique identifiée B. adolescentis. 

Ceci renforce l’hypothèse selon laquelle les changements induits par l’amidon résistant au niveau du microbiote intestinal sont responsables de ses effets bénéfiques.
 

L’amidon résistant, c’est quoi ?

L’amidon est la forme sous laquelle les plantes (riz, pomme de terre, blé, maïs…) stockent les glucides. L’amidon résistant est, lui, une fraction de l’amidon qui n’est pas dégradée par nos enzymes digestives et qui arrive donc intacte dans le côlon. Il est fermenté par les bactéries du microbiote qui libèrent en retour différentes substances bénéfiques, notamment des acides gras à chaînes courtes (sidenote: Acides Gras à Chaîne Courte (AGCC) Les acides gras à chaîne courte sont une source d’énergie (carburant) des cellules de l’individu, ils interagissent avec le système immunitaire et sont impliqués dans la communication entre l’intestin et le cerveau. Silva YP, Bernardi A, Frozza RL. The Role of Short-Chain Fatty Acids From Gut Microbiota in Gut-Brain Communication. Front Endocrinol (Lausanne). 2020;11:25. ) . 2 Avoine, riz, sorgho, orge, haricots et les légumineuses ou encore les bananes vertes fournissent de grandes quantités de fibres et d’amidon résistant. 3
La cuisson diminue la teneur en amidon résistant des aliments, mais le refroidissement (riz ou pomme de terre en salade par exemple) contribue à la rétablir. 2

Plusieurs voies métaboliques mises en jeu

Les modifications du microbiote intestinal ont notamment permis :

  • d’influencer le métabolisme des acides biliaires : ceci a augmenté la production de certains acides biliaires dits « secondaires » capables d’agir sur des récepteurs cellulaires impliqués dans la régulation du glucose et des lipides ;
  • de réduire l’inflammation, ceci grâce à la restauration de la barrière intestinale (on sait que l’inflammation de bas grade est impliquée dans l’obésité et la résistance à l’insuline) ; 
  • d’inhiber l’absorption des lipides alimentaires.

Ces résultats doivent être confirmés par une étude de plus grande ampleur. Mais ils suggèrent qu’augmenter la teneur en amidon résistant de son alimentation est une stratégie à la fois simple et puissante pour perdre du poids… ou éviter d’en reprendre après un régime !

Le microbiote intestinal

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Dyspepsie fonctionnelle : un nom compliqué pour un trouble digestif commun

Le nom est barbare et pourtant, ce trouble digestif est très courant, avec des douleurs et/ou un inconfort centré sur l’estomac. Pour en venir à bout, une modulation du microbiote intestinal, via des probiotiques, semble représenter une solution à la fois efficace et pertinente.

Le microbiote intestinal

Dyspepsie fonctionnelle : un nom barbare pour une maladie que vous connaissez certainement, car elle touche pratiquement 1 personne sur 10, notamment les femmes, les fumeurs et les consommateurs d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène). La dyspepsie fonctionnelle désigne en effet un trouble digestif fréquent, caractérisé par une douleur ou un inconfort chronique centrés sur la région de l’estomac.

Les symptômes sont en général décrits comme une sensation désagréable d’un estomac trop plein après un repas (non pantagruélique !), ou l’impression d’être rassasié alors que l’on commence seulement à manger, ou des douleurs et/ou brûlures au creux de l’estomac. Et ce, depuis des semaines.

250 à 400 m2 Le système digestif humain est la plus grande surface d’échange du corps.

98 % Protéobactéries, Firmicutes, Actinobactéries et Bacteroidetes représentant plus de 98 % du microbiote intestinal total chez les individus en bonne santé.

De la dysbiose à la dyspepsie

Si les causes, multiples, et les mécanismes de la dyspepsie fonctionnelle sont encore mal connus, le microbiote intestinal est pointé du doigt. A commencer par la bactérie Helicobacter pylori qui s’installe parfois dans l’estomac : elle semble largement contribuer au développement et à la progression de la dyspepsie fonctionnelle, sans doute via une inflammation de la muqueuse gastro-intestinale et des perturbations de la motilité intestinale.

40 % Plus de 40 % des patients dans le monde souffrent de troubles gastro-intestinaux fonctionnels, parmi lesquels la dyspepsie fonctionnelle est l’un des plus courants.

3 à 5 % La dyspepsie fonctionnelle représente 3 à 5 % des visites de médecins généralistes.

Plus généralement, tout le microbiote intestinal serait impliqué. Et ce, directement (un déséquilibre en composition et abondance pourrait entraîner un dysfonctionnement) et via les métabolites produits par les bactéries, qui agissent de manière protectrice (par exemple les (sidenote: Acides Gras à Chaîne Courte (AGCC) Les acides gras à chaîne courte sont une source d’énergie (carburant) des cellules de l’individu, ils interagissent avec le système immunitaire et sont impliqués dans la communication entre l’intestin et le cerveau. Silva YP, Bernardi A, Frozza RL. The Role of Short-Chain Fatty Acids From Gut Microbiota in Gut-Brain Communication. Front Endocrinol (Lausanne). 2020;11:25. ) produits par les Firmicutes) ou délétère (sphingolipides pro-inflammatoires produits par les Bacteroidetes et Prevotellacae) sur l’hôte. 

2/3 des personnes touchées par la dyspepsie fonctionnelle souffrent de symptômes persistants et irréguliers qui peuvent affecter leur qualité de vie et même leur bien-être psychologique.

8 fois Les patients atteints de dyspepsie fonctionnelle présentent un risque environ 8 fois plus élevé de syndrome du côlon irritable par rapport à la population générale.

Soigner via le microbiote

Conséquence directe de l’implication du microbiote gastrointestinal dans la dyspepsie fonctionnelle : la recherche de solutions pour remettre sur pied ce microbiote, et par là même son hôte (le patient). Les chercheurs 1 ont conduit plusieurs essais sur des patients qui semblent montrer que les probiotiques pourraient largement améliorer les symptômes en rééquilibrant la flore intestinale.

Autre approche, un peu plus agressive : les antibiotiques large spectre qui éliminent les bactéries indésirables. Ce coup de Karcher se montre très efficace, notamment chez les femmes, mais engendre pas mal de dommages collatéraux chez les bonnes bactéries. D’où la poursuite de la recherche pour mieux comprendre les mécanismes en jeu pour proposer des méthodes diagnostiques et des traitements ciblés et efficaces.

Le microbiote intestinal

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Dyspepsie fonctionnelle : le microbiote intestinal largement mis en cause

Motif très fréquent de consultation, la dyspepsie fonctionnelle est souvent prise en charge via des antibiotiques. Une revue récente 1 met en avant les promesses d’une solution moins agressive : la modulation du microbiote.

Sensation pesante sur l'estomac après le repas, satiété trop précoce au cours d'un repas, brûlures épigastriques… : tels sont quelques-uns des symptômes invalidants de la dyspepsie fonctionnelle (DF), un trouble fréquent du tractus gastro-intestinal qui donne lieu à de nombreuses consultations médicales. Il faut dire que sa prévalence est élevée, estimée à 7,2 % dans le monde. Les femmes, les fumeurs et les patients prenant des anti-inflammatoires non stéroïdiens sont particulièrement exposés. Le microbiote intestinal pourrait être impliqué.

250 à 400 m2 Le système digestif humain est la plus grande surface d’échange du corps.

98 % Protéobactéries, Firmicutes, Actinobactéries et Bacteroidetes représentant plus de 98 % du microbiote intestinal total chez les individus en bonne santé.

De la dysbiose à la dyspepsie

Le tractus gastro-intestinal héberge un microbiote d’abondance croissante de l’estomac (non stérile) au colon : Protéobactéries, Firmicutes, Actinobactéries et Bacteroidetes représentent plus de 98 % du microbiote intestinal chez les individus sains. Une communauté microbienne largement impliquée dans la santé digestive : préservation de l’intégrité de la barrière intestinale, modulation du système immunitaire de la muqueuse, etc.

Parfois, l’équilibre de cette communauté est mis à mal et devient dysbiotique : la présence stomacale de Helicobacter pylori semble contribuer au développement et à la progression de la DF ; une dysbiose duodénale (hausse de Steptococcus, Firmicutes, Bacteroides, Proteobactéria ; baisse de Prevotella, Veillonella, Leptotrichia, Actinomyces, Neisseria, Porphyromonas) semble corrélée à la DF.

40 % Plus de 40 % des patients dans le monde souffrent de troubles gastro-intestinaux fonctionnels, parmi lesquels la dyspepsie fonctionnelle est l’un des plus courants.

3 à 5 % La dyspepsie fonctionnelle représente 3 à 5 % des visites de médecins généralistes.

Le microbiote intestinal serait doublement impliqué, directement (un déséquilibre en composition et abondance pourrait entraîner un dysfonctionnement intestinal) et via les métabolites bactériens produits qui agissent de manière bénéfique (par exemple les acides gras à chaîne courte produits par les Firmicutes) ou délétère (sphingolipides pro-inflammatoires produits par les Bacteroidetes et Prevotellaceae) sur l’hôte. 

2/3 des personnes touchées par la dyspepsie fonctionnelle souffrent de symptômes persistants et irréguliers qui peuvent affecter leur qualité de vie et même leur bien-être psychologique.

8 fois Les patients atteints de dyspepsie fonctionnelle présentent un risque environ 8 fois plus élevé de syndrome du côlon irritable par rapport à la population générale.

Soigner via le microbiote intestinal

La modulation du microbiote intestinal représente donc une approche thérapeutique largement envisagée. Plusieurs essais cliniques en soulignent le potentiel : une association de souches probiotiques appartenant à certaines espèces de Bacillus (Bacillus coagulans, Bacillus clausii et Bacillus subtilis) améliore certains symptômes (éructations, reflux, ballonnements) ; idem avec un probiotique associant Bacillus coagulans MY01 et Bacillus subtilis. Un yaourt enrichi en probiotique (Lactobacillus gasseri) ne modifie pas les symptômes déclarés par les patients, mais diminue leur fréquence (17,3 % vs 35,2 % dans le groupe placebo).

Pour autant, une meilleure compréhension des mécanismes en jeu permettrait de proposer des méthodes diagnostiques et des traitements plus ciblés – basés notamment sur le microbiote intestinal –, et tout aussi efficaces.

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Actualités Gastroentérologie

Diarrhées parasitaires : le microbiote, élément clé du pronostic ?

Les diarrhées infectieuses peuvent être provoquées par une bactérie (diarrhée bactérienne), un parasite (diarrhée parasitaire) ou un virus (diarrhée virale). Dans les diarrhées parasitaires, les responsables peuvent être de petits micro-organismes comme Giardia intestinalis (responsable de la giardiase) ou Entamoeba histolytica (qui déclenche la redoutée amibiase), ou des vers dont le plus célèbre est incontestablement Ascaris lumbricoides. Tous les individus ne réagissent pas de la même manière en cas d’infection parasitaire : alors que la majorité d’entre nous ne développe pas le moindre symptôme, d'autres souffrent de diarrhées parfois sévères, voire mortelles. Le microbiote intestinal est de plus en plus souvent cité comme un facteur clé pour expliquer cette variabilité.

Le microbiote intestinal Diarrhée du voyageur Diarrhée associée aux antibiotiques

Qu’appelle-t-on une diarrhée parasitaire ? 

On parle de diarrhée lors de l’émission d’au moins trois selles molles ou liquides par jour, et de diarrhée infectieuse lorsque cette diarrhée a pour origine une infection par un agent pathogène (virus, bactérie, ou parasite). 1-3  Si le pathogène est un parasite, la diarrhée est dite « parasitaire ».

Diarrhée Virale, bactérienne, parasitaire, ne pas les confondre

Dans la grande famille des diarrhées, s’il existe quelques cas non infectieux (par exemple en cas de maladie digestive comme la maladie de Crohn), la grande majorité est causée par une infection par un pathogène. Selon le pathogène en jeu, on parlera de :

• diarrhée virale si le fautif est un virus (le rotavirus par exemple, qui touche nombre de nourrissons) ;

• diarrhée bactérienne si une bactérie est en cause (Vibrio cholerae par exemple, responsable des épidémies de choléra)

• diarrhée parasitaire si un parasite en est à l’origine (par exemple : le mini-parasite composé d’une seule cellule Giardia intestinalis, responsable de la maladie appelée giardiase redoutée des touristes ; ou encore le ver appelé ascaris redoutée des mamans de jeunes enfants).

Enfin, la diarrhée peut aussi être un effet secondaire fréquent (jusqu’à 35 % des patients 4,5) d’un traitement antibiotique. On parle alors de de diarrhée associée aux antibiotiques.

Quels sont les parasites responsables ?

Les parasites intestinaux peuvent être classés en deux grandes catégories 6-8 :

  • les protozoaires, des organismes constitués d’une seule cellule et mesurant moins d’un millimètre, au premier rang desquels Giardia intestinalis (responsable de la giardiase), Entamoeba histolytica (qui déclenche la redoutée amibiase), Cyclospora cayetanenensis (cyclosporose) et Cryptosporidium spp (cryptosporidiose),
  • et les helminthes, organismes constitués de plusieurs cellules, plus connus sous le nom de vers, dont le plus célèbre représentant est incontestablement Ascaris lumbricoides.

Les infections par ces 2 types de parasites sont courantes : 350 millions de personnes seraient infectées par les 3 protozoaires les plus courants et 895 millions par des helminthes transmis par le sol. La mondialisation de l'alimentation, les voyages internationaux et les vagues migratoires ont rendu les infections par protozoaires plus fréquentes en Occident que les infections par des vers. 6

Comment un parasite peut-il déclencher une diarrhée parasitaire aiguë ?

Dans la diarrhée parasitaire, comme dans la diarrhée infectieuse en général, tout commence par la confrontation entre un pathogène (ici un parasite), transmis en général par un aliment contaminé ou de l’eau souillée, et l'hôte (notre organisme). Mais l’infection parasitaire ne rime pas forcément avec des symptômes comme la diarrhée : les infections par le protozoaire Entamoeba histolytica sont généralement asymptomatiques, mais peuvent provoquer une maladie invasive du gros intestin chez les patients immunodéprimés. 7 Même chose dans le cas des vers : une faible infestation passe souvent inaperçue, tandis qu’une très forte présence de vers peut provoquer toute une série de symptômes, jusqu’à des troubles de la croissance et du développement physique, car les vers se nourrissent des tissus de l'hôte, provoquant des pertes de sang intestinales et entravant l'absorption des nutriments. 8,9 

Chaque parasite a ses petites habitudes 7 :

  • côté protozoaires, Giardia intestinalis infecte la partie supérieure de l'intestin grêle et peut provoquer, 6 à 15 jours après l'infection, une diarrhée aiguë très liquide, tandis que Entamoeba histolytica s’attaque au gros intestin et peut induire une diarrhée sanglante avec du mucus ;
  • le ver Ascaris lumbricoides nous contamine par l’ingestion de ses œufs présents sur des aliments (fruits et légumes) mal lavés ou dans de l’eau souillée ; ces œufs libèrent des larves dans le tube digestif ; les larves traversent la paroi digestive et gagnent les poumons par voie sanguine où elles peuvent provoquer les premiers symptômes (phase pulmonaire précoce). Mais l’histoire ne s’arrête pas là : les larves escaladent la trachée jusqu’à l’œsophage et se laissent glisser dans l’œsophage puis le tube digestif, où elles se transformeront en vers adultes (phase intestinale tardive, avec des diarrhées, de légères douleurs abdominales, une anorexie, des nausées et des vomissements) qui pondront des œufs éliminés dans les selles.

Comment prévenir la diarrhée parasitaire ?

La prévention repose avant tout sur des conseils d’hygiène valables pour toute diarrhée infectieuse (voir encadré). 

Une autre piste s’inspire d’une observation : nous ne sommes pas tous égaux face aux parasites, certains ne manifestant pas le moindre symptôme tandis que d’autres souffriront d’une diarrhée aiguë. Le microbiote intestinal pourrait expliquer cette variabilité clinique : par exemple, au Bengladesh, la faible abondance de la bactérie Megasphaera avant et au moment de la détection du parasite Cryptosporidium a été associée à une diarrhée parasitaire chez des nourrissons, ce qui suggère que le microbiote intestinal peut jouer un rôle dans la gravité de la cryptosporidiose. 10

En ce qui concerne les helminthes, les liens entre ces vers et le microbiote intestinal font aussi l’objet de nombreuses études : il existerait en effet des interactions complexes entre les deux, mais aussi avec l’immunité de l’hôte. D’ailleurs, les vers intestinaux ne sont pas forcément à éviter : à petite dose, ils pourraient avoir des effets bénéfiques sur la santé, comme la résistance à d'autres pathogènes du système digestif voire la prévention des maladies allergiques. 11

Prévenir les diarrhées par des gestes d’hygiène

La prévention des diarrhées infectieuses, qu’elles soient causées par une bactérie, un virus ou un parasite, passe avant tout par des mesures d’hygiène :

  • lavage soigneux et fréquent des mains (en sortant des toilettes, avant de manger…),
  • lavage des plans de travail des cuisines,
  • utilisation d’eau salubre,
  • distanciation avec les personnes malades….

La contamination de l’eau par des matières fécales étant responsable d’une large part de ces infections, les diarrhées infectieuses sont plus fréquentes en cas de pénuries d’eau salubre (pays à faibles revenus, camps de fortune, installations précaires suite à un tremblement de terre, etc.).

Comment prendre en charge la diarrhée parasitaire ?

Comme toute diarrhée, la diarrhée parasitaire expose avant tout au risque de déshydratation chez les plus jeunes, les personnes âgées et les patients dont les défenses immunitaires sont affaiblies. La prise en charge repose donc en premier lieu sur un traitement des symptômes à savoir une lutte contre la perte d’eau et d’électrolytes (ions sodium, potassium et chlorure) :

  • par voie orale (avec des solutés de réhydratation orale, les fameux SRO) 
  • ou par voie veineuse dans les cas les plus sérieux.

Lorsqu’un professionnel de santé suspecte qu’une infection parasitaire pourrait être à l’origine de cette diarrhée (par exemple dans le cas d’un retour de voyage sous les tropiques), il demande en général un examen des selles, afin d’y identifier un éventuel parasite. Mais tout n’est pas si simple : le parasite n’est pas forcément présent dans toutes les selles (ce qui peut nécessiter plusieurs prélèvements), et la présence d’une petite quantité de parasite ne signifie pas forcément qu’on a trouvé le bon responsable. Au final, les infections parasitaires comme la giardiase peuvent être difficiles à diagnostiquer, et la décision de traitement repose aussi sur les antécédents et symptômes du patients. 12

Lorsqu’une infection par des vers ne fait pas de doute, des professionnels de santé peuvent prescrire des médicaments sûrs et efficaces, tels que l'albendazole ou le mébendazole. 9 Ces médicaments sont souvent distribués dans le cadre de campagnes de vermifugation, ciblant particulièrement les enfants et les femmes en âge de procréer (15-49 ans) dans les zones endémiques. 8

Que retenir à propos de la diarrhée infectieuse parasitaire ?

  • On parle de diarrhée lors de l’émission d’au moins trois selles molles ou liquides par jour, et de diarrhée infectieuse lorsque cette diarrhée a pour origine une infection par un agent pathogène (virus, bactérie, parasite). La diarrhée, du fait de la déshydratation qui en découle, était responsable de 1,6 million de décès en 2016, notamment chez des enfants malnutris ou immunodéprimés ou des personnes vivant avec le VIH. 1-3
  • En cas d’infection par un parasite, la diarrhée est dite « parasitaire ». Les parasites intestinaux sont de 2 types : les protozoaires mesurant moins d’un mm, au premier rang desquels Giardia intestinalis, responsable de la giardiase, et Entamoeba histolytica qui déclenche la redoutée amibiase ; les helminthes, plus connus sous le nom de vers, dont le plus célèbre représentant est incontestablement l’ascaris 6-8
  • Dans une grande majorité des cas, la présence de parasites digestifs est asymptomatique et sans gravité, voire bénéfique (immunité). Parfois, elle déclenche une diarrhée dont les caractéristiques (présence de sang, présence de glaires, forte présence de liquide…) dépendent du parasite. 7
  • La prévention des diarrhées parasitaires repose avant tout sur des règles d’hygiène (lavage et cuisson des aliments, lavage des mains) et sur un développement de l’accès à l’eau potable. Le microbiote est également l’objet de nombreuses études, car il pourrait expliquer la variabilité des symptômes et de la gravité d’un individu à l’autre. 10
  • La prise en charge des diarrhées parasitaires repose sur une lutte contre la déshydratation. Si le parasite est identifié, la prescription de médicaments peut être envisagée. 9 Des campagnes de vermifugation systématique sont également proposées. 8

Dans les coulisses de la diarrhée infectieuse : le rôle du microbiote

En savoir plus
Sources

1. WHO Fact Sheet 2024

2. Iancu MA, Profir M, Roşu OA, Ionescu RF, Cretoiu SM, Gaspar BS. Revisiting the Intestinal Microbiome and Its Role in Diarrhea and Constipation. Microorganisms. 2023 Aug 29;11(9):2177. 

3. Sokic-Milutinovic A, Pavlovic-Markovic A, Tomasevic RS, Lukic S. Diarrhea as a Clinical Challenge: General Practitioner Approach. Dig Dis. 2022;40(3):282-289.

4. McFarland LV, Ozen M, Dinleyici EC et al. Comparison of pediatric and adult antibiotic-associated diarrhea and Clostridium difficile infections. World J Gastroenterol. 2016;22(11):3078-3104.

5. Theriot CM, Young VB. Interactions Between the Gastrointestinal Microbiome and Clostridium difficile. Annu Rev Microbiol. 2015;69:445-461.

6. Ahmed M. Intestinal Parasitic Infections in 2023. Gastroenterology Res. 2023 Jun;16(3):127-140. 

7. Mauriello A, Mari A, Nseir W, Saracco GM, Pellicano R. Diarrhea due to parasites: a short, updated point of view from the clinical setting. Minerva Gastroenterol (Torino). 2022 Dec;68(4):463-469. doi: 10.23736/S2724-5985.21.03095-3.

8. World health organisation. Soil-transmitted helminth infections. Fact Sheet. 2023.

9. Center for Disease Control and Prevention. Parasites -Ascariasis. Last update : June 2023.

10. Carey MA, Medlock GL, Alam M, Kabir M, Uddin MJ, Nayak U, Papin J, Faruque ASG, Haque R, Petri WA, Gilchrist CA. Megasphaera in the Stool Microbiota Is Negatively Associated With Diarrheal Cryptosporidiosis. Clin Infect Dis. 2021 Sep 15;73(6):e1242-e1251.

11. Rubel MA, Abbas A, Taylor LJ, Connell A, Tanes C, Bittinger K, Ndze VN, Fonsah JY, Ngwang E, Essiane A, Fokunang C, Njamnshi AK, Bushman FD, Tishkoff SA. Lifestyle and the presence of helminths is associated with gut microbiome composition in Cameroonians. Genome Biol. 2020 May 25;21(1):122

12. Center for Disease Control and Prevention. Parasites – Giardia - Diagnosis and Treatment. Last update : February 2021.

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Autotest du microbiote : plaidoyer pour des garde-fous réglementaires

Le potentiel médical du microbiote semble avoir ouvert les portes d’un fructueux marché : celui de l’autodiagnostic. Avec, faute de garde-fous, des allégations trompeuses et des risques pour des patients prêts à tout pour réduire la souffrance d’une maladie chronique.

Conséquence du potentiel santé du microbiote mis en lumière ces dernières années par la recherche : le marché des tests d’autodiagnostic fleurit, promettant au consommateur monts et merveilles. Des allégations contre lesquelles s’insurgent des chercheurs et cliniciens américains, qui ont passé au crible, dans une tribune parue dans Science, les services et promesses en ligne de 31 entreprises, dont 17 basées aux États-Unis. Leur offre cible principalement le microbiote intestinal, et dans une moindre mesure le microbiote vaginal ou cutané.

Proche des tests génétiques

En pratique, ces tests rappellent leur équivalent génétique : commande d’un kit, prélèvement d’un échantillon retourné au laboratoire, séquençage pour déterminer la composition taxonomique du microbiote. Le client reçoit un bilan souvent graphique et le verdict (microbiote sain ou dysbiose) obtenu par comparaison avec des bases de données, dont la représentativité est questionnable. En cas de dysbiose, sont proposés des recommandations et des compléments alimentaires, vendus par 45 % des entreprises commercialisant ces tests. Des tests réguliers sont bien entendu conseillés pour suivre les améliorations.

63% de la population mondiale pense utile de faire tester leur microbiote intestinal

Des tests sans validité ni utilité

Pour les auteurs de la tribune, les 3 exigences qui garantissent la précision et l'utilité d’un test ne sont pas remplies :

  • la validité analytique (taux de faux positifs et négatifs) ne peut être garantie : le microbiote bactérien n’est pas encore totalement décrypté, le test ne recherche pas toutes les bactéries, les résultats varient d’un laboratoire à l’autre voire au sein d’un même laboratoire (méthodes non standardisées, bases de données variables…) ;
  • la validité clinique (microbiote sain ou dysbiotique ?) n’a guère de sens faute de définition d’un standard « sain » ;
  • l'utilité clinique interroge : les informations obtenues ne permettent ni recommandation ni prise en charge.

Certes, nombre d’entreprises ont pris soin de préciser que leur test n’a pas de valeur « diagnostique ». Pour autant, leurs allégations commerciales laissent croire le contraire, d’autant que les résultats semblent scientifiques.
 

Un risque de pertes de chances pour le patient

Or, les conséquences de ces tests peuvent être terribles pour des patients atteints de maladies chroniques graves : mauvais autodiagnostic, retard dans la prise en charge voire arrêt du traitement au profit d’une alternative sans effets prouvés. Un patient prévoyait ainsi de se concocter une transplantation fécale maison. D’où le besoin, selon les signataires de la tribune, d’une réglementation qui oblige les compagnies commercialisant ces tests à préciser leur méthodologie, à adopter les futurs standards et à publier leurs performances… et qui interdise les allégations trompeuses et fausses promesses. Reste aussi que la recherche en général doit encore avancer pour définir un éventuel microbiote sain et confirmer, ou non, l’efficacité de changements alimentaires et/ou de compléments.

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Actualités Gastroentérologie

Diarrhées bactériennes : le seul cas où des antibiotiques peuvent s’imposer

Les diarrhées infectieuses peuvent être provoquées par une bactérie (diarrhée bactérienne), un parasite (diarrhée parasitaire) ou un virus (diarrhée virale). Dans les diarrhées bactériennes, les bactéries incriminées s’appellent Shigella, responsable d’une maladie appelée shigellose, Vibrio cholerae, responsable des redoutées épidémies de choléra mais aussi Salmonella ou Escherichia coli qui défrayent parfois la chronique des pays occidentaux. Généralement, ces diarrhées guérissent spontanément : il suffit de veiller à éviter une déshydratation et de laisser quelques semaines au microbiote intestinal pour retrouver son équilibre. Néanmoins, chez certaines populations à risque ou lorsque l’infection se propage, des antibiotiques, parfois accompagnés de probiotiques pour restaurer le microbiote intestinal, peuvent s’avérer nécessaires.

Le microbiote intestinal Diarrhée du voyageur Diarrhée associée aux antibiotiques
Bacterial diarrhea: the only case where antibiotics can be used

Qu’appelle-t-on une diarrhée bactérienne ? 

On parle de diarrhée lors de l’émission d’au moins trois selles molles ou liquides par jour, et de diarrhée infectieuse lorsque cette diarrhée a pour origine une infection par un agent pathogène (virus, bactérie, ou parasite). 1-3 Si le pathogène est une bactérie, la diarrhée est dite « bactérienne ». 

Diarrhée Virale, bactérienne, parasitaire, ne pas les confondre

Dans la grande famille des diarrhées, s’il existe quelques cas non infectieux (par exemple en cas de maladie digestive comme la maladie de Crohn), la grande majorité est causée par une infection par un pathogène. Selon le pathogène en jeu, on parlera de :

• diarrhée virale si le fautif est un virus (le rotavirus par exemple, qui touche nombre de nourrissons) ;

• diarrhée bactérienne si une bactérie est en cause (Vibrio cholerae par exemple, responsable des épidémies de choléra)

• diarrhée parasitaire si un parasite en est à l’origine (par exemple : le mini-parasite composé d’une seule cellule Giardia intestinalis, responsable de la maladie appelée giardiase redoutée des touristes ; ou encore le ver appelé ascaris redoutée des mamans de jeunes enfants).

Enfin, la diarrhée peut aussi être un effet secondaire fréquent (jusqu’à 35 % des patients 4,5) d’un traitement antibiotique. On parle alors de de diarrhée associée aux antibiotiques.

Quelles sont les bactéries responsables ?

Les bactéries incriminées sont notamment 6 :

  • Shigella, responsable d’une maladie appelée shigellose et de 212 438 décès dans le monde en 2016, 
  • et Vibrio cholerae, responsable des redoutées épidémies de choléra et de 107 290 décès enregistrés en 2016, généralement dans des populations pauvres n’ayant pas d’accès à l’eau potable. 

Mais ce ne sont pas les seules : des bactéries de type Salmonella ou Escherichia coli défrayent parfois la chronique des pays occidentaux, lorsqu’elles contaminent des denrées alimentaires (viande hachée crue, fromages…), et nécessitent de médiatiques retraits de produits des supermarchés.

Comment une bactérie peut-elle déclencher une diarrhée aiguë ?

Dans la diarrhée bactérienne, comme dans la diarrhée infectieuse en général, tout commence par la confrontation entre un pathogène (ici une bactérie), transmis par un aliment contaminé, de l’eau souillée ou par contact avec une personne malade, et l'hôte (notre organisme). Mais attention : la dangerosité des bactéries varie d’une bactérie à l’autre, et derrière un même nom de bactérie, se cachent en réalité de très nombreux types bactériens : par exemple, il n’existe pas une mais plus de 2 500 salmonelles différentes, plus ou moins agressives. 7 Idem avec Escherichia Coli : toutes les E. coli ne sont pas pathogènes et parmi celles qui sont pathogènes, il existe de nombreux types différents. 2,8

Lorsque la bactérie prend le dessus, elle sécrète des toxines spécifiques qui expliquent que chaque diarrhée bactérienne soit spécifique 2,10 : 

  • la toxine de Shigella détruit les cellules de la paroi du tube digestif et entraîne donc une sévère diarrhée contenant du sang et des glaires ; 
  • la toxine de Vibrio cholerae perturbe l’absorption et la sécrétion d’ions et d’eau au niveau du tube digestif, provoquant une diarrhée très liquide et riche en ions ; 
  • les différents types d’E. coli produisent diverses toxines : Enteropathogenic E. coli induit une diarrhée liquide persistante (en général chez les nourrissons), tandis que Enteroinvasive E. coli provoque une diarrhée contenant de la bile et du mucus, etc.

La diarrhée bactérienne aiguë induite par l’agent infectieux génère une dysbiose intestinale majeure. 2 Plusieurs semaines seront nécessaires au microbiote pour retrouver un certain équilibre, parfois sans parvenir à revenir à son état initial. 2,11

Comment prévenir la diarrhée bactérienne ?

La dangerosité de Shigella nourrit l’espoir d’un vaccin qui pourrait à terme éviter les quelque 200 000 morts provoqués chaque année par cette bactérie, mais aussi réduire le recours aux antibiotiques et l’apparition de résistances qui rendront le traitement inefficace. Plusieurs vaccins contre les Shigella sont en cours de développement, mais aucun n’est encore homologué. 12

Autre piste : le microbiote intestinal. Chez l'homme, un microbiote intestinal "sain" est considéré comme un moyen de prévenir le choléra. 13 Aussi, les probiotiques sont envisagés comme un moyen de limiter la gravité de certaines infections bactériennes 2 : la levure probiotique Saccharomyces boulardii pourrait faciliter la restauration du microbiote intestinal chez les enfants souffrant de diarrhée aiguë 14 ; le probiotique E. coli (non pathogène) inhibe la formation de biofilms par des bactéries pathogènes, y compris des E. coli pathogènes 2 ; un trio de souches spécifiques de Lactobacillus, Bifidobacterium et Streptococcus réduit la durée de la diarrhée sanglante (dysenterie) et de l’hospitalisation. 2

A ces mesures préventives s’ajoutent bien entendu les conseils d’hygiène et de distanciation valables pour toute diarrhée infectieuse (voir encadré). Dans le cas particulier des infections alimentaires (salmonelle, E. Coli), il convient de veiller à une bonne cuisson des aliments (E. coli est tuée par la chaleur, expliquant que les contaminations alimentaires se font souvent par des viandes crues ou mal cuites).

Prévenir les diarrhées par des gestes d’hygiène

La prévention des diarrhées infectieuses, qu’elles soient causées par une bactérie, un virus ou un parasite, passe avant tout par des mesures d’hygiène :

  • lavage soigneux et fréquent des mains (en sortant des toilettes, avant de manger…),
  • lavage des plans de travail des cuisines,
  • utilisation d’eau salubre,
  • distanciation avec les personnes malades….

La contamination de l’eau par des matières fécales étant responsable d’une large part de ces infections, les diarrhées infectieuses sont plus fréquentes en cas de pénuries d’eau salubre (pays à faibles revenus, camps de fortune, installations précaires suite à un tremblement de terre, etc.).

Comment prendre en charge la diarrhée bactérienne ?

Très fréquentes et généralement sans gravité, les diarrhées bactériennes guérissent souvent spontanément. Attention néanmoins au risque de déshydratation chez les plus jeunes, les personnes âgées et les patients dont les défenses immunitaires sont affaiblies : il convient de compenser la perte d’eau et d’électrolytes (ions sodium, potassium et chlorure) :

  • par voie orale (avec des solutés de réhydratation orale, les fameux SRO) 
  • ou par voie veineuse dans les cas les plus sérieux.

Les antibiotiques

Le recours à des antibiotiques n’est pas recommandé chez les personnes en bonne santé souffrant de formes légères ou modérées, pour éviter la sélection de souches résistantes. 7 En revanche, des antibiotiques peuvent être prescrits chez les personnes à risque (nourrissons, personnes âgées, patients immunodéprimés) ou lorsque l’infection se propage des intestins à d’autres parties de l’organisme. 7

Les professionnels de santé peuvent également recommander certaines souches probiotiques pour la prise de la diarrhée infectieuse aiguë chez l'enfant : ces bonnes bactéries réduisent la durée de la diarrhée, et/ou la durée de l'hospitalisation, et/ou le volume des selles.

Le cas particulier des diarrhées à C. difficile

Les chiffres font froid dans le dos : sur 100 patients entrant à l’hôpital, 7 dans les pays à revenu élevé et 15 dans les pays à revenu faible ou intermédiaire contracteront au moins une infection pendant leur hospitalisation. Et en moyenne, 1 patient touché sur 10 succombera à une infection, dite nosocomiale. 15

Au rang des pathogènes incriminés : la bactérie Clostridioides difficile (autrefois appelée Clostridium difficile), principal responsable des diarrhées infectieuses nosocomiales chez l’adulte. L’Europe compterait de l’ordre de 120 000 cas par an ; les États-Unis 450 000. 16

Le souci : avec le temps, des souches plus virulentes de C. difficile, répondant moins aux antibiotiques, ont émergé et le taux de guérison a plongé. D’où la recherche de méthodes alternatives de prise en charge. Selon les recommandations 2023 de l'Organisation mondiale de gastroentérologie, « Les probiotiques sont efficaces pour prévenir la diarrhée associée au C. difficile chez les patients recevant des antibiotiques. ». Pour les cas de C. difficile récurrents chez les adultes et les enfants, la transplantation de microbiote fécal (FMT) s'est avérée efficace 17 : elle évite la rechute dans 90 % des cas.

Que retenir à propos de la diarrhée infectieuse bactérienne ?

  • On parle de diarrhée lors de l’émission d’au moins trois selles molles ou liquides par jour, et de diarrhée infectieuse lorsque cette diarrhée a pour origine une infection par un agent pathogène (virus, bactérie, ou parasite). La diarrhée, du fait de la déshydratation qui en découle, était responsable de 1,6 million de décès en 2016, notamment chez des enfants malnutris ou immunodéprimés ou des personnes vivant avec le VIH. 1-3
  • En cas d’infection par une bactérie, la diarrhée est dite « bactérienne ». Les bactéries Shigella (shigellose) et Vibrio cholerae (cholera) sont les plus meurtrières dans les pays pauvres sans accès à de l’eau potable. Dans les pays occidentaux, Salmonella et Escherichia coli font parler d’elles lors d’infections alimentaires, tandis que C. difficile est la principale responsable des diarrhées infectieuses nosocomiales chez l’adulte. 6
  • Parfois, le microbiote intestinal parvient à contrer l’infection ; parfois, la bactérie l’emporte et déclenche une diarrhée dont les caractéristiques (présence de sang, présence de glaires, forte émission de liquide…) dépendent de la bactérie incriminée. 2,10
  • La prévention des diarrhées virales repose avant tout sur des règles d’hygiène (lavage et cuisson des aliments, lavage des mains, distanciation…). Les probiotiques pourraient participer à prévenir certaines infections bactériennes. 2 Enfin, la recherche travaille sur la mise au point de vaccins contre les Shigella. 12
  • La prise en charge des diarrhées bactériennes repose sur une lutte contre la déshydratation. Des antibiotiques peuvent être prescrits par des professionnels de santé pour les personnes à risque (nourrissons, personnes âgées, patients immunodéprimés) ou lorsque l’infection se propage des intestins à d’autres parties de l’organisme. 7 Des probiotiques peuvent être associés pour réduire la diarrhée et l’hospitalisation.

Dans les coulisses de la diarrhée infectieuse : le rôle du microbiote

En savoir plus
Sources

1. WHO Fact Sheet 2024

2. Iancu MA, Profir M, Roşu OA, Ionescu RF, Cretoiu SM, Gaspar BS. Revisiting the Intestinal Microbiome and Its Role in Diarrhea and Constipation. Microorganisms. 2023 Aug 29;11(9):2177. 

3. Sokic-Milutinovic A, Pavlovic-Markovic A, Tomasevic RS, Lukic S. Diarrhea as a Clinical Challenge: General Practitioner Approach. Dig Dis. 2022;40(3):282-289.

4. McFarland LV, Ozen M, Dinleyici EC et al. Comparison of pediatric and adult antibiotic-associated diarrhea and Clostridium difficile infections. World J Gastroenterol. 2016;22(11):3078-3104.

5. Theriot CM, Young VB. Interactions Between the Gastrointestinal Microbiome and Clostridium difficile. Annu Rev Microbiol. 2015;69:445-461.

6. GBD 2016 Diarrhoeal Disease Collaborators. Estimates of the global, regional, and national morbidity, mortality, and aetiologies of diarrhoea in 195 countries: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016. Lancet Infect Dis. 2018 Nov;18(11):1211-1228.

7. WHO, Salmonella (infections à, non typhiques)

8. Chung The H, Le SH. Dynamic of the human gut microbiome under infectious diarrhea. Curr Opin Microbiol. 2022 Apr;66:79-85.

9. Vogt SL, Finlay BB. Gut microbiota-mediated protection against diarrheal infections. J Travel Med. 2017 Apr 1;24(suppl_1):S39-S43.

10. Li Y, Xia S, Jiang X, Feng C, Gong S, Ma J, Fang Z, Yin J, Yin Y. Gut Microbiota and Diarrhea: An Updated Review. Front Cell Infect Microbiol. 2021 Apr 15;11:625210.

11. Levy M, Kolodziejczyk AA, Thaiss CA, et al. Dysbiosis and the immune system. Nat Rev Immunol. 2017;17(4):219-232.

12. OMS, WHO preferred product characteristics for vaccines against Shigella

13. Ramamurthy T, Kumari S, Ghosh A. Diarrheal disease and gut microbiome. Prog Mol Biol Transl Sci. 2022;192(1):149-177. doi: 10.1016/bs.pmbts.2022.08.002.

14. Toro Monjaraz EM, Ignorosa Arellano KR, Loredo Mayer A et al. Gut Microbiota in Mexican Children With Acute Diarrhea: An Observational Study. Pediatr Infect Dis J. 2021;40(8):704-709.

15. WHO, L’OMS publie le tout premier rapport mondial sur la lutte anti-infectieuse

16. Freeman J, Bauer MP, Baines SD, Corver J, Fawley WN, Goorhuis B, Kuijper EJ, Wilcox MH. The changing epidemiology of Clostridium difficile infections. Clin Microbiol Rev. 2010 Jul;23(3):529-49.

17. George S, Aguilera X, Gallardo P, Farfán M, Lucero Y, Torres JP, Vidal R, O'Ryan M. Bacterial Gut Microbiota and Infections During Early Childhood. Front Microbiol. 2022 Jan 5;12:793050.

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Diarrhées virales : quand un virus retors s’invite dans vos intestins

Les diarrhées infectieuses peuvent être provoquées par une bactérie (diarrhée bactérienne), un parasite (diarrhée parasitaire) ou un virus (diarrhée virale). Dans les diarrhées virales, 5 principaux virus sont impliqués, au premier rang desquels le rotavirus, principale cause de mortalité liée à la diarrhée chez les enfants de moins de 5 ans. Et ce, malgré la vaccination des nourrissons contre ce terrible virus depuis 2006. En effet, l’efficacité de la vaccination s’avère moindre dans les pays à faible revenu, sans doute en lien avec la composition du microbiote intestinal.

Le microbiote intestinal Diarrhée du voyageur Diarrhée associée aux antibiotiques

Qu’appelle-t-on une diarrhée virale ?

On parle de diarrhée lors de l’émission d’au moins trois selles molles ou liquides par jour, et de diarrhée infectieuse lorsque cette diarrhée a pour origine une infection par un agent pathogène (virus, bactérie, ou parasite) 1-3. Si le pathogène est un virus, la diarrhée est dite « virale ».

Diarrhée Virale, bactérienne, parasitaire, ne pas les confondre

Dans la grande famille des diarrhées, s’il existe quelques cas non infectieux (par exemple en cas de maladie digestive comme la maladie de Crohn), la grande majorité est causée par une infection par un pathogène. Selon le pathogène en jeu, on parlera de :

• diarrhée virale si le fautif est un virus (le rotavirus par exemple, qui touche nombre de nourrissons) ;
• diarrhée bactérienne si une bactérie est en cause (Vibrio cholerae par exemple, responsable des épidémies de choléra)
• diarrhée parasitaire si un parasite en est à l’origine (par exemple : le mini-parasite composé d’une seule cellule Giardia intestinalis, responsable de la maladie appelée giardiase redoutée des touristes ; ou encore le ver appelé ascaris redoutée des mamans de jeunes enfants).

Enfin, la diarrhée peut aussi être un effet secondaire fréquent (jusqu’à 35 % des patients 4,5) d’un traitement antibiotique. On parle alors de de diarrhée associée aux antibiotiques.

Quels sont les virus responsables ?

Si le rotavirus s’avère le plus mortel (210 000 décès estimés en 2016 chez les moins de 5 ans), il est loin d’être le seul virus responsable de diarrhées aiguës voire de décès : les adénovirus, norovirus, sapovirus et astrovirus tuent chacun entre 17 et 37 000 jeunes enfants par an. 6

A noter : le SARS-Cov-2, nom de code du virus responsable de la pandémie de COVID-19, occasionnerait également des diarrhées, dont la fréquence s’avère difficile à quantifier, les chiffres s’avérant très variables d’une étude à l’autre : des chercheurs rapportent de tels épisodes dans 2 % des cas, d’autres dans 50 % ! 7

Comment un petit virus peut-il déclencher une diarrhée virale aiguë ?

Dans la diarrhée virale, comme dans la diarrhée infectieuse en général, tout commence par une confrontation entre un pathogène (ici un virus) et l'hôte. L’issue de cette rencontre dépend d'équilibres complexes qui impliquent largement le microbiote intestinal : chez la souris, certaines bactéries semblent par exemple capables de prévenir voire guérir l'infection à rotavirus 8. Ainsi, le même virus aura un effet différent selon l'état du microbiote intestinal de la personne qu’il infecte. Un microbiote moins diversifié serait plus sensible 12.

Lorsque le virus remporte la bataille, le processus est toujours sensiblement le même : il infecte les cellules qui tapissent l'intestin grêle et provoque des lésions qui entravent l'absorption des liquides 9. A la clé : une diarrhée très liquide (mais sans présence de sang) qui peut s'accompagner d'autres symptômes (vomissements, nausées, crampes abdominales et fièvre) 10. C’est la fameuse gastro-entérite virale, qui revient à la charge chaque hiver. Particulièrement sérieuse en cas d’infection par le rotavirus qui engendre des symptômes plus prononcés, elle s’accompagne en général d’une dysbiose du microbiote intestinal, chamboulé par cette invasion de virus 11,12.

Comment prévenir la diarrhée virale ?

Compte-tenu de la dangerosité du rotavirus pour les personnes fragiles, des vaccins préventifs ont été mis au point pour en réduire la mortalité chez les jeunes enfants : la vaccination des nourrissons contre les rotavirus aurait permis d'éviter 139 000 décès chez les moins de cinq ans entre 2006 et 2019. C’est à la fois beaucoup mais peu au regard des espoirs qui avaient été placés dans la vaccination : l'efficacité du vaccin semble en effet plus faible dans les pays à revenu faible ou intermédiaire (qui sont paradoxalement les plus touchés).

Parmi les facteurs pouvant expliquer cette moindre efficacité : la composition du microbiote qui influe sur la réponse immunitaire à la vaccination intestinal 13-16. A cette mesure préventive s’ajoutent bien entendu les conseils d’hygiène et de distanciation valables pour toute diarrhée infectieuse (voir encadré).

Prévenir les diarrhées par des gestes d’hygiène

La prévention des diarrhées infectieuses, qu’elles soient causées par une bactérie, un virus ou un parasite, passe avant tout par des mesures d’hygiène :

  • lavage soigneux et fréquent des mains (en sortant des toilettes, avant de manger…),
  • lavage des plans de travail des cuisines,
  • utilisation d’eau salubre,
  • distanciation avec les personnes malades….

La contamination de l’eau par des matières fécales étant responsable d’une large part de ces infections, les diarrhées infectieuses sont plus fréquentes en cas de pénuries d’eau salubre (pays à faibles revenus, camps de fortune, installations précaires suite à un tremblement de terre, etc.).

Comment prendre en charge la diarrhée virale ?

Très fréquentes et généralement sans gravité, les diarrhées virales peuvent néanmoins entraîner une déshydratation sévère chez les plus fragiles (nourrissons, enfant dénutris, adultes immunodéprimés, seniors). Leur prise en charge repose sur une lutte contre la perte d’eau et d’électrolytes (pour remplacer par exemple des ions sodium, potassium et chlorure, perdus) :

  • par voie orale (avec des solutés de réhydratation orale, les fameux SRO) 
  • ou par voie veineuse dans les cas les plus sérieux. 

Les professionnels de santé peuvent vous recommander certaines souches probiotiques pour la prise en charge de la gastro-entérite aiguë chez l'enfant : ces bonnes bactéries réduisent la durée de la diarrhée, et/ou la durée de l'hospitalisation, et/ou le volume des selles.

Pas d’antibiotiques contre les virus

De même qu’il ne vous viendrait pas à l’idée d’utiliser une tapette à mouche pour vous débarrasser d’une souris ou d’une tapette à souris pour attraper une mouche, face à un virus, les antibiotiques ne servent à rien. Car les antibiotiques tuent les bactéries… pas les virus. Pire, dans certains cas, les antibiotiques ont comme effet secondaire une diarrhée… qui ne serait franchement pas bienvenue chez un patient souffrant déjà d’une diarrhée virale !

Que retenir ?

  • On parle de diarrhée lors de l’émission d’au moins trois selles molles ou liquides par jour, et de diarrhée infectieuse lorsque cette diarrhée a pour origine une infection par un agent pathogène (virus, bactérie, parasite). La diarrhée, du fait de la déshydratation qui en découle, était responsable de 1,6 million de décès en 2016, notamment chez des enfants malnutris ou immunodéprimés ou des personnes vivant avec le VIH 1-3.
  • En cas d’infection par un virus, la diarrhée est dite « virale ». Le rotavirus est le virus le plus souvent en cause dans les décès, suivi, loin derrière, par les adénovirus, norovirus, sapovirus et astrovirus 6.
  • Parfois, le microbiote intestinal parvient à contrer l’infection ; parfois, le virus l’emporte et déclenche une diarrhée aqueuse pouvant être associée à d’autres symptômes (vomissements, nausées, crampes abdominales et fièvre). C’est la gastro-entérite virale 10.
  • La prévention des diarrhées virales repose sur la vaccination des nourrissons contre les rotavirus (moins efficace dans les pays à revenu faible ou intermédiaire), l’accès à l’eau potable et des gestes d’hygiène et de distanciation valables pour toute diarrhée infectieuse 13-16.
  • La prise en charge des diarrhées virales repose sur une lutte contre la déshydratation. Certaines souches probiotiques peuvent être prescrites pour la prise en charge de la gastro-entérite aiguë chez l'enfant. Les antibiotiques sont en revanche inefficaces face aux virus et peuvent même amplifier la diarrhée.

Dans les coulisses de la diarrhée infectieuse : le rôle du microbiote

En savoir plus
Sources

1. WHO Fact Sheet 2024

2. Iancu MA, Profir M, Roşu OA, Ionescu RF, Cretoiu SM, Gaspar BS. Revisiting the Intestinal Microbiome and Its Role in Diarrhea and Constipation. Microorganisms. 2023 Aug 29;11(9):2177. 

3. Sokic-Milutinovic A, Pavlovic-Markovic A, Tomasevic RS, Lukic S. Diarrhea as a Clinical Challenge: General Practitioner Approach. Dig Dis. 2022;40(3):282-289.

4. McFarland LV, Ozen M, Dinleyici EC et al. Comparison of pediatric and adult antibiotic-associated diarrhea and Clostridium difficile infections. World J Gastroenterol. 2016;22(11):3078-3104

5. Theriot CM, Young VB. Interactions Between the Gastrointestinal Microbiome and Clostridium difficile. Annu Rev Microbiol. 2015;69:445-461.

6. Cohen AL, Platts-Mills JA, Nakamura T  et al. Aetiology and incidence of diarrhea requiring hospitalisation in children under 5 years of age in 28 low-income and middle-income countries: findings from the Global Pediatric Diarrhea Surveillance network. BMJ Glob Health. 2022 Sep;7(9):e009548. 

7. D'Amico F, Baumgart DC, Danese S, Peyrin-Biroulet L. Diarrhoea During COVID-19 Infection: Pathogenesis, Epidemiology, Prevention, and Management. Clin Gastroenterol Hepatol. 2020 Jul;18(8):1663-1672. 

8. Shi Z, Zou J, Zhang Z, Zhao X, Noriega J, Zhang B, Zhao C, Ingle H, Bittinger K, Mattei LM, Pruijssers AJ, Plemper RK, Nice TJ, Baldridge MT, Dermody TS, Chassaing B, Gewirtz AT. Segmented Filamentous Bacteria Prevent and Cure Rotavirus Infection. Cell. 2019 Oct 17;179(3):644-658.e13.

9. Iturriza-Gómara M, Cunliffe NA. 34 - Viral Gastroenteritis. Editor(s): Edward T. Ryan, David R. Hill, Tom Solomon, Naomi E. Aronson, Timothy P. Endy, Hunter's Tropical Medicine and Emerging Infectious Diseases (Tenth Edition), Elsevier, 2020, Pages 289-307. ISBN 9780323555128. 

10. Bányai K, Estes MK, Martella V, Parashar UD. Viral gastroenteritis. Lancet. 2018 Jul 14;392(10142):175-186. 

11. Sohail MU, Al Khatib HA, Al Thani AA, Al Ansari K, Yassine HM, Al-Asmakh M. Microbiome profiling of rotavirus infected children suffering from acute gastroenteritis. Gut Pathog. 2021 Mar 29;13(1):21. 

12. Mizutani T, Ishizaka A, Koga M, Tsutsumi T, Yotsuyanagi H. Role of Microbiota in Viral Infections and Pathological Progression. Viruses. 2022 May 1;14(5):950. 

13. Huang B, Wang J, Li L. Recent five-year progress in the impact of gut microbiota on vaccination and possible mechanisms. Gut Pathog. 2023 Jun 12;15(1):27. Erratum in: Gut Pathog. 2023 Jul 10;15(1):34.

14. Magwira CA, Taylor MB. Composition of gut microbiota and its influence on the immunogenicity of oral rotavirus vaccines. Vaccine. 2018 Jun 7;36(24):3427-3433. 

15. Lynn DJ, Benson SC, Lynn MA, Pulendran B. Modulation of immune responses to vaccination by the microbiota: implications and potential mechanisms. Nat Rev Immunol. 2022 Jan;22(1):33-46. 

16. Zimmermann P. The immunological interplay between vaccination and the intestinal microbiota. NPJ Vaccines. 2023 Feb 23;8(1):24.

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Dans les coulisses de la diarrhée infectieuse : le rôle du microbiote

La diarrhée infectieuse est une affection courante et souvent pénible qui peut perturber la vie. La clé pour comprendre et surmonter ce problème peut se trouver dans votre propre corps. Découvrez la science derrière la diarrhée quelle soit virale, parasitaire, bactérienne ou du voyageur, en explorant comment les invasions pathogènes peuvent perturber l'équilibre délicat du microbiote intestinal, conduisant à une détresse digestive.

Le microbiote intestinal

Au moins trois selles molles ou liquides par jour : telle est la définition couramment admise de la diarrhée, selon l'OMS. Sachant que la présence conjointe des 2 critères (fréquence + consistance) est nécessaire : l'émission fréquente de selles formées (et donc de consistance normale) n'est pas une diarrhée, pas plus que l'émission de selles molles à une fréquence normale, comme chez les bébés nourris au sein.

Bien que… « courante » sous des formes bénignes, la diarrhée est tout sauf anodine : elle était responsable de 1,6 million de décès en 2016, principalement chez des enfants malnutris ou immunodéprimés, ou des personnes vivant avec le VIH. 1 La raison principale de ces décès : la sévère déshydratation liée à la perte de liquide dans les selles répétées.

La plupart des cas de diarrhée aiguë sont dus à des infections par des microorganismes pathogènes, qui peuvent être soit des virus, soit des bactéries, soit des parasites. 1-3

« Les maladies diarrhéiques restent la troisième cause de décès chez les enfants de moins de 5 ans. » 1

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Ils sont fous ces microbes ! Découverte dans le microbiote humain de nouvelles formes de vie ressemblant à des virus et appelées « obélisques »

Une équipe de scientifiques vient de faire une découverte étonnante : les « obélisques », de nouvelles formes de vie ressemblant à des virus, prospèrent au sein de notre propre microbiote et bouleversent toutes nos connaissances sur les bactéries de l’intestin et de la bouche.

Le microbiote intestinal
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Imaginez que vous ouvriez un livre racontant l’histoire d’une cité cachée dans un recoin de votre propre maison, dont vous ne soupçonniez même pas l’existence. C’est à peu près ce que vient d’accomplir une équipe de scientifiques de l’Université de Stanford en découvrant les « (sidenote: Obélisques Formes de vie ressemblant à des virus qui ont été découvertes récemment à l’intérieur des bactéries de la bouche et de l’intestin humains. Les obélisques se caractérisent par leur structure d’ARN unique et remettent en cause tout ce que nous croyions savoir sur les formes de vie microbiennes et virales. ) », un type de particules identifié récemment, ressemblant à des virus et ayant élu domicile à l’intérieur des bactéries de notre bouche et de notre intestin.

À la manière d’archéologues menant des fouilles sur des vestiges de l’Antiquité, les chercheurs ont fait appel à des outils génétiques avancés afin de dresser la carte de l’ADN de ces bactéries, révélant que des « obélisques » sont présents chez environ 7 % des bactéries intestinales, proportion qui peut atteindre le chiffre stupéfiant de 50 % chez les bactéries buccales. Cette découverte bouleverse non seulement notre perception des minuscules formes de vie qui habitent dans les profondeurs de notre corps, mais elle ouvre également la porte à une refonte complète de notre compréhension des virus et des écosystèmes complexes de notre microbiote.

Comment les « obélisques » ont-ils été découverts ?

L‘équipe de chercheurs a analysé le matériel génétique contenu dans des échantillons de bactéries buccales et intestinales à l’aide d’une technique de pointe connue sous le nom de séquençage complet du métagénome. Cette méthode permet aux scientifiques de lire et de comparer les séquences d’ADN présentes, offrant ainsi un panorama complet de l’environnement microbien. Grâce à des outils bioinformatiques sophistiqués, les chercheurs ont identifié ces « obélisques », qui se caractérisent par leur génome à ARN circulaire et leur structure particulière en forme de bâtonnet.

L’une des caractéristiques les plus intrigantes des « obélisques » est leur génome à base d’ARN. L’ARN, ou acide ribonucléique, est une molécule similaire à l’ADN qui remplit plusieurs fonctions biologiques essentielles, et notamment celle de messager relayant les instructions de contrôle de la synthèse des protéines en provenance de l’ADN. Contrairement à la plupart des organismes qui stockent l’information génétique dans l'ADN, les « obélisques » utilisent l’ARN, ce qui augmente leur degré de complexité.

Microorganismes : de précieux microbes pour la santé humaine

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Et alors ? 

La présence dans le microbiote humain de proportions aussi importantes d’« obélisques » semble indiquer qu’ils pourraient être impliqués dans notre santé en affectant différentes fonctions pouvant aller de la digestion à la réponse immunitaire. L’étude a révélé que les « obélisques » pouvaient persister chez l’homme pendant plus de 300 jours et donc qu’ils pourraient exercer des effets à long terme sur leurs hôtes, c’est-à-dire... sur nous !

La découverte des « obélisques » ouvre non seulement de nouvelles pistes pour comprendre l’évolution des virus, mais elle met également en lumière les interactions complexes qui entrent en jeu au sein de notre microbiote. Les recherches menées pour élucider les mystères de ces structures d’ARN pourraient déboucher sur des avancées importantes dans le traitement des maladies ou la manipulation du microbiote afin d’améliorer les résultats de la prise en charge des malades.

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